Les ménages pointés du doigt
Article publié le 31 janvier 2008
Selon, RTE, le gestionnaire du Réseau de transport d’électricité en France, la consommation d’électricité en France poursuit sa progression avec une hausse brute de 0,4% par rapport à 2006, essentiellement à cause de la consommation des ménages.
RTE qui gère le réseau d’électricité français à haute et très haute tension, note, dans son dernier bilan annuel
que la consommation intérieure française d’électricité en 2007 est en
hausse, en valeur absolue, de +0,4% par rapport à 2006, avec un cumul
annuel de 480,3 TWh(1) en 2007 par rapport à 2006, soit 1,9 TWh de plus
qu’en 2006. Le record est toujours détenu par l’année 2005 avec 483,2
TWh de consommation mais l’augmentation de la consommation approche les
7% depuis 2001 (449,9 Twh)...
La hausse par rapport à 2006, jugée modérée par RTE, l’est beaucoup
moins si on prend compte les aléas météorologiques. En effet, en été
les températures sont restées relativement fraîches, en tous cas
inférieures aux normales saisonnières, ce qui a provoqué une diminution
de la consommation vu que les systèmes de climatisation et de
refroidissement furent moins sollicités. Cependant, le début de l’hiver
a été plus froid que la normale, incitant à chauffer davantage ce qui a
compensé en partie les économies réalisées pendant l’été.
Au final, 2007 a connu une baisse de 0,5 TWh, liée aux aléas
météorologiques, ce qui contraste avec la hausse constatée en 2006
(+8,1 TWh) où l’été fût une nouvelle fois caniculaire.
Ainsi, corrigée des aléas météorologiques (on parle alors de données
corrigées du climat), la consommation intérieure a atteint 480,8 TWh en
2007, en forte hausse par rapport à 2006 (+2,2%).
La France exporte toujours plus d’électricité qu’elle en importe
Selon
le bilan annuel de RTE, le solde des échanges contractuels aux
frontières reste exportateur et représente 12% de la consommation
française.
Dans le domaine des échanges contractuels, le solde des échanges
contractuels atteint en 2007 le niveau de +55,5 TWh, ce qui s’explique
essentiellement par une baisse des exportations et une stabilité des
importations, d’où un écart résultant de –6,5 TWh (–10,5%) par rapport
à 2006.
Toutefois, depuis 2001, la France importe de plus en plus souvent de
l’électricité avec une nette accélération depuis 2005. Selon RTE, cette
évolution est naturelle et illustre le bon fonctionnement des échanges
permettant d’optimiser l’usage des différents parcs de production
électrique européens. Avec 20 jours d’importation, la France reste
structurellement exportatrice sur les 345 jours restants de l’année.
Le maximum du solde importateur journalier français a été atteint le 14 novembre 2007, avec une valeur de 90 GWh.
La responsabilité des consommateurs
La
croissance de la consommation électrique est d’abord due à la clientèle
raccordée en basse tension (clientèle domestique, professionnels,
services publics, éclairage public, divers tertiaire), dont la
consommation augmente d’environ + 2,6% en valeur corrigée des aléas
climatiques.
Les PME/PMI(2) affichent une hausse d’environ 1% de leur consommation,
en valeur corrigée des aléas climatiques (stabilité en valeur brute).
La consommation de la grande industrie(2) (hors secteur énergie) est en
recul de –1,4%. Cette tendance à la baisse se poursuit maintenant
depuis trois années consécutives ; elle était de –3,4% en 2005 et de
–1,0 % en 2006 et témoigne des efforts du secteur industriel.
La consommation domestique soutient donc l’augmentation générale de la
consommation électrique. La hausse de la consommation des ménages est
essentiellement due aux consommations d’électricité spécifique
(électricité hors chauffage, eau chaude sanitaire et cuisson) qui ont
augmenté de plus de 75 % depuis 1990 selon l’Observatoire de l’Energie.
Ceci est principalement due à l’accroissement du nombre d’appareils
électroménagers présents dans chaque foyer : produits bruns (TV,
lecteurs / enregistreurs DVD, Hi-Fi, décodeurs, téléphonie, consoles de
jeux, ordinateurs, appareils portables en tout genre...) et petits
équipements électroménagers (fers à repasser, aspirateurs...).
