Article publié le 18 avril 2008
EDF a une communication très optimiste sur l’intérêt des pompes à chaleur.
Je viens de recevoir un courrier d’EDF me proposant de participer à un « quizz » (avec deux z, comme Zzorro). D’habitude, je jette ce genre de courrier directement mais, étant intéressé par un voyage en Norvège, j’ai pour une fois décidé de me livrer à ce jeu (jeu-archi-co2.com)
Je me suis arrêté à la première question : combien de CO2 une pompe à chaleur émet-elle en moins par rapport à une chaudière traditionnelle ?
Trois choix sont proposés : deux fois moins, quatre fois moins ou six fois moins.
EDF me propose de lire un indice « il suffit de 25% d’énergie électrique pour assurer 100% du chauffage ».
Tout est fait pour que la personne non avertie réponde spontanément : je consomme 4 fois moins d’énergie, et donc quatre fois moins de C02 et c’est exactement ce qu’EDF attendra d’elle car c’est bien la « bonne réponse » qui vous permettra peut-être de gagner un voyage en Norvège.
Cette évaluation est cependant grossièrement fausse car elle résulte de deux approximations qui, toutes deux, jouent étrangement à l’avantage d’EDF (je passe sur le fait qu’il faut en pratique plutôt 30% d’énergie électrique pour assurer 100% de chauffage).
La première est d’assimiler l’énergie électrique à de l’énergie thermique, ce qui est absurde d’un point de vue physique. En effet pour produire de l’électricité, il faut utiliser de l’énergie thermique mais le rendement de conversion n’est pas de 100%, il est au mieux de 50% (après prise en compte des pertes par effet joule sur le réseau électrique). Autrement dit, il suffit peut être de 25% d’énergie électrique pour produire 100% de chauffage thermique mais il faut 50% d’énergie thermique pour produire 25% d’électricité.
D’après ce calcul une pompe à chaleur émettrait donc deux fois moins de C02 qu’une chaudière traditionnelle. Ce fut ma réponse spontanée qui me valut de voir disparaître mes rêves norvégiens.
Mais la seconde approximation est plus pernicieuse et revient à considérer que le contenu en CO2 de l’énergie thermique utilisée pour produire de l’électricité est le même que le contenu en CO2 de l’énergie thermique utilisée pour une « chaudière traditionnelle ».
Or actuellement, les statistiques publiées par RTE (gestionnaire du réseau électrique) montrent que pendant la période de chauffage, EDF doit appeler principalement des centrales au fioul ou au charbon pour produire la demande supplémentaire. Or le fioul et le charbon émettent, à énergie thermique égale, environ 50% de CO2 en plus que le gaz naturel : avec une pompe à chaleur on consommerait donc bien deux fois moins d’énergie mais l’énergie qu’on consommerait serait 50% plus émissive de C02...
Je ne me livre pas à tous les calculs qui dépendent en réalité du type de chaudière (fioul/gaz), du rendement exact des centrales thermiques, du rendement des chaudières... Au total, il n’est pas clair que les pompes à chaleur économisent beaucoup de CO2 par rapport à des chaudières au gaz (même si elles peuvent avoir d’autres avantages par ailleurs, notamment si elles remplacent du chauffage électrique ou des chaudières au charbon vétustes... qui gagneraient en tout état de cause à être remplacées par des chaudières au gaz naturel).
A long terme, on pourrait penser développer plus de nucléaire pour produire l’électricité à la place des centrales au charbon et au fioul, les pompes à chaleur seraient alors intéressantes du point de vue du CO2 (mais pas de déchet nucléaire : c’est un autre débat). Mais le prochaine réacteur de Flamanville étant prévu pour 2012 (avec des retards probables) et aucune autre installation n’étant programmée, ce n’est pas demain la veille.
En attendant, je laisse chacun commenter la communication d’EDF.
Thèmes
Merci, l’article est tres interressant et il pousse a s’interroger.
