Le monde, ses dirigeants, ses multiples organismes de prévision et d’étude et même ses ONG découvrent avec une certaine stupeur, avec la montée qui semble inexorable du prix du baril, que finalement nous sommes au bord de la rupture énergétique. C’est ainsi que le G7 lance des appels aux pays producteurs pour qu’ils accroissent leur production ! Sous huit jours bien entendu ! C’est ainsi que l’Agence Internationale de l’Energie qui encore récemment voyait la production de brut monter à 116 millions de barils/jours en 2030 commence à dire que peut-être la progression ne serait pas aussi rapide que prévue ! C’est ainsi que l’on commence à s’apercevoir que le bouc émissaire facile de la fameuse "spéculation" n’est peut-être qu’un phénomène mineur sans commune mesure avec le manque de produit physique sur le marché pour satisfaire la demande d’un monde en expansion rapide.
Dans un message du 10 mars, je posais la question de savoir si nous
n’avions pas déjà dépassé le Peak Oil et je signalais à votre attention
le doute du PDG de Total Christophe de Margerie sur la possibilité de
dépasser les 100 millions de barils/jours de production. On peut se
demander à quoi sert une Agence Internationale de l’Energie qui doit
nous coûter sans doute les yeux de la tête si, à un moment crucial pour
l’histoire de l’humanité, elle peut se tromper aussi grossièrement et
alimenter ainsi l’immobilisme des dirigeants politiques.
En voici ci-contre un autre exemple qu’il n’était pas difficile de se procurer, l’évolution de la production de pétrole chez un gros producteur mondial : la Russie (2eme producteur mondial) dont on voit qu’elle plafonne depuis plusieurs années déjà. Quant à la production gazière, elle a baissé de 1,3 % en 2007 et se maintient aux alentours de 550 milliards de M3 depuis 3 ans.
Le transfert au fil des décennies de la main mise sur les gisements
des compagnies pétrolières internationales aux pays producteurs s’est
traduit par une stagnation, voire une diminution des investissements
dans la production, un détail qui n’intéresse pas les dirigeants
politiques et qui est pourtant essentiel à la mise sur le marché
physique de davantage de barils, et dont le coût d’investissement est
loin d’être mineur. Pourquoi voulez-vous qu’un Monsieur Chavez se
tracasse pour accroître ses capacités de production alors qu’il
confisque les revenus du pétrole pour atteindre les objectifs de sa
politique extérieur et sociale ? De même pourquoi voulez-vous que les
pays du golfe dont les revenus pétroliers viennent alimenter leurs
fonds souverains déjà pléthoriques veuillent investir dans
l’accroissement de production pour leur donner encore plus d’argent à
placer !
Un autre élément dont nos politiques ne semblent pas conscient, c’est le temps nécessaire pour réagir à des variations de demande structurelle comme celle à laquelle nous assistons. Pourtant le rapport Hisch américain que j’avais analyé dans des messages des 16, 18, 20, et 22 aout 2005 montrait qu’il fallait s’y prendre 20 ANS à l’avance pour prendre des mesures palliatives si on voulait pouvoir répondre à la pression de la demande et que les solutions devaient être tous azimuts et en particulier en direction du nucléaire, seule énergie de masse, capable de suppléer à l’absence de pétrole à terme.
J’appelais de mes vœux une étude du même type pour l’approvisionnement énergétique de l’Europe et nous avons eu à la place du "blablabla" politicien qui ne tenait en plus pas compte des quantités que telle ou telle énergie était capable de fournir.
Certains pays se sont montrés pragmatiques et ont commencé à bouger. C’est le cas de la Finlande, de l’Australie, des États-Unis, de la Grande Bretagne et maintenant de l’Italie et des pays émergents. Quant à la France elle a attendu 5 ans (!) pour sortir le décret fixant le prix de reprise de l’électricité photovoltaïque (d’où notre retard dans ce domaine), elle est largement en retard sur l’éolien et elle a péniblement commencé à construire une tranche de centrale nucléaire là où il faudrait en avoir 3 ou 4 en construction ! A son crédit, elle a commencé via le Grenelle de l’environnement à vouloir aider les français à améliorer l’efficacité énergétique de leur habitat, principale source de gaspillage. Quant à l’Allemagne, elle en est encore à fermer ses centrales nucléaires.
Je crains que l’avenir ne vienne confirmer cette absence de vision à long terme des problèmes énergétiques et que nous et nos enfants ne vivions dans un avenir proche de longues périodes de pénuries...
