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Défense de l'environnement à Taiwan

Quelques faits qui soulignent qu’un petit pays peut faire beaucoup sans bruit

Article publié le 31 mai 2007

Les défenseurs de la nature et de l’environnement sain peuvent être intéressés par les actions concrètes menées à Taiwan sur ce plan. Si le bilan d’ensemble peut sembler plutôt positif -bien qu’il ne faille pas cacher les points négatifs- il urge que ce pays de haute technologie surpeuplé développe justement des techniques innovantes pour améliorer encore sa situation sur ce terrain.

Défense de l'environnement à Taiwan

Cela peut surprendre nombre de personnes, mais Taiwan compte un grand nombre d’organisations agissant pour la protection de la nature et de l’environnement. Même la très médiatique Greenpeace y a ses partisans dynamiques et ses relais locaux, comme d’autres pays asiatiques. Cela se traduit aussi dans les sphères politiques où des députés et/ou élus locaux font souvent écho à ces préoccupations populaires bien légitimes dans un pays où la densité de la population dépasse les 600 habitants par km².

Il pouvait sembler intéressant de verser quelques informations venant de Taiwan au grand dossier mondial du combat pour la préservation de notre Terre commune. En voici quelques-unes, piochées dans des dépêches de presse et articles de presse récents, mais aussi faits permettant de bien appréhender la problématique locale liée à l’environnement à Taiwan.

Quelques rappels généraux utiles

Taiwan compte actuellement 3 centrales nucléaires en activité, et une quatrième est en construction sur la côte nord-est du pays. Les équipements et les constructeurs sont tous d’origine américaine. Pour l’heure, à notre connaissance, aucun incident sérieux et notable sur ces centrales n’a été dénoncé par personne. Il est aussi vrai que ces centrales de production d’électricité sont propriété de l’Etat, via l’entreprise publique "Taipower", et qu’elles sont sous la surveillance conjointe d’agences gouvernementales et...d’associations écologistes actives et attentives !

Il faut préciser, pour mieux comprendre la "rareté" du débat public sur le nucléaire à Taiwan dans le passé que les habitants des zones concernées par ces centrales ont perçu et perçoivent encore des avantages matériels substantiels : gratuité de l’électricité et de l’eau, subventions diverses, aides aux autorités locales, bourses d’études, aides médicales, etc...

La même procédure s’applique d’ailleurs aux sites - voir plus bas le cas de Lanyu - qui servent au stockage des déchets nucléaires en faveur des populations vivant à proximité de ces centres.

En même temps, le pays a ouvert récemment son 9ème site d’énergie propre d’éoliennes productrices d’électricité. Selon un rapport officiel, 4% de l’électricité produite dans l’île serait d’origine éolienne. Plusieurs autres sites de même type sont en construction ou en projet. Les barrages hydro-électriques apportent aussi leur contribution à la production d’électricité, mais leur nombre est limité par les conditions naturelles propres au pays et la violence parfois extraordinaire de certains cours d’eau, notamment en cas de typhons.

Protéger l’air et l’eau : une priorité urgente

Concernant la lutte contre la pollution de l’eau et de l’air, des progrès considérables ont été enregistrés ces dernières années. Plusieurs facteurs indépendants parfois les uns des autres se sont conjugués pour cela.

Pour ce qui concerne l’air : la modernisation du parc automobile avec des véhicules utilisant des motorisations moins polluantes en CO2, l’amélioration du système routier qui, en raccourcissant de façon significative les distances entre certaines villes à traffic routier élevé par la construction de tunnels - une vraie spécialité locale très sécurisée et fiable - a sensiblement fait baisser l’émission de gaz polluants. Ainsi, la nationale 5, qui relie la capitale, Taipei, à Ilan sur la côte est, a raccourci la distance antérieure parcourue de presque 50% ! La route nationale 30, qui ouvrira mi-juin, aura un résultat similaire sur la côte est, en ramenant la durée du voyage Chongbin- Yuli de 2 heures à...30 minutes ! A cela, il convient d’ajouter la fermeture ou la conversion-modernisation technique d’usines très polluantes auparavant en établissements "propres".

Autre problème : l’élimination saine et pérenne des déchets industriels et privés. Là aussi, des progrès notables sont indiscutables, mais il reste énormément à faire. Le marché en question devrait inciter, y compris les investisseurs privés, à s’intéresser à ce problème et à concourir à sa solution, surtout là où les autorités locales sont déficientes.

A ma connaissance, il n’existe pas de statistiques fiables, collectées par des organisations indépendantes, sur les variations de la qualité de l’air, ce qui permettrait de juger sur pièces des effets concrets des modifications intervenus. Ceci étant, l’avis général des citoyens est que, si la qualité de l’air sur la côte ouest de l’île - surpeuplée - continue à être jugée assez mauvaise, la situation s’améliore par contre dans les zones de montagnes du centre et sur la côte est.