Cependant, si vous prenez en compte le bilan total de CO2, vous devrez prendre en compte :
Le bilan lors de l’extraction et le rafinement de la matiere premiere, qu’il s’agisse de bois, d’uranium, de charbon ou de fioul
Le bilan lors du transport du produit combustible jusqu’a la chaudiere
Combien de litres de petrole consummes pour extraire, raffiner et transporter le combustible sur des milliers de kilometres ? Idem pour le combustible nucleaire et le charbon utilises par EDF...
(Mais l’electricite n’etant pas tranportee par camion, cela change aussi la donne, n’est-ce pas ?).
PS : Desole pour les fautes, je suis faineant et j’ai un clavier Qwerty.
Ca pourrait etre pire, avant edf conseillait des radiateurs electriques, ce qui est encore pire car ils ont les cotés négatifs que vous citez sans avoir les côtés positifs de la pompe à chaleur.
Ce que vous dites est juste : il faut prendre l’ensemble des données. C’est ce qu’on appelle l’analyse du "cycle de vie". Mais les principales variables sont celles que je prends en compte (rendement, pertes de transport, contenu en C02 des énergies primaires utilisées).
je commenterais plutot votre commentaire que la pub de EDF.
1-le calcul de la composition de l’electricite utilisee pour le chauffage que vous citez est tout a fait contestable. Quand beaucoup de monde a besoin d’electricite, EDF est oblige de demarrer des centrales au charbon (mais aussi de barrages...). Affirmer que la composition carbone de ce chauffage est celle du dernier watt demarre, cad celle de la centrale au charbon me semble idiot : ca veut dire qu’on ne tient compte que des 10% des utilisateurs, et pas des autres, pour lesquels c’est l’energie nucleaire qui les chauffe ! Il faut evidemment faire une moyenne pour discuter la composition carbone, et ne pas se limiter a la consommation marginale !
Dans ce cas, la composition carbone d’un utilisateur qui se chauffe a l’electricite (pompe a chaleur) est bien plus basse que dans un pays voisin qui n’aurait pas d’electricite nucleaire : On emet pres de 10 fois moins de CO2 qu’avec une chaudiere au fuel et cinq fois moins qu’avec le gaz. Tres interessant !
2- Il me parait evident que c’est l’avenir : le chauffage electrique avec pompe a chaleur et energie nucleaire, bien entendu avec isolation. Donc il est urgent de mettre en chantier d’autres centrales, et de se battre pour empecher que se construisent des centrales au charbon, et meme au gaz. Bien entendu, developper de nouveaux reacteurs est un plus gros investissement que les centrales au gaz (le nucleaire est moins cher a longue echeance, mais ca se programme sur plus longtemps, il a besoin de plus d’investissement). C’est un peu dommage qu’a cause des mouvements retrogrades, mais aussi et surtout parce que les hydrocarbures paraissaient peu chers, on n’ait pas plus tot repris la construction de nouvelles centrales, mais je pense qu’il est urgent d’en demarrer, car ca prend a peu pres 4-4.5 annees a mettre en service.
Aujourd’hui, il faut nous unir pour developper l’energie nucleaire. Les dechets sont bien negligeables vis a vis du CO2 !!!
Donc, retournons l’adage : Vive le tout-electrique !
Economiquement, il faut prendre en compte l’effet "marginal" ou incrémental de la demande qui est desservie. Comme les centrales nucléaires fonctionnent en tout état de cause à leur pleine capacité (et tant que de nouvelles capacités nucléaires ne sont pas mises en service), ce sont bien les centrales thermiques "classiques" qui sont sollicitées pour fournir l’électricité des pompes à chaleur. D’ailleurs Marcel Boiteux et les économistes d’EDF ont été parmi les premiers à mettre en avant la théorie marginaliste...
Ben voyons ! Lire ça 22 ans après Tchernobyl... Comme quoi une leçon ne suffit pas toujours.
j’ai reçu une lettre aux actionnaires qui m’a bien fait rire ! il y était porté le resultat des choix des nouveaux representants du comité consultatif où tout un chacun pouvait postuler.5 nouveaux membres 1)directeur financier de la CPAM 2)cadre France telecom 3)chargé de com’ d’une centale nucléaire 4)ancien salarié d’EDF 5)ancien ingénieur IBM
etonnant n’est ce pas ?