Enfin, l’opération 5 minutes pour la planète,
qui vise notamment à sensibiliser les consommateurs et les politiques
sur l’urgence d’une diminution de la consommation électrique, montre
ici ses limites.
Des records de consommation se multiplient
Le lundi 17 décembre 2007 à 19 heures, la consommation électrique française établissait un nouveau record : 88 960 MW
! Cela pourrait se résumer à un exploit peu enviable mais ponctuel. Que
nenni, RTE indique que les 10 pics historiques de consommation
enregistrés se situent tous dans les 7 dernières années avec un respect
du calendrier puisque chaque nouvelle année bat l’année précédente
comme en témoigne le tableau ci-dessous.
Une tendance qui se confirme au niveau européen
Malheureusement, la France n’est pas le seul pays qui augmente sa consommation d’électricité. Un rapport
du Centre commun de recherche (CCR), le service scientifique interne de
la Commission européenne, notait fin août 2007 que la consommation
d’électricité dans le secteur résidentiel de l’UE-25 avait progressé à
un rythme comparable à celui du PIB global (10,8 %).
Le rapport soulignait que la demande croissante d’électricité dans les
États membres de l’UE est due à une multiplicité de facteurs
différents, parmi lesquels l’usage généralisé dans l’UE d’appareils
courants comme le lave-vaisselle, le sèche-linge, le climatiseur et
l’ordinateur personnel, de même que l’essor de l’électronique grand
public et des équipements informatiques et de communication, comme les
décodeurs, les lecteurs de DVD, les équipements à haut débit et les
téléphones sans fil. D’autres facteurs importants comprennent
l’augmentation du nombre d’appareils détenus en double ou en triple
exemplaire dans les ménages, essentiellement les téléviseurs et les
réfrigérateurs/congélateurs, ainsi que l’augmentation générale du
nombre de maisons unifamiliales et de la taille des logements.
Quid de l’avenir ?
RTE
a la mission de réaliser, tous les deux ans, un Bilan Prévisionnel de
l’équilibre entre l’offre et la demande d’électricité. Dans son dernier bilan prévisionnel à horizon 2020,
publié le 18 juillet 2007, RTE prévoit une croissance de la
consommation et notamment une augmentation forte des consommations à la
pointe. RTE évalue la croissance de la consommation à +1,3% par an en
moyenne d’ici 2010, puis à +1,0% par an d’ici 2020.
Cette croissance, plus modérée que les années précédentes, s’explique
principalement par les effets positifs des politiques de Maîtrise de la
Demande en Energie qui tempèrent la croissance de la consommation du
secteur tertiaire et résidentiel. La contribution du secteur industriel
est moindre.
Au final, toutes les économies réalisées par ailleurs et toutes les
évolutions technologiques ne parviennent pas à compenser la
multiplication et l’accès de plus en plus aisé aux multiples
équipements et gadgets gourmands en énergie. Les produits qui sortent
sur le marché sont de bons indicateurs de cette tendance dramatique où
l’électronique et la portabilité s’est imposée partout même dans les
jouets des enfants. Quand ce n’est pas une batterie à charger, ce sont
des piles à changer : ce qui n’est guère mieux...
En savoir plus
Notes
(1) 1 TWh = 1 milliard de kWh(2) Les PMI-PME sont raccordées aux réseaux de
distribution en HTA (tension de raccordement comprise
entre 1 kV et 50 kV)
(3) Clients raccordés au réseau de RTE
Liens
Notre dossier sur les gestes éco-citoyens pour diminuer sa consommation électrique
Notre dossier sur l’énergie
En discuter sur notre forum dédié aux gestes éco-citoyens
Hausse de la consommation d’électricité en France en 2007 : les ménages pointés du doigt
Thèmes
de Karva
Je voudrais commenter ce texte, qui me parait emblematique des debats actuels sur l’energie.
Au cours du developpement des societes, le role de l’electricite va croissant. Cela me parait evident et ineluctable : quand on regarde le developpement Chinois, par exemple, c’est les besoins en electricite qui croissent le plus vite, meme avec le developpeemnt automobile actuel.
