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Vers le retour d'une civilisation de cultivateurs et éleveurs ?

Prospective

Article publié le 4 août 2008

Vers le retour d'une civilisation de cultivateurs et éleveurs ?

Enfin, plutôt vers un mix de société post-industrielle et néolithique. Cet article est volontairement provocateur, mais la vision qui le sous-tend ne l’est pas tant que cela. L’argumentaire ci-après n’est pas basé sur des études mais plutôt sur un "feeling", un ressenti général.

Ce mode de vie sédentarisé où les populations se sont mises à cultiver tout en dépendant encore fortement des activités de cueillette pour subvenir à leurs besoins alimentaires a prévalu du néolithique jusqu’au début du XXe siècle dans les pays industrialisés. Et il continue de façon prépondérante pour une majeure partie de la population mondiale.

Alors que la vie devient de plus en plus chère, on se demande quand se produira le point de rupture. C’est à dire le moment où les gens vont devoir commencer à subvenir eux-mêmes à leurs besoins de base notamment en faisant pousser des légumes ou élever de petits animaux de basse cour. Il le feront soit comme activité d’appoint, soit comme activité principale. Ce sera en fonction de leurs possibilités "techniques" à savoir avoir accès ou pas à un lopin de terre.

Encore faudra-t-il pouvoir le faire ! Car les trois quarts de la population vivent maintenant en ville et majoritairement dans des appartements.

Ceux qui pourront donc mettre du beurre dans leurs épinards sont ceux qui logent dans une maison individuelle avec à disposition un coin de jardin.

Une possibilité très limitée existera aussi pour ceux habitant dans un appartement et disposant d’une terrasse ou d’un balcon. Cela leur permettra de pratiquer du micro-jardinage.

Tous les autres urbains, c’est à dire ceux vivant dans un appartement standard, seront pris au piège et seront probablement dans une situation de totale dépendance alimentaire.

On peut imaginer alors que les états devront instituer de vastes "restaurants du coeur" un peu sur le modèle des tickets de rationnement qui ont eu cours durant la seconde guerre mondiale. Tandis que les autres, ceux disposant d’un jardinet et les populations vivant en milieu rural, vivront une vie qui tendra vers l’auto-subsistance. Nous reviendrons dans un autre billet sur les différences entre auto-subsistance et autarcie.

Pourquoi les populations urbaines vont-elles être piégées ?

Tout d’abord une partie de la population, typiquement celle résidant en grande banlieue, ne pourra plus se déplacer en voiture entre son lieu de résidence et de travail à cause de l’envolée des prix du pétrole qui rendra ces déplacements insoutenables.

Par ailleurs, les prix alimentaires de plus en plus élevés feront s’interroger s’il n’est pas plus avantageux de produire soi même tout ou partie de son alimentation de base plutôt que de travailler de plus en plus dur pour obtenir la ressource financière permettant de l’acquérir.

Car pétrole et nourriture sont liés. En effet, le pétrole est l’un des "intrants" les plus importants de la nourriture : production mécanisée, agro-chimie, transformation alimentaire, conservation, distribution, etc. vont accentuer les prix des produits alimentaires. Bref, notre civilisation étant une civilisation du pétrole, c’est donc ses fondements même qui seront bousculés lorsque le pétrole ne sera plus accessible à la majorité de la population.

La conséquence immédiate de ce phénomène est que les prix de l’immobilier en grande banlieue vont s’effondrer (on constate déjà en 2008 des prémisses de ce phénomène). A l’inverse, les prix de l’immobilier dans les centres ville vont eux augmenter car les gens vont chercher à se rapprocher de leur lieu de travail. Dans un second temps, ce sera l’inverse.

Par conséquent, nous aurons en centre ville une population d’élite, riche et en banlieue les pauvres qui ne pourront plus se déplacer en voiture et seront tributaires de transports publics bondés et de plus en plus vétustes. Des trajets quotidiens de quatre heures seront courants ce qui rendra de plus en plus difficile ce mode de vie basé sur des déplacements banlieue à ville. C’est déjà le cas, mais ce phénomène va s’amplifier. Pour vous faire une idée, vous n’avez qu’à vous souvenir des grandes journées de grève à Paris ! Autant prendre sa journée de RTT que d’essayer d’aller rejoindre son lieu de travail.

Le problème est que les "nouveaux pauvres" seront désœuvrés dans leur banlieues lointaines étant donné que le marché du travail lui se concentrera plutôt dans les centres. Le marché du travail local va mettre un certain temps à se structurer. Ces populations n’auront donc pas d’autre choix que d’essayer de cultiver leur jardin et élever quelques poules pour se nourrir ou compléter leurs revenus. Bien entendu, ce ne sera pas la seule activité de ces populations. Elles devront en fin de compte cumuler plusieurs activités, certaines rémunératrices d’autres d’auto-subsistance. Toutefois l’ensemble de ces activités seront fortement ancrées dans le local.

Car en effet toute la vie deviendra soudainement très locale et particulièrement ralentie avec une diminution de la fréquence des déplacements motorisés et aussi de leur rayon. A votre avis, pensez-vous trouver un travail correspondant à vos qualifications actuelles dans un rayon de moins de 10 km ? Cela ne le sera possible que dans les grandes villes, à distance de vélo ou dans un environnement disposant d’un réseau de transports urbains dense.

