Jeudi dernier avait lieu à Toulouse la première réunion du débat public sur le grand contournement autoroutier (GCA) de Toulouse. 500 personnes présentes. Ce n’est pas ridicule mais pas non plus exceptionnel. D’ailleurs, ce projet ne semble pas déchaîner les passions à Toulouse.
La commission de ce débat public, composée de son président de 4 membres "neutres", veille à ce que le débat soit réel entre le public et le maître d’ouvrage (l’Etat via la direction régionale de l’équipement- DRE). Elle retranscrit et synthétise les échanges afin, qu’à l’issue du débat, le maître d’ouvrage soit annule son dossier, le modifie ou ne le touche pas. Cette procédure n’a qu’un rôle consultatif. Le débat sur le barrage de Charlas n’a pas apporté grand chose et quant au débat sur le grand contournement de Bordeaux , l’Etat a lancé a autorisé sa constrction et sa concession avant même la fin du débat ce qui a valu une annulation (provisoire) du projet par le tribunal administratif.
Dans le grand centre des congrés Pierre Baudis, plus de 3/4 des
personnes présentes étaient contre le projet. Les rares interventions
en faveur de cette autoroute plaidaient le désenclavement de leur région (Sidobre dans le Tarn), la pollution et ses effets sur la santé (même si je n’ai pas trop compris comment...) et la
croissance de l’agglomération.
Le représentant de la mairie de Toulouse a ainsi évoqué son désir de
voir la ville rose progresser dans le classement des villes
européennes... La croissance comme fin en soi voilà qui me ravit !!!
Ces quelques arguments ne pesait pas lourd face aux nombreuses autres contributions de l’assemblée, souvent de qualité.
La DRE ne réussissait pas à argumenter et à répondre aux questions
précises sur son dossier. J’ai d’ailleurs appris qu’ils avaientt fait
une simulation de débat au sein de la DRE en demandant aux agents de se
lâcher sur les questions et que ceux-ci n’ont, au final, pas été
convaincus par le projet.
Cela laisse transparaître également l’état d’esprit de ce projet : on
balaye rapidement les alternatives mais on considère que la voiture et le camion, moyens de déplacement mais aussi
mode de vie par excellence, sont la donnée invariable et incompressible.
Le chiffrage concerne en effet essentiellement l’augmentation du
traffic (+70% pour le transit entre 2003 et 2020) et en nous expliquant
que le maximum possible avait été pris en compte
au niveau transport en commun et solutions alternatives.
Pourtant, comme le faisait remarquer un intervenant, la part des
transports en commun retenue est de 16% (PDU actuel, non validé par le
préfet) alors même qu’un PDU plus volontariste prévoit 25% mais il a été refusé par le Grand Toulouse. De même, aucun
chiffre sur le fret et le ferroutage si ce n’est pour nous expliquer que l’Etat fait tout ce qui est son pouvoir mais que Toulouse ne semble pas être un axe privilégié au niveau
national.
Quand le dossier aborde les projets à venir pour chaque mode de transport, la partie route est fournie
avec des boulevards urbains, des contournements, des élargissements ,
des créations.... Côté transport en commun de l’agglomération, on notre
3 projets (prolongement métro B, allongement des quais du métro A et
site propre vers Tournefeuille et Plaisance). Les pages qui abordent
les transports en commun départementaux ne sont qu’un constat de ce qui
se fait sans aucune vision d’avenir. Enfin, les liaisons ferroviaires ont pour seules vocation
d’être remises en état et entrenues sur le plan régional alors que des lignes comme Foix, Castres ou Albi sont encore à une seule voie et non électrifiées !! L’arrivée du TGV
semble être le seul objectif en matière de fer (même si les financements ne sont pas encore trouvés !).
Le dossier ; sous un aspect bien ficelé et atrayant est finalement assez
pauvre. Il est à noter que je n’ai pas lu les études complètes
disponibles sur le site du débat public.
Durant la réunion publique a été abordée à plusieurs reprises la problématique de la fin du pétrole bon marché. L’étude parle d’un baril entre 35 et 100$ servant de base aux
calculs alors même qu’il est aujourd’hui à plus de 80$. Les 35$ sont à oublier au plus vite. De même, la DRE imagine en 2050 un monde où la voiture serait encore reine
alors même que les prévisions les plus optimistes parlent de pic
pétrolier vers 2025 et que, comme le soulignait Josée Cambou d’Uminate,
l’augmentation du traffic automobile se tasse. Technologie et bio-carburants
répond M. Crocherie. La fameuse fuite en avant. Il n’a donc pas été
pris en compte la raréfaction des énergies fossiles et l’explosion du
prix de ce qui restera comme réserve. On va donc construite une
autoroute peut-être déserte de voiture, cela sera un peu grand pour une
piste cyclable !

