Article publié le 14 août 2008
La dernière production Pixar est moins innocente qu’il n’y paraît. Sous l’apparence d’une inoffensive bleuette robotique se cache une inquiétante œuvre d’anticipation qui, selon le regard qu’on y porte, prend la forme d’une critique écologiste radicale de la démesure dans laquelle sombre notre société de consommation.

L’hurbis consumériste et adipeuse
Dans ce plongeon de 700 ans en avant, l’humanité, sous l’emprise d’une
gigantesque multinationale dont l’omniprésente publicité incite à
consommer toujours plus, a rendu la planète inhabitable à force
d’accumulation de biens et de rejets de déchets.
Une partie de
l’humanité s’en est donc allée dans un vaisseau pour une croisière
spatiale à durée indéterminée. Car la terre n’est plus qu’un caillou
aride où la poussière et le sable recouvrent les ruines de mégapoles
envahies par les déchets que s’efforce de compresser le robot héros du
film. Les seuls survivants (wall-e et un cafard) doivent en plus se
protéger des tempêtes toxiques provoquées par un climat bouleversé.
Dans sa bulle spatiale, ce qui reste de l’humanité vit l’apex du modèle
productiviste techno-scientiste. L’ensemble du vaisseau (sorte de
gigantesque centre commercial de divertissement) est contrôlé et
nettoyé par des robots, jusqu’à la gestion des déchets qui consiste
simplement à balancer les détritus dans l’espace. Obèses, vissés à
leurs fauteuils hyper-mobiles, superficiels, bombardés de publicité,
les hommes et femmes qui y (sur)vivent sont tellement assistés par leur
véhicule et de multiples gadgets électroniques qu’ils en ont oublié
comment marcher.
Bref,
la "liberté de consommer" a tout détruit, mais la technologie a "sauvé"
l’humanité ! Toute ressemblance avec le futur prôné par certains
est-elle purement fortuite ?
Décroissance ou Disney
Hormis un "optimisme" (somme toute assez classique) sur l’état des
ressources énergétiques dans 700 ans, ainsi qu’une concentration
excessive sur le problème des déchets (occultant d’autres aspects), le
film a le mérite de poser certaines des questions morales
contemporaines les plus importantes à nos sociétés occidentales :
Pouvons-nous
réellement continuer dans notre logique actuelle d’accumulation
d’objets, de croissance économique et d’assistance technologique aux
dépends de la planète et aux dépends même de ce qui fait notre
humanité ? Pouvons-nous nous contenter d’un "développement durable", ce
simple pansement qui ne remet en cause ni le capitalisme, ni le système
publicitaire, agents principaux de la logique consumériste
d’accumulation ? Quelle autre solution que la décroissance soutenable et
le refus de la société de consommation ?
WALL-E a
d’ailleurs déclenché une polémique aux USA, où certains
néo-conservateurs accusent Pixar d’anti-consumérisme... Un paradoxe
pour un film produit par Walt Disney, sponsorisé par McDonald’s, qui a
nécessité une technologie informatique de pointe pour sa réalisation,
et qui est issu de studios qui comptent Steve Jobs (Apple) dans leurs
rangs, nouvelle figure christique de la profusion de gadgets
électroniques, qui ne se prive d’ailleurs pas de clins d’oeils
publicitaires dans le film. Ou la fascinante capacité du capitalisme à
mettre en scène sa propre contestation.
Thèmes
C’est l’hopital qui se fout de la charité, comme ont dit. Pixar peut bien dénoncer la société de consommation, alors qu’il est le pur produit de celle-ci. Pour faire un film en images de synthèses, il faut un très grand nombres d’ordinateurs. Je vous laisse imaginer la consommation en électricité. Alors après, on peut bien dénoncer la course en avant de la technologie. Sans parler du fait que Steve Jobs, qui a développé Pixar et Apple, est le gourou de tous les derniers gadgets à la mode.
@Libre
Type même de réaction très énervante : impossible pour quiconque de critiquer la société de consommation, ou bien même d’essayer de réfléchir dessus sous prétexte d’en être un pur produit.
Question : qui, dans le monde occidental peut-il se permettre de critiquer ce monde fou, sachant que pratiquement TOUT le monde en jouis plus ou moins ? A vos yeux, sans doute personne ! Donc, on continu et on se pose pas de questions ?
Je trouve très bien que le cinéma, fut-il d’animation, tente encore de faire passer quelques messages autres que ce que l’on voit dans la plupart des films à "grand tirage" d’aujourd’hui.
Sur ce principe de "pas de critique car j’en fait partie", pratiquement aucune critique n’est possible.
Sur ce type de raisonnement, l’existence même du site sur lequel est lu cet article, ainsi que les commentaires qu’il suscite, ne devrait pas avoir droit à l’existence. Quoi de plus antinomique que la pollution générée par l’informatique et un site de défense de l’environnement ?
Toutes les sociétés humaines, tous les humains portent en eux des contradictions plus ou moins fortes. C’est en essayant de les résoudre que l’on peut espérer avancer. En les niant, on est sûr de s’enterrer !
@Pitchounet
Si on veut donner une leçon de morale aux autres, il faut au moins s’appliquer à soi même les principes qu’on prêche. Autrement, j’appelle cela de l’hypocrisie. Pixar et Steve Jobs sont des hypocrites, puisqu’ils font le contraire de ce qu’ils prêchent. Mais ils auraient tort de ne pas faire un film pareil, puisque c’est politiquement correct et très à la mode. Cela me rappelle certaines sectes ou les gourous prêchent l’abstinence, et mènent une vie de débauche. En général, cela ne gêne pas trop les adeptes, car c’est ’pour la bonne cause’. Les gourous de la secte verte, comme Al Gore ou Nicolas Hulot ne valent pas mieux. Ils prêchent la modération dans la consommation d’énergie, mais ne se gênent pas pour dépenser à tout va. Les écologistes nous répondent que c’est pour la bonne cause. La belle affaire !
Hypocrisie ... ou long calcul digne du plus grand champion d’échecs....
Quels meilleurs endroits pour prêcher la bonne parole que l’Internet, si corrompu, si polluant, si ... (complétez vous même) ?
Si on ne prêche que des convaincus, pas d’oppositions ni de critique c’est sûr... mais pas de gloire non plus... la gloire d’avoir convaincu ou même simplement touché un public consumériste aux problèmes d’environnement ?
C’est même le meilleur endroit pour convertir un maximum de monde et des plus indécrottables qui soient ! Mais avec votre conscience à peine éveillée, vous ne pouvez pas vous en rendre compte... Ca doit être çà qu’on appelle "ne pas voir plus loin que le bout de sopn nez"
Je partage l’énervement de pitchounet, si tous ces gens allaient prêcher la bonne parole en se déplaçant à pied de maison en maison, habillés de feuilles et se nourrissant de légumes sauvages, vivant en parfaite adéquation avec leurs idées est-ce qu’ils seraient pris au sérieux ? Et même s’ils l’étaient, ils n’auraient pas assez de toute leur vie pour mener à bien leur combat.
Que ce soit comme ça ou autrement, une vie n’y suffira de toutes manière pas :)









