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Bilan des primes à la casse en Europe : une bouffée d'air pour l'environnement ?

Article publié le 14 mai 2010

Conçue avant tout comme un bouclier anti-crise, la prime à la casse n’a pas seulement aidé le marché automobile et les constructeurs à se maintenir à flots. Instaurée avec succès dans quelques 14 Etats membres de l’Union européenne et prolongée actuellement dans 8 pays, cette mesure a également apporté une bouffée d’air pour l’environnement.

Allant de 500 à 2500 ? selon les pays, elle a permis notamment de se débarrasser de millions de vieux véhicules, de fait plus polluants que les nouveaux, mais aussi d’accélérer le renouvellement du parc automobile en Europe. Résultat : les émissions moyennes de CO2 ont baissé (jusqu’à 8 % en Italie en un an), de même que les polluants atmosphériques et le niveau sonore des moteurs. Alors que la sécurité des véhicules a progressé.

Souvent accompagnée d’autres mesures incitatives, la prime à la casse participe d’un cercle vertueux en faveur de véhicules plus respectueux de l’environnement. Les ventes de petites cylindrées et de modèles alternatifs (hybrides, GPL et GNV) ont fortement augmenté en 2009.

L’environnement, l’autre grand gagnant de la PAC

Si la prime à la casse (PAC) stimule les ventes de voitures neuves en Europe, elle joue aussi un rôle majeur pour la défense de l’environnement. En effet, le remplacement des véhicules anciens (de plus de 8 ou 10 ans selon les pays) par des voitures neuves ou récentes a permis de moderniser rapidement le parc automobile et de rajeunir la moyenne d’âge des véhicules : actuellement de 7 ans environ dans l’UE.

Ce renouvellement accéléré des véhicules génère des progrès importants sur les plans écologique, sanitaire et sécuritaire. Selon le dernier rapport économique de l’UE sur les transports publié en mars 2010, les émissions de CO2 moyennes ont globalement baissé en 2009 : de 4,5 % en France et de 8 % en Italie. Une tendance due, entre autres, à la prime à la casse qui impose presque partout (sauf en Allemagne et en Angleterre) un niveau plafonné d’émissions (de 140 à 160 g).

Qu’ils soient neufs ou d’occasion, les véhicules achetés dans le cadre de la prime à la casse, doivent également répondre aux normes Euro 5 ou 4 au minimum. Par rapport aux véhicules remplacés, ils sont de fait plus efficaces, moins consommateurs de carburant, moins polluants (CO, NOX, PM, HC, etc.) grâce notamment aux filtres à particules sur les moteurs diesel.

Les voitures actuelles sont également moins bruyantes et plus sûres grâce à des équipements parfois obligatoires tels que l’anti-blocage de roues (ABS), le contrôle de trajectoire (ESP), les airbags, les prétensioneurs de ceintures, le limiteur de vitesse, etc. Tandis que la réglementation (chocs piétons par ex.) et les tests EuroNCAP mettent la barre toujours plus haut. Quant aux véhicules mis à la casse, ils ne sont pas envoyés dans les pays émergents pour une deuxième vie comme souvent par le passé. Ils sont récupérés, détruits et recyclés selon des normes européennes (notamment ISO 14000).

 

Un paysage automobile transformé

Du fait des plafonds de CO2 (entre 140 et 160 g selon les pays) fixés par la prime à la casse, les nouveaux modèles mis en circulation sont relativement "sages" : il s’agit le plus souvent de citadines ou de familiales compactes du segment A, B ou C.

En 2008, 71 % des voitures neuves immatriculées appartenaient à cette catégorie, selon le CCFA (Comité des Constructeurs Français d’Automobile). Une tendance qui ne cesse de s’accentuer au point de changer le profil du véhicule moyen en Europe. Alors que la cylindrée des voitures n’a cessé de croître entre 1990 et 2005, passant de 1600 cm3 à 1750 cm3, elle a chuté brutalement entre 2007 et 2009 pour revenir à 1600 cm3, d’après l’ACEA (Association des Constructeurs Européens d’Automobile). Le poids et la taille des véhicules tendent également à diminuer.

