Article publié le 24 avril 2008
Les énergies renouvelables ont été fortement critiquées ces derniers mois. Les éoliennes pollueraient, les biocarburants auraient généré une crise alimentaire et les panneaux solaires ne seraient pas « propres » à construire. Alors que faire ?
Depuis quelques mois, nous assistons à un mouvement étrange ... Une à une, les énergies renouvelables sont attaquées : celles-ci ne seraient pas assez « propres » ; elles émettraient trop de CO2.
La presse a largement relayé les critiques concernant l’éolien, symbole des énergies renouvelables, dans le cadre d’une campagne d’opinion orchestrée par la Fédération Environnement Durable. Dans un rapport récent, la FED essaie de calculer le coût des éoliennes (paysages impactés, augmentation de la consommation de combustibles fossiles en cas de manque de vent) par rapport à leur apport : « très peu d’électricité produite », « des diminutions des émissions de CO2 non significatives ».
De nombreux écologistes se sont opposés à ce constat, en qualifiant la FED d’association pro-nucléaire ou de mouvement « not in my backyard ». L’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie (Ademe) et le Ministère de l’environnement ont aussi affiché leur scepticisme : Selon une note récente de l’Ademe, « sur l’année 2008, l’éolien permettra d’éviter l’émission de 1,65 million de tonnes de CO2 (...) En effet, la production éolienne se substitute essentiellement à des productions à partir d’énergies fossiles, comme le montrent les scenarios prévisionnels du Réseau de Transport de l’Electricité (RTE). En 2020, un parc de 25000 MW devrait permettre d’éviter l’émission par le secteur énergétique de 16 millions de tonnes de CO2 par an. » Voilà pour l’éolien. Ce qui intrigue, c’est que les autres énergies dites « propres » sont toutes mises en cause.
Depuis quelques mois, les biocarburants sont aussi fortement critiqués,
pour plusieurs raisons : ils feraient monter les prix alimentaires, ils
encourageraient la déforestation et ils seraient encore inutiles,
compte tenu du manque de voitures adaptées. Les Verts ont appelé l’Union Européenne à abandonner l’objectif de 10% de consommation d’agrocarburants dans les transports
pour 2010 car ils sont « une vraie fausse bonne idée » et même « une
idée meurtrière qui va affamer la moitié de la planète ».
De nombreux doutes sont aussi en train d’apparaître concernant l’énergie solaire : la fabrication des panneaux serait polluante. On s’intéresse aussi au bilan carbone du nucléaire : si les centrales émettent peu de CO2, il a bien fallu les construire...
Loin
de moi l’idée de trancher un tel débat, tant les questions de chiffres
sont difficiles à trancher. Qu’on le déplore ou pas, l’évolution des
temps fait que l’opinion publique ne se fie pas davantage à des données
de l’Etat qu’aux rapports d’un groupe de pression.
Cette tendance inspire à l’observateur engagé (que je suis) quatre constats :
- Premier
constat : le fait d’analyser un peu froidement les solutions que
constituent les technologies « propres » est justifié. Pourquoi, après
tout, dépenser argent et effort à développer des remèdes qui peuvent
être pires que le mal ? Récemment, James Lovelock, écologiste, inventeur de l’hypothèse écologiste Gaia, a avancé que l’arrêt de la consommation des hydrocarbures accroitrait le réchauffement climatique.
En effet, nous dégageons selon lui un nuage de particules dans
l’atmosphère qui détourne une partie des rayons du soleil. Et il l’a
dit devant la Royal Society de Londres, l’équivalent de l’Académie des
sciences française. Que cela soit vrai ou faux, l’argument mérite
réflexion...