En ce qui concerne l’eau, les choses sont, si l’on peut dire, plus "transparentes". Là aussi, des facteurs divers sont intervenus. L’Etat taiwanais a mis en place une politique de l’eau via une Agence gouvernementale qui a amélioré sensiblement la situation de ce côté, même si de grands publèmes subsistent, qu’il ne faut pas sous-estimer. Le traitement et le recyclages des eaux usées a nettement progressé, tout en restant insuffisant. La pollution maritime côtière a diminué aussi de manière substantielle, mais là aussi, des progrès importants sont encore à accomplir.

Ces développements positifs sont dus particulièrement à l’expansion voulue, soutenue par d’importants budgets d’Etat, du tourisme, tant taiwanais qu’étrangers, mais aussi à l’activité des autorités publiques concernées. Une simple tournée d’observation minutieuse sur les côtes est et nord-est de Taiwan démontre que les services publics en charge de l’environnement et de sa qualité dans ces zones ont travaillé avec efficacité, tout en mettant en valeur les sites naturels et en aménageant de manière plus "verdoyante" les axes routiers, ainsi qu’en créant des zones de promenade pédestre et cycliste.

A l’évidence, bien que de graves problèmes demeurent, il est manifeste que Taiwan s’est dotée d’une politique de l’environnement et de défense de la nature, de l’eau et de l’air, certes encore insuffisante, qui a besoin d’être améliorée et développée, mais qui a le mérite essentielle d’exister.

Un cas concret : les déchets de l’île de Lanyu

Les citoyens des pays européens connaissent bien les problèmes du stockage des déchets nucléaires, faute de moyens alloués à leur destruction définitive, seule solution viable pour la santé publique présente et future.

En Asie, la Corée du Sud, le Japon et Taiwan ont eu des années durant une politique de stockage qui ressemblait à celle de la France dans le Pacifique avec ses essais nucléaires : entreposer les déchets loin des métropoles, dans des lieux peu peuplés, et de préférence parmi des populations peu au fait des conséquences possibles, souvent aborigènes.

Lanyu, une île située à 60 km au sud-est des côtes de Taiwan, appelée "l’île aux orchidées" est un exemple typique de la gestion inadéquate des déchets nucléaires en Asie : Taipower a a entreposé depuis 25 ans au total 97672 fûts de déchets toxiques. L’île est peuplée de 3100 Aborigènes, à qui, durant 25 ans, en forme de compensation pour ce stockage, Taipower a alloué sous diverses formes de subventions près de 150 milions de dollars US -soit 5 milliards de dollars taiwanais (NT$).

Après 25 ans de conflit avec la tribu qui habite l’île, Taipower a annoncé qu’elle allait transférer ailleurs (on parle de la Corée du Nord ou de la Chine !) les fûts que les résidents accusent d’être à l’origine d’une prolifération de cancers, notamment de l’estomac, car, selon eux, ils pollueraient les terres cultivées, donc les aliments qu’ils consomment.

Seul bémol : le départ des déchets aura lieu en...2016 ! Et vers où ?

Des pistes pour le futur

La question des déchets nucléaires comme des déchets en général issu des industries ou des particuliers, comme la problématique de la qualité de l’air et de l’eau, mènent à une réflexion commune : Taiwan ne pourrait-elle pas, avec ses capacités immenses en savoir dans le domaine des technologies de pointe et d’avenir, développer un véritable plan technologique pour apporter des solutions pérennes et sûres aux défis de la protection de l’environnement et de la nature ?

Les chercheurs et scientifiques taiwanais, du secteur public ou des entreprises privées, selon nombre de citoyens, devraient tourner leur attention, concentrer leurs moyens et déterminer leurs priorités vers la mise en oeuvre d’outils qui permettent à la fois l’élimination définitive des déchets nucléaires actuels et à venir, tout comme des autre déchets, mais aussi vers de nouvelles techniques de retraitement des eaux usées et de nouveaux moyens non-polluants de transport individuel comme collectif.

Il s’agit là d’établir résolument une politique cohérente de protection dynamique de l’environnement, agissant sur divers facteurs connus pour les réduire, voire les éliminer,

Les capitaux, les personnes et les avoirs existent dans le pays pour atteindre ces objectifs, dans l’intérêt de tous les pays de la planète et.... de l’économie du pays.

Une telle orientation stratégique industrielle dépend d’une impulsion politique qui mobilise moyens publics et fonds privés, au profit de toute la société.

Une chose est sûre : en relevant ce défi technologique pour elle-même et en favorisant ainsi la solution de problèmes communs à tous les pays, Taiwan pourrait aussi bénéficier des retombées positives de son action environnementale sur tous les plans.

L’idée est lancée. Aux responsables publics et privés de la saisir et d’en faire une réalité vivante.

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