Cette évolution devrait s’accentuer encore ces prochaines années avec la technologie du downsizing (voir notre dossier consacré à ce sujet). Selon le dernier rapport économique de l’UE sur les transports, la demande pour les véhicules émettant moins de 120 g / km de CO2 a progressé de 59 % entre 2008 et 2009. Tandis que le nombre de véhicules émettant moins de 120 g vendus dans cette même période est passé de 16 à 25 %. Les principaux gagnants sont les groupes Fiat, Volkswagen, PSA et Renault qui proposent tous un large choix de modèles en dessous de 140 g de CO2. Ainsi, ces marques ont-elles davantage tiré profit de la prime à la casse que les constructeurs haut de gamme comme BMW et Mercedes, spécialisés dans les grosses cylindrées.

 

Le boom des carburants alternatifs

La mise en place de la prime à la casse couplée à d’autres mesures incitatives a favorisé l’émergence de modèles innovants à motorisations alternatives : hybrides mais aussi GPL (gaz de pétrole liquéfié) ou GNV (gaz naturel de ville). D’après l’Institut Français du Pétrole (IFP) les moteurs carburant au gaz n’émettent pas beaucoup moins de CO2, mais rejettent 10 à 30 fois moins de NOx (Oxydes d'azote) que les moteurs essence ou diesel, et aucune particule fine. D’où leur avantage pour l’environnement.

Soutenus par un crédit d’impôt de 2000 euros en France, cumulables avec la prime à la casse, les véhicules carburant au gaz de pétrole liquéfié (GPL) ont fait un bon spectaculaire entre 2008 et 2009, passant de 2600 à 25 000 immatriculations, selon le Comité Français du Butane et du Propane, soit une hausse de 96 % ! Une tendance qui s’est encore accentuée au premier trimestre 2010 avec quelques 22 500 nouveaux véhicules GPL immatriculés, presque autant que sur tout l’exercice 2009.

Principaux acteurs : le constructeur Dacia (Groupe Renault), Chevrolet et Fiat qui ne cessent d’élargir leur gamme de modèles à bicarburation. Déjà bien implanté en Italie avec 600 000 véhicules en circulation, le GPL a profité à plein de la prime à la casse locale qui pouvait atteindre jusqu’à 5000 € (6500 € pour un VUL) pour l’acquisition d’un modèle "vert" (GPL, hybride ou électrique).

 

1 / Les primes à la casse en Europe (selon le rapport économique de l’UE).

 

France

 

Instaurée en 2008 et prolongée jusqu’à la fin 2010 de manière dégressive, la prime à la casse française est passée de 1000 à 700 € en janvier 2010 et sera abaissée à 500 € à partir de juillet jusqu’à la fin de l’année.

 

Elle est valable pour l’achat d’un véhicule neuf émettant moins de 155 g en l’échange d’un véhicule de plus de 10 ans. D’après le ministère de la Relance, environ 600 000 véhicules ont été vendus en 2009 grâce à cette mesure. Cela représente 26 % du marché des voitures particulières (2,2 millions au total) pour un coût de 600 millions d’euros.

 

La grande majorité des véhicules achetés dans le cadre de cette prime émettent entre 101 et 120 g/km de CO2, soit des petites voitures également éligibles au bonus écologique de 700 €. Grâce à ces dispositifs, les émissions moyennes de CO2 pour les véhicules ont diminué de 4,5 % en 2009 à 134 g (140 g en 2008 et 149 g en 2007).

 

Repères :

 

Montant : 1000 € en 2009, 700 € puis 500 € en 2010 à partir de juillet

Ancien vhe (véhicule) > 10 ans

Nouveau vhe : VP ou VUL* (160 g/km de CO2 max.)

Durée : 2008-2010

 

*Véhicules Particuliers et Véhicules Utilitaires Légers

 

 

Royaume-Uni

 

Dotée d’une enveloppe de 400 millions de Livres, la prime à la casse britannique lancée en mai 2009 s’est terminée en mars 2010. D’un montant de 2000 £, elle était financée à moitié par les constructeurs pour l’achat d’un modèle neuf (VP ou VUL), en l’échange d’un véhicule âgé de plus de 10 ans. Elle a permis d’atténuer la chute des ventes en 2009 : - 6,5 % par rapport à 2008 (près de 2 millions d’unités). Au final, 285 000 voitures ont été immatriculées grâce à cette mesure, soit 14 % du marché total.