- Mais nous risquons de basculer dans une situation un peu hystérique, dans cette recherche du « plus blanc que blanc », dans cet emballement d’une logique vers le refus de toute émission de CO2 (« logique d’une idée », la façon dont la philosophe Hannah Arendt définissait l’idéologie). D’où un second constat : à tout remettre en question, nous risquons de négliger les possibilités des énergies renouvelables, de les empêcher de se développer, de tuer ce potentiel incroyable pour un écologiste investi. En effet, que découvrons-nous, étonnés ? Que toute activité humaine génère du déchet ? Ce qui peut intéresser l’écologiste, c’est que certaines polluent moins que d’autres. Effectivement, quand le vent est insuffisant, il faut des centrales pour produire de l’électricité. Mais quand il y a du vent...
- Troisième constat : compte tenu de ce que l’on sait, peut-être faut-il s’occuper de la consommation d’énergie (la demande) davantage que de sa production (l’offre). Deux raisons à ce constat. D’une part, nous ne saurons peut-être jamais définir clairement les « bilans carbone » des différentes énergies, tant les groupes de pression hostiles ou favorables sont nombreux, tant les experts divergent et tant les situations doivent varier. D’autre part, l’évolution du prix du baril de pétrole le montre, nous ne pouvons exclure des situations de pénurie d’énergie, qui fassent exploser les prix de l’énergie et mettent en péril la vie des populations, notamment les plus fragiles. En effet, nos sociétés ont de plus en plus besoin d’énergie, parce qu’il y a une croissance démographique forte (6 milliards d’habitants aujourd’hui, contre 1,6 milliards en 1900) et parce qu’elles consomment davantage. Sans énergie, pas de chauffage, pas de lumière, pas d’appareils, etc.
- Quatrième constat : dans un premier temps, au lieu de penser les énergies renouvelables comme substitution aux énergies actuelles, mieux vaut pour l’instant les considérer comme addition. Les technologies propres n’en sont qu’à leur démarrage : en 2004, elles ne représentaient que 13,7% de la consommation totale d’énergie. Il faut encore les expérimenter et les développer. Par exemple, les biocarburants de deuxième génération pourraient être plus satisfaisants que ceux de première génération.
le seul et unique constat qu’il y a faire c’est qu’il y a action de plusieurs lobbys qui essaient de tirer la couverture pour un système industriel ciblé.
Et comme tout système industriel asservi l’homme (aussi bien en tant que travailleur qu’en tant que client) et dégrade la nature (qui est perçue comme une ressource à exploiter), la seule solution serait de ramer à contre courant de tout ce qui vise à nous enlever nos libertés / notre autonomie. Mais pour ça il faudrait que l’humanité entre dans un âge de sagesse et sorte de l’adolescence. Pas gagné ...
On voit finalement que le débat n’est pas "qu’est-ce qui est ’vert’, ’écolo’, ’durable’, ou pas". La vraie question, nécessaire dans le monde actuel, est plutôt de savoir comment se fier ou non à une information donnée, autrement dit "qu’est-ce que l’information et la communication responsable ?"
A vos claviers !
Beaucoup d’agitation et peu d’action. Voilà ou en sont les problèmes sommes toute vitaux de la préservation de notre environnement, par lequel et grâce auquel, rappelons le, l’homme peut se qualifier d’être vivant. Sur mars, il n’y a pas de problème d’écologie.
Comme pour toute ruée vers l’or, il y aura des charlatans mais il suffira de quelques pionnier pour révolutionner le monde.
Alors laissons faire ceux qui agissent à défaut d’agir soit même.
Bonjour,
je n’entends jamais les "verts" concernant l’éclairage urbain. Or, c’est une source conséquente d’économie d’énergie qui permettrait de sensibiliser l’opinion sur des dépenses d’énergie inutiles. Au contraire, depuis quelques temps on trouve énormément de solution pour les extérieurs des terrasses et jardins individuels.