A suivre
lien image : http://images.google.fr...
même le nucléaire va bientôt atteindre son pic. Et d’autant plus vite que le nucléaire va se développer rapidement avec le pétrole cher.
Hélas aucune énergie ne pourra remplacer l’utilisation actuel du pétrole. C’est à ça qu’il va falloir se préparer. Une décroissance importante de l’énergie disponible.
Mais les politiques sont de toute façon très loin du compte. Le réveil du citoyen sonneras le réveil du politique, enfin espérons !
hahaha, le nucléaire pour palier à ça, cette bonne blague.
Non, franchement faudra que les pro nucléaire reviennent les pieds sur terre ...
@ çaDérange :
Autant je vous suis sur "l’immobilisme des dirigeants politiques" et sur l’impossibilité d’une reconversion immédiate d’une énergie à une autre autant je ne partage pas vos conclusions.
Tout d’abord que le nucléaire puisse "suppléer à l’absence de pétrole" me semble être un raccourci un peu hasardeux, mais admettons que l’on reconvertisse voitures, camions, mobylettes, tronçonneuses, tracteurs... à l’électricité, un jour... ou à la pile à combustible alimentée par un hydrogène qui sera produit grâce à l’électricité.
Comme vous l’écrivez cela pourra prendre de longues années durant lesquelles la demande d’électricité risque d’être le théâtre de tensions très fortes et en partie apaisées par un fort recours au charbon.
Mais contrairement à ce que vous semblez croire il n’y a pas eu que du "blabla" dans le domaine des scénarii d’approvisionnement de l’Europe.
En visitant la page World energy, technology and climate policy outlook vous accéderez à une très sérieuse étude de la Commission Européenne détaillant des solutions qui présentent un certain nombre de points forts et viennent à l’encontre de l’idée selon laquelle le nucléaire serait la "seule énergie de masse, capable de suppléer à l’absence de pétrole à terme".
Ce sera en particulier le cas du Solaire Thermique par Concentration (CSP) (études : Weblinks and Studies) qui serait une solution pour obtenir une électricité propre de façon beaucoup plus rapide qu’avec le nucléaire (il faut 2 à 3 ans pour construire une centrale solaire de puissance, 7 ans au moins dans le meilleur des cas pour construire un EPR).
Du point de vue des coûts, en les comparant pour des puissances installées égales, le différentiel est net en faveur du CSP : pour 10 GW il revient à environ 2 euros par Watt contre 3,5 euros par watt pour le nucléaire (figure 4.2 page 71 du World energy, technology and climate policy outlook).
Et l’on peut penser que le coût du CSP pourrait bientôt baisser de façon significative du fait d’une évolution industrielle qui n’avait probablement pas été prise en compte dans l’étude de la Commission Européenne, antérieure à cette annonce par exemple : Saint-Gobain investit 20 millions d’euros dans une usine de production de miroirs pour centrales thermosolaires.
Le prix des miroirs représente une fraction importante du coût d’une centrale thermosolaire : l’industrialisation de leur production aura probablement une effet bénéfique à ce niveau.
La pénurie va nous contraindre à économiser, à partager, à imaginer, à inventer, en bref à faire travailler notre cerveau orbito-frontal que des années d’abondance avaient complètement anesthésié. Elle va éviter que nous ne nous retrouvions tous, ruinés par le diabète, scotchés dans le siège moelleux d’un gros 4x4 vorace. Et si la pénurie sonnait annonçait la fin de la connerie.
Je suis un écologiste raisonnable convaincu..... pourtant aujourd’hui face à l’urgence, il faut hélas reconnaitre que le nucléaire nous permet a ce jour de ne pas plonger complètement et surtout d’être un des pays d’europe le moins producteur de CO2. L’Allemagne qui a fait le choix, honorable, de se passer du nucléaire est un des pays les plus gros producteur de CO2 malgré l’usage intense des énergies dites propres. Donc oui, il faut passer aux énergies propres, mais il faut aussi avoir le courage de palier a l’urgence climatique sans déclencher des guerres civiles pour cause de pénurie énergétiques ! ou parce que plus personne ne pourra se payer son "bien être". Le remède pourrait être pire que le mal dans ce cas. Bref oui, à lécologie, mais une écologie raisonnable et responsable..... je fais d’ailleurs appel a toute les bonnes volontés pour créer un nouveau parti politique sur ces bases....qui ne fasse pas comme les verts enfin je veux dire les roses trempés dans un pot de peinture verte