Le probleme est il de l’accroissement de cette consommation ? Non, a mon avis, tant que cette forme particulierement elaboree d’energie ne contribue que tres peu a l’effet de serre. C’est justement le cas de la France. Alors, ne nous soucions pas du probleme : au contraire, transferer des besoins, par exemple en essence vers des vehicules electriques, ou du chauffage au fuel vers l’electricite (surtout avec des pompes a chaleur) me semble excellent ecologiquement : en utilisant et en developpant l’energie nucleaire, nous oeuvrons pour la preservation du climat !
Par contre, une bonne partie de l’electricite europeenne (30% ? ) et 85% de l’electricite chinoise sont produites avec du charbon (en 2005, la Chine a extrait 2 milliards de tonnes de charbon) et ca, c’est tres mauvais pour l’avenir climatique. La est le probleme !
Donc exigeons que la Commission Europeene aide a l’abandon du charbon, et, comme les eoliennes sont trop marginales et trop cheres, aidons au developpement de l’energie nucleaire chez nos voisins et dans le monde.
Voila ou est le probleme et ce qu’on doit faire !
Karva
Des rumeurs infondées voudraient faire croire que l’Allemagne a besoin du nucléaire français pour son électricité. Ce n’est pas du tout le cas. Au contraire, la France a besoin de l’électricité allemande aux heures de pointe, surtout en hiver.
L’Allemagne est un exportateur net d’électricité, comme l’Espagne et le Danemark. Trois pays qui font de grands efforts pour développer les énergies renouvelables et qui exportent plus d’électricité vers leurs voisins qu’ils n’en importent.
Lire : Les échanges d’électricité et le nucléaire
Détail supplémentaire, la France achète plus d’électricité à l’Allemagne, au tarif de pointe, qu’elle ne lui en vend, au tarif plus faible des périodes de faible consommation.
Cela provient de l’inadaptation de la production électrique en France, où le nucléaire compte pour 78% de l’électricité produite et est peu réactif aux variations de la demande comme cela est bien montré ici : Les variations de la production électrique
Autre élément significatif, alors que le taux d’utilisation des réacteurs nucléaires est de 82% en moyenne dans le monde, équivalent à 7200 heures à plein régime, il est seulement de 72% en France, équivalent à 6300 heures. Ce sont des moyennes sur plusieurs années et l’on sait qu’il y a 8760 heures par an.
Sur l’electricite allemande :
Tout a fait : L’Allemagne a une production equilibree : elle exporte a peu pres autant d’electricite qu’elle en importe. Comme l’essentiel de sa production se fait avec des fossiles (23% je crois de nucleaire seulement), elle est capable de repondre a une demande francaise, surtout que les aleas climatiques n’arrivent pas tout a fait en meme temps : il est plus facile de repondre a une pointe avec une centrale au gaz qu’avec un reacteur.
Il me semble que le probleme n’est pas la. Le probleme est que l’essentiel de l’electricite emet du CO2, et ce ne sont pas les 6% qu’ils ont produits en 2007 avec des eolienenes (32TWh pour un total de 600TWh). Ca fait qu’un Francais emet moins de 6t de CO2 et un Allemand pres de 10 ! L’Allemagne a pu faire decroitre un moment ses emissions de CO2 parce qu’elle a recupere la RDA, qui avait des centrales peu efficaces et tres polluantes (rendements autour de 27% avec du lignite). Les memes statistiques s’appliquent au Danemark : bien que ce pays produise pres de 20% de son electricite avec l’eolien, comme il n’a pas d ecentrales nucleaires, il rejette aussi 10t/habitant !
Bien entendu, les Allemands savent faire des centrales thermiques !
Karva
Le rapport soulignait que la demande croissante d’électricité dans les États membres de l’UE est due à une multiplicité de facteurs différents, parmi lesquels l’usage généralisé dans l’UE d’appareils courants comme le lave-vaisselle, le sèche-linge, le climatiseur et l’ordinateur personnel, de même que l’essor de l’électronique grand public et des équipements informatiques et de communication, comme les décodeurs, les lecteurs de DVD, les équipements à haut débit et les téléphones sans fil. Dishwasher