Mais qui prend le temps de regarder les étoiles qui scintillent
Je trouve assez inquiétante votre suggestion de considérer les énergies renouvelables comme addition aux énergies fossiles et nucléaire. Pensez-vous que nous ayons encore le temps de nous permettre cela ? Je crois que notre seule chance de sortir du mauvais pas dans lequel nous nous sommes fourrés est de considérer avant toute chose que notre consommation d’énergie est insoutenable et doit absolument être réduite. Les moyens techniques et technologiques existants permettent d’ailleurs de le faire en supprimant les gaspillages et en augmentant l’efficacité énergétique. C’est la condition sine qua none pour pouvoir passer des énergies traditionnelles aux énergies renouvelables. En suggérant de ne considérer les énergies renouvelables que comme additionnelles, vous vous inscrivez dans la logique de ceux qui présentent le nucléaire comme incontournable : en effet, sans une remise en question en profondeur de nos modes de consommation, nous ne pourrons pas nous en passer. Et les énergies renouvelables, dans ce contexte, sont condamnées à rester marginales.
MarcDS J’étais en train d’acquiescer en vous lisant puis, soudain, l’évidence m’est apparue... comme tous les internautes nocturnes je (vous) gaspille(z) de l’électricité ! Unité centrale, boitier adsl, petite (ou grande) loupiote pour ne pas s’abîmer les yeux... Je sais, je sais, l’electricité qui est produite la nuit, il faut bien que quelqu’un la consomme. Mais n’empêche : il ne s’agit pas seulement de mode de consommation : il s’agit de mode de vie ! C’est culturel ! Cela passera par l’éducation donc ce sera forcément long... :(
"Que faire alors" ?
La reponse de l’auteur est pour le moins desesperante : se tourner le doigt dans le cul, motif : les energies renouvelables sont trop peu importante.....
Et pour cela on se base sur des chiffres de 2004, il y a 4 ans. Alors que quiconque s’interesse au solaire photovoltaique pour ne citer que celui-ci sait que 1200MW de PV fut produit en 2004 contre 4200 MW en 2007 avec une acceleration de la production nouvelle de +62%. L’avenir promet beaucoup puisque 10 000 MW solaires sont planifies a la production pour 2010 et nous sommes bien partis pour depasser ce chiffre.
Quant a l’impact environnemental du PV :
3 ans de temps de retour sur investissement energetique pour une duree de vie de 35 ans environs
Recyclabilite des panneaux a 95% et developpement du recyclage du silicium PV et electronique pour produire de nouvelles galettes.
J’en viens donc a me demander : l’auteur est-il apointe par l’industrie nucleaire ou simplement incompetent ?
Desole mais le mensonge m’enerve.
A MarcDS : il me semble juste, comme le souligne ninou, que nous faisons tous n’importe quoi en terme de consommation d’énergie : nous ne réduisons pas assez notre consommation d’électricité et d’énergie. C’est ce que montrait une étude récente, selon laquelle nous préférons le confort à l’économie d’énergie. Ce que j’en conclue, c’est que nous ne sommes pas sûr que « ca passe », compte tenu de l’accroissement de notre consommation actuelle, surtout si on commence à les critiquer de toutes parts : cela veut dire qu’il faut envisager un investissement lourd dans les énergies propres, et que même malgré cet investissement, il nous faut quand même réduire davantage notre consommation d’énergie.
A Stéphane Klein : quelle brutalité ! Je me suis fait mal comprendre, je fais l’inverse d’un constat défaitiste sur les technologies propres. (Venez sur mon blog http://technologies-propres.blogspot.com ). Mon papier ici a pour objectif d’alerter sur le fait qu’elles sont aujourd’hui attaquées de toute part. Fort heureusement, comme vous le soulignez, on va multiplier par plus de 10 la production d’énergie solaire d’ici à 2012 en France (progression de +200% en 2007 !), et l’éolien est vraiment en train de se développer (environ 2500 MW en 2007, soit le troisième rang européen). Je maintiens que si l’on n’investit pas davantage et si l’on ne réduit pas fortement notre consommation d’énergie, il n’est pas certain que la substitution puisse se faire.
La solution passe par la sobriété à tous les niveaux : individuel avec la simplicité volontaire, et collectif avec la décroissance.
Beaucoup d’énergie est perdue car les maisons sont mal construites (orientation, isolation ...), que l’énergie est mal utilisée (se chauffer à l’exlectricité !), ou gaspillée, ...
il y a tellement de choses à faire !