 

N’imposant pas de seuil de CO2 au véhicule neuf, elle a néanmoins contribué à réduire les niveaux d’émissions. Les modèles achetés dans le cadre de la prime émettaient 133,3 g en moyenne, soit 10% de moins que les nouveaux véhicules neufs immatriculés et 30 % de moins que les véhicules destinés à la casse.

 

Repères

 

Montant : 2 000 £ dont 50% payés par les constructeurs

Ancien vhe > 10 ans

Nouveau vhe : VP ou VUL sans limite de CO2

Durée : 05/2009 – 03/2010

 

 

Espagne

 

Sur un marché en chute libre (- 17,9 % et - 41 % par rapport à 2008 et 2007), la prime à la casse espagnole apparue en décembre 2008 dans le cadre du Plan 2000 a limité les dégâts.Financée à moitié par les constructeurs, cette prime de 2000 € a déjà généré 125 000 immatriculations sur un total prévu de 280 000 nouveaux véhicules d’ici septembre 2010.

 

Sa particularité : elle s’applique pour l’achat d’un véhicule neuf de moins de 30 000 € et rejetant moins de 140 g/km de CO2, ou pour l’acquisition d’un véhicule d’occasion de moins de 5 ans, à condition que celui-ci émette moins de 149 g (160 g pour un VUL*) et que la vieille voiture ait plus de 15 ans. Si les ventes ont augmenté de 20 % au premier trimestre 2009, l’année 2010 ne devrait pas être meilleure que 2008 en raison de l’arrêt du programme avant la fin de l’année.

 

Repères

 

Montant : 2 000 € dont 50 % payés par les constructeurs

Ancien vhe > 10 ans

Nouveau vhe : VP (140 g max.), VO* (149 g max.) ou VUL (160 g max.)

Durée : 01/2010-09/2010

* Véhicules d’occasion

 

 

Pays-Bas

 

Oscillant entre 750 à 1750 € selon la nature du véhicule acheté (essence ou diesel) et l’âge du véhicule repris (13 ans pour un essence, 9 ans pour un diesel), la prime à la casse hollandaise avait comptabilisé 60 000 nouveaux véhicules en février 2010. Environ 27 % des voitures achetées dans le cadre de cette mesure sont des modèles neufs, la plupart équipés de moteurs essence.

 

La prime devrait s’arrêter en juin 2010. Mais plusieurs villes importantes ont prévu de dégager des aides supplémentaires pour éviter un retrait trop brutal, en utilisant les mêmes systèmes et conditions que le gouvernement.

 

Repères

 

Montant : de 750 à 1 000 € pour un modèle essence ; de 750 à 1750 € pour un diesel

Ancien vhe > 13 ans pour un essence et 9 ans pour un diesel

Nouveau vhe : VP ou VUL neuf ou moins de 8 ans - diesel équipé de FAP (filtre à particules)

Durée : 2009-2010

 

Roumanie

 

Pour relancer les ventes de voitures, le gouvernement roumain a instauré en mars 2009 une prime à la casse d’un montant de 3800 RON (915 €) pour le remplacement d’un véhicule de plus de 10 ans et l’achat d’un modèle neuf.

 

Ce programme, qui représente 57 millions d’euros, est limité à 60 000 véhicules. A la fin 2009, quelque 34 000 véhicules neufs ont été immatriculés. L’opération est reconduite en 2010, mais les règles changent avec un système de vouchers : un voucher de 950 € est accordé pour chaque véhicule mis à la casse, 3 vouchers pour l’achat d’un véhicule neuf, soit plus de 2700 € ! Ces primes sont cumulables et il n’est pas nécessaire d’être le propriétaire du vieux véhicule pour profiter de cette mesure.

 

Repères :

Montant : 950 € (vouchers)

Ancien vhe >10 ans

Nouveau vhe : VP ou VUL

Durée : à partir de 02/2009

 

Allemagne

De janvier à septembre 2009, le marché automobile allemand a connu une période d’euphorie (+ 23,2 % en 2009 par rapport 2010), grâce à la prime à la casse, l’une des plus élevée d’Europe (2500 €). Au total, 5 milliards d'euros ont été débloqués par l'Etat allemand pour financer 2 millions de primes.

Une aubaine pour le pays qui avait le parc automobile le plus vieux du continent (plus de 8 ans). Officiellement baptisée "prime à l'environnement", cette mesure était dépourvue de seuil d'émissions de CO2 ou de consommation de carburant. Il fallait se débarrasser d'un véhicule vieux d'au moins neuf ans et le remplacer par une voiture neuve ou âgée d'un an maximum.