Si j’étais déjà convaincu que la construction d’une autoroute était une abération lorsque le facteur 4 est une priorité, ma perception du projet s’est affinée. Je perçois ce GCA comme une stratégie nationale de créer un axe de transit vers le sud. En effet, plus l’on creuse les chiffres, plus l’intérêt local s’amenuise. A lire le dossier, 1 seul tracé tient vraiment "la route" : par l’est à une trentaine de kilomètre du périph’ actuel. Jugez plutôt : sur la rocade sud, le traffic augmenterait de seulement 65% avec le GCA au lieu de ... 67% sans. Sur l’est, à priori plus impacté, l’augmentation s’élèverait à 45% au lieu de 55% soit environ 11 000 véhicules/jour ce qui est peu pour une autoroute. Les gains de temps, entre 22’ (voiture) et 7’ (camions), si les limitations de vitesse sont les mêmes dans 20 ans, pour relier l’A61 à l’A62 vont-ils inciter réellement à utiliser le GCA et faire pas mal de km en plus (coût du péage et des kilomètres supplémentaires) ?
Ces chiffres ne veulent de plus pas dire grand chose. Quand on évoque
la saturation de la rocade actuelle, il faut parler en heure de pointe.
Le reste du temps, la voie est libre et l’intérêt du GCA est nulle. Le
traffic de transit et une toute petite partie du traffic d’échange,
seuls concernés par le GCA, représenterait moins 3% des véhicules aux heures de pointe
selon le Conseil Général (contre le projet). Les prévisions aux
heures de pointe sont absentes de l’étude.
Car le soulagement du périph’ existant le matin et le soir est bien
l’argument utlisé par les communicants. Les véhicules qui encombrent la
rocade chaque matin ne sont pas concernés par ce GCA.
Je n’évoque pas ici le problème de l’étalement urbain de
l’agglomération, parmi les moins denses de France. D’ailleurs, tantot
on nous explique que le GCA ne le favorise pas tantot c’est l’inverse.
Il n’y a qu’à voir la carte des zones construites pour trouver un
parallèle troublant avec les échangeurs autoroutiers !
La mairie de Toulouse avait communiqué massivement sur l’argument du
soulagement de la rocade, avec mauvaise foi, en commandant un sondageà BVA en mai dernier. 77% des personnes intérrogés avaient répondu
favorablement
à l’idée. La mairie avait pris soin de ne pas expliquer le projet et de
jouer sur les mots "grand contournement" et "rocade". Jean-Luc Moudenc,
maire, invitait même à "inventer la rocade du 21ième siècle".
La question cruciale de ce sondage était "êtes-vous
tout à fait favorable, plutôt favorable, plutôt opposé ou tout à fait
opposé à la création d’une deuxième rocade, c’est à dire un grand
contournement routier de Toulouse ?" Tout le monde est tombé dans le panneau. Il aurait fallu demandé "êtes-vous favorbale à un grand contournement autouroutier à péage de
l’agglomération toulousaine ?".
L’aspect environnemental n’était pas oublié car il était demandé aux
sondés, auparavant, s’ils se sentaient concernés par la proctection d
l’environnement. Parmi les justifications de cette "seconde rocade", il
leur était également proposé dans les réponses possible la réduction de
la pollution !
Une autre question proposait de choisir parmi les 3 propositions suivantes "vous êtes pour la construction d’un grand contournement routier quelque soit les conséquences pour
l’environnement" - "vous
êtes pour la construction d’un grand contournement routier si le projet
prend en compte la préservation du cadre de vie et de l’envieonnement"
"vous êtes contre la construction d’un grand contournement routier". Pas la peine de faire un dessin pour expliquer quelle proposition recueille 83.3%....Il était également question d’un grand
contournement ferroviaire dont on ne trouve pas de trace précise dans le dossier de GCA.
Je conseille à Toulouse de refaire ce sondage une fois le débat public
terminé, quand la majorité des gens sauront en quoi consiste ce projet.
En résumé, la réflexion simple et significative d’un des membres de la
commission consistait à se demander comment l’on peut se fixer des
objectifs de réduction des GES au niveau du facteur 4 et construire en
parallèle des autoroutes...










