Prospective
Enfin, plutôt vers un mix de société post-industrielle et
néolithique. Cet article est volontairement provocateur, mais la vision
qui le sous-tend ne l’est pas tant que cela. L’argumentaire ci-après
n’est pas basé sur des études mais plutôt sur un "feeling", un ressenti
général.
Ce mode de vie sédentarisé où les populations se sont
mises à cultiver tout en dépendant encore fortement des activités de
cueillette pour subvenir à leurs besoins alimentaires a prévalu du
néolithique jusqu’au début du XXe siècle dans les pays industrialisés.
Et il continue de façon prépondérante pour une majeure partie de la
population mondiale.
Alors que la vie devient de plus en plus
chère, on se demande quand se produira le point de rupture. C’est à
dire le moment où les gens vont devoir commencer à subvenir eux-mêmes à
leurs besoins de base notamment en faisant pousser des légumes ou
élever de petits animaux de basse cour. Il le feront soit comme
activité d’appoint, soit comme activité principale. Ce sera en fonction
de leurs possibilités "techniques" à savoir avoir accès ou pas à un
lopin de terre.
Encore faudra-t-il pouvoir le faire ! Car les
trois quarts de la population vivent maintenant en ville et
majoritairement dans des appartements.
Ceux qui pourront donc
mettre du beurre dans leurs épinards sont ceux qui logent dans une
maison individuelle avec à disposition un coin de jardin.
Une
possibilité très limitée existera aussi pour ceux habitant dans un
appartement et disposant d’une terrasse ou d’un balcon. Cela leur
permettra de pratiquer du micro-jardinage.
Tous les autres
urbains, c’est à dire ceux vivant dans un appartement standard, seront
pris au piège et seront probablement dans une situation de totale
dépendance alimentaire.
On peut imaginer alors que les états
devront instituer de vastes "restaurants du coeur" un peu sur le modèle
des tickets de rationnement qui ont eu cours durant la seconde guerre
mondiale. Tandis que les autres, ceux disposant d’un jardinet et les
populations vivant en milieu rural, vivront une vie qui tendra vers
l’auto-subsistance. Nous reviendrons dans un autre billet sur les
différences entre auto-subsistance et autarcie.
Pourquoi les populations urbaines vont-elles être piégées ?
Tout d’abord une partie de la population, typiquement celle résidant en
grande banlieue, ne pourra plus se déplacer en voiture entre son lieu
de résidence et de travail à cause de l’envolée des prix du pétrole qui
rendra ces déplacements insoutenables.
Par ailleurs, les prix
alimentaires de plus en plus élevés feront s’interroger s’il n’est pas
plus avantageux de produire soi même tout ou partie de son alimentation
de base plutôt que de travailler de plus en plus dur pour obtenir la
ressource financière permettant de l’acquérir.
Car pétrole et
nourriture sont liés. En effet, le pétrole est l’un des "intrants" les
plus importants de la nourriture : production mécanisée, agro-chimie,
transformation alimentaire, conservation, distribution, etc. vont
accentuer les prix des produits alimentaires. Bref, notre civilisation
étant une civilisation du pétrole, c’est donc ses fondements même qui
seront bousculés lorsque le pétrole ne sera plus accessible à la
majorité de la population.
La conséquence immédiate de ce
phénomène est que les prix de l’immobilier en grande banlieue vont
s’effondrer (on constate déjà en 2008 des prémisses de ce phénomène). A
l’inverse, les prix de l’immobilier dans les centres ville vont eux
augmenter car les gens vont chercher à se rapprocher de leur lieu de
travail. Dans un second temps, ce sera l’inverse.
Par
conséquent, nous aurons en centre ville une population d’élite, riche
et en banlieue les pauvres qui ne pourront plus se déplacer en voiture
et seront tributaires de transports publics bondés et de plus en plus
vétustes. Des trajets quotidiens de quatre heures seront courants ce
qui rendra de plus en plus difficile ce mode de vie basé sur des
déplacements banlieue à ville. C’est déjà le cas, mais ce phénomène va
s’amplifier. Pour vous faire une idée, vous n’avez qu’à vous souvenir
des grandes journées de grève à Paris ! Autant prendre sa journée de
RTT que d’essayer d’aller rejoindre son lieu de travail.
Le
problème est que les "nouveaux pauvres" seront désœuvrés dans leur
banlieues lointaines étant donné que le marché du travail lui se
concentrera plutôt dans les centres. Le marché du travail local va
mettre un certain temps à se structurer. Ces populations n’auront donc
pas d’autre choix que d’essayer de cultiver leur jardin et élever
quelques poules pour se nourrir ou compléter leurs revenus. Bien
entendu, ce ne sera pas la seule activité de ces populations. Elles
devront en fin de compte cumuler plusieurs activités, certaines
rémunératrices d’autres d’auto-subsistance. Toutefois l’ensemble de ces
activités seront fortement ancrées dans le local.
Car en effet
toute la vie deviendra soudainement très locale et particulièrement
ralentie avec une diminution de la fréquence des déplacements motorisés
et aussi de leur rayon. A votre avis, pensez-vous trouver un travail
correspondant à vos qualifications actuelles dans un rayon de moins de
10 km ? Cela ne le sera possible que dans les grandes villes, à
distance de vélo ou dans un environnement disposant d’un réseau de
transports urbains dense.
J’entrevois donc que la campagne
deviendra tout d’un coup beaucoup plus attractive qu’elle ne l’est à
présent. En effet, à la campagne, l’esprit pionnier restera possible. A
la campagne une forme d’auto-subsistance sera encore envisageable. La
campagne permettra deux types d’auto-subsistance. Attention je ne parle
pas d’autarcie pour le moment ! Au contraire, nous aurons de nombreux
échanges (et du troc) entre différentes communautés rurales.
La campagne rendra possible :
- l’autosubsistance alimentaire : jardinage, élevage, cueillette et pourquoi pas pêche ou chasse,
- l’autosubsistance énergétique : se chauffer avec des sources d’énergie disponibles localement en particulier le bois,
- le troc qui permettra de recréer les conditions d’une société pérenne grâce à la pratique de l’échange.
Hmm...
Pour les ruraux, cette forme d’auto-production ou de production locale n’a jamais vraiment cessé. On est passé successivement de :
une production de nécessité (génération de mon grand-père)
une production de qualité (bio, goût ; génération de mon père)
une production mixte (ma génération) ou les considérations de budget sont aussi importantes que celles de santé
Au final, le potager et le poulailler ne se sont jamais arrêté en 100 ans, pas plus que celui des voisins !
Le vrai problème est celui des intrants. Car même a petite échelle, il faut un minimum de pétrole pour alimenter le motoculteur ou la tronçonneuse sinon il faut poser des RTT pour s’occuper du jardin et là, ce n’est pour le moment pas rentable. De même pour les engrais : L’auto-production de fumier par le poulailler ou le compost n’est pas suffisante et même si on récupère du fumier de cheval ou de vache, ces dernier demandent une agriculture mécanisée pour être nourris...
Au final, pas besoin d’être un grand devin pour imaginer la vie de l’après-pétrole. Il suffit de regarder comment elle s’était organisée pendant l’avant-pétrole. La seule inconnue est de savoir comment nous gérerons la décroissance : gestion raisonnée et pacifique ou guerre pour le contrôle des ressources résiduelle ? L’Histoire n’incite pas vraiment a l’optimisme sur cette question. Seront-nous plus raisonnable que nos aïeuls ?
Article intéressant mais qui dresse un tableau vraiment sombre ! Je vois pour ma part une vision plus "modérée" : Avec le développement des énergies renouvelables, "boostées" par le prix du pétrole, un mode de vie et de transport différent voit le jour, et est introduit petit à petit dans les moeurs. Il s’agit cependant d’un luxe, payé à prix fort et contesté par le lobbying pétrolier, qui n’a bien entendu aucun intérêt à ce que sont modèle économique soit contesté. Le pétrole se faisant rare et cher, on commence à réutiliser le charbon pour le transformer en essence, au grand dam des écolos. "Pour la transition nous dit-on". La méthode de production est connue, les ressources sont énormes. L’écart de niveau de vie entre les dépendants du pétrole et les non dépendant est considérable. Des "ajustements", ou plutôt des tentatives d’ajustement seront réalisées, mais l’Etat ne peut pas faire grand chose, il n’a plus aucun poids réel sur les sociétés privés, tellement riches qu’elles peuvent se payer la moitié du continent européen ! Malgré les lois, seul moyen (désuet) de contraindre des riches à lâcher du lest, rien n’y fera, les pauvres resteront pauvres et défavorisés, les riches seront toujours plus riches et plus nombreux. Et le seul moyen de s’en sortir sera effectivement de savoir se débrouiller pour limiter les frais, c’est à dire d’avoir un jardin, de limiter les déplacements,... Mais il ne s’agira jamais de renoncer "pour la planète" au