 

Repères :

Montant : 2 500 €

Ancien vhe > 9 ans

Nouveau vhe : VP neuf (Euro 4) ou occasion de moins d’1 an.

Durée : 01/2009 – 12/2009

 

 

Italie

Grâce à la prime à la casse, le marché automobile italien est resté stable en 2009 par rapport à 2008, avec un peu plus de 2,1 millions de voitures vendues. Dotée d’un budget de 1,2 milliard d'euros, cette prime pouvait atteindre 5000 € pour l’achat d’un véhicule "vert".

Ainsi les modèles hybrides ou carburant au gaz (GPL et GNV) ont augmenté de 21,6 % en 2009, au détriment des modèles diesel qui ont perdu 9 et 14 points par rapport aux deux années précédentes (41,8 % de part de marché). Au final, les émissions moyennes de CO2 ont baissé de 144 g à 136 g entre 2008 et 2009, soit une baisse importante de 8 g en un an. Après avoir retiré la prime à la casse automobile à la fin 2009, le gouvernement italien a décidé d’aider d’autres secteurs de l’industrie tels que l'électroménager, le textile et notamment les deux-roues.

 

Repères :

Montant : de 1 500 à 5 000 € pour les VP ; de 2 500 à 6 500 € pour un VUL

Ancien vhe > 9 ans

Nouveau vhe : VP Euro 4 ou moins de 130 g pour diesel, 140 g pour les autres carburants

Durée : 02/2009- 12/2009 (immatriculations jusqu’à mars 2010)

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commentaires
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par Beret Man (IP:xxx.xx9.38.65) le 17 mai 2010 à 09H18

Il ne s’agit pas là d’un bilan de la PAC ! Car seuls les éléments positifs sont pris en compte.

Un bilan prend en compte le "plus" ET le "moins" Cette attitude partiale s’appelle du développement durable ... pas de l’écologie, ni même un engagement environnemental !

"L’effet rebond" : si en moyenne, le taux de CO2 a diminué de 4,5% en France, le nombre de véhicules vendus est supérieur au nombre de véhicules anciens mis à la casse. Si ce nombre est en augmentation de 4,5%, le progrès environnemental s’annule. Il en va de même avec le nombre de km parcourus qui augmente régulièrement. Si le nombre de véhicules moins salissants augmente et le nombre de km parcourus aussi, nous avons ce que nous connaissons depuis l’avènement de l’auto : une pollution en augmentation !

La production des nouveaux véhicules est aussi une pollution : Elle suppose extraction de matières premières, transport de celles-ci, transformation en produits semi-finis, transport, assemblage ... et transport jusqu’à l’acheteur. Toutes ces activités sont polluantes ! On pourrait même inclure l’empreinte écologique des concessions et des gens qui y travaillent, la publicité faite, ...

Le recyclage des véhicules anciens : "Quant aux véhicules mis à la casse, ... Ils sont récupérés, détruits et recyclés" Ces activités de recyclage, bien que soumises à des normes ISO, restent des activités polluantes. Les normes ISO n’empêchent pas de polluer mais permettent de polluer dans des limites prévues par ces normes et de déclarer le respect de ces normes de pollution !

Le futur recyclage des véhicules neufs d’aujourd’hui : La technologie qui permet la motorisation hybride est polluante car le poids de la voiture est alourdi (consommation supérieure) et elle rend l’utilisation indispensable de certains matériaux quasi impossibles à recycler. Un véhicule hybride est plus polluant qu’un véhicule essence ou diesel de même catégorie, quand on le considère dans son bilan carbone, c’est à dire de la poussière (minerai) à la poussière (résultat du recyclage).

La PAC n’a pas été faite pour aider l’environnement, mais pour aider l’industrie auto ! L’industrie auto n’est qu’une source de pollution !

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(IP:xxx.xx2.47.132) le 30 mai 2010 à 22H15

Beret Man, Merci d’avoir tout compris et de nous l’exprimer si clairement (je pensais faire une démonstration dans ce sens mais je n’aurais pas été aussi pertinent). En plus de polluer, l’industrie auto (nous) roule et tue tant et plus (des humains, des animaux,...) y-at-il une prime à la casse pour eux ?

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