J’entrevois donc que la campagne deviendra tout d’un coup beaucoup plus attractive qu’elle ne l’est à présent. En effet, à la campagne, l’esprit pionnier restera possible. A la campagne une forme d’auto-subsistance sera encore envisageable. La campagne permettra deux types d’auto-subsistance. Attention je ne parle pas d’autarcie pour le moment ! Au contraire, nous aurons de nombreux échanges (et du troc) entre différentes communautés rurales.

La campagne rendra possible :

  • l’autosubsistance alimentaire : jardinage, élevage, cueillette et pourquoi pas pêche ou chasse,
  • l’autosubsistance énergétique : se chauffer avec des sources d’énergie disponibles localement en particulier le bois,
  • le troc qui permettra de recréer les conditions d’une société pérenne grâce à la pratique de l’échange.
Alors, préparez-vous, du moins mentalement, à cette nouvelle civilisation qui n’est pas totalement à exclure. Notez que je ne porte pas de jugement de valeur à savoir si cette nouvelle ère représentera un progrès ou plutôt une régression. Préparons-nous y plutôt joyeusement et pas comme si c’était une catastrophe ! Après tout nous ne devons que renoncer à notre mode de vie actuel fondé sur le tout pétrole. Qui sait si le mode de vie futur ne sera pas finalement meilleur ?
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commentaires
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(IP:xxx.xx7.186.158) le 4 août 2008 à 11H58

Hmm...

Pour les ruraux, cette forme d’auto-production ou de production locale n’a jamais vraiment cessé. On est passé successivement de :
- une production de nécessité (génération de mon grand-père)
- une production de qualité (bio, goût ; génération de mon père)
- une production mixte (ma génération) ou les considérations de budget sont aussi importantes que celles de santé

Au final, le potager et le poulailler ne se sont jamais arrêté en 100 ans, pas plus que celui des voisins !

Le vrai problème est celui des intrants. Car même a petite échelle, il faut un minimum de pétrole pour alimenter le motoculteur ou la tronçonneuse sinon il faut poser des RTT pour s’occuper du jardin et là, ce n’est pour le moment pas rentable. De même pour les engrais : L’auto-production de fumier par le poulailler ou le compost n’est pas suffisante et même si on récupère du fumier de cheval ou de vache, ces dernier demandent une agriculture mécanisée pour être nourris...

Au final, pas besoin d’être un grand devin pour imaginer la vie de l’après-pétrole. Il suffit de regarder comment elle s’était organisée pendant l’avant-pétrole. La seule inconnue est de savoir comment nous gérerons la décroissance : gestion raisonnée et pacifique ou guerre pour le contrôle des ressources résiduelle ? L’Histoire n’incite pas vraiment a l’optimisme sur cette question. Seront-nous plus raisonnable que nos aïeuls ?

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par eBulle (IP:xxx.xx8.137.195) le 4 août 2008 à 12H30

Article intéressant mais qui dresse un tableau vraiment sombre ! Je vois pour ma part une vision plus "modérée" : Avec le développement des énergies renouvelables, "boostées" par le prix du pétrole, un mode de vie et de transport différent voit le jour, et est introduit petit à petit dans les moeurs. Il s’agit cependant d’un luxe, payé à prix fort et contesté par le lobbying pétrolier, qui n’a bien entendu aucun intérêt à ce que sont modèle économique soit contesté. Le pétrole se faisant rare et cher, on commence à réutiliser le charbon pour le transformer en essence, au grand dam des écolos. "Pour la transition nous dit-on". La méthode de production est connue, les ressources sont énormes. L’écart de niveau de vie entre les dépendants du pétrole et les non dépendant est considérable. Des "ajustements", ou plutôt des tentatives d’ajustement seront réalisées, mais l’Etat ne peut pas faire grand chose, il n’a plus aucun poids réel sur les sociétés privés, tellement riches qu’elles peuvent se payer la moitié du continent européen ! Malgré les lois, seul moyen (désuet) de contraindre des riches à lâcher du lest, rien n’y fera, les pauvres resteront pauvres et défavorisés, les riches seront toujours plus riches et plus nombreux. Et le seul moyen de s’en sortir sera effectivement de savoir se débrouiller pour limiter les frais, c’est à dire d’avoir un jardin, de limiter les déplacements,... Mais il ne s’agira jamais de renoncer "pour la planète" au confort, cela restera une contrainte financière. En attendant la fin de la faible croissance ! (parce que de là a dire qu’il va y avoir une décroissance...)

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(IP:xxx.xx3.65.100) le 4 août 2008 à 19H04

@l’auteur. Votre article permet de douter que vous ayez déjà fait du jardinage de façon sérieuse.

Faites un petit essai et venez nous en reparler.

Je crains par ailleurs que vous n’ayez pas bien jaugé la vaillance de nos contemporains. Ils préfèreront manger la merde produite par les firmes agro-alimentaires que de perdre leur temps à faire du jardinage. Cela se vérifie déjà au USA et au Mexique. Même chez nous, des anciens agriculteurs, incapables d’élever une poule ou de faire pousser des patates, vont aux restos du coeur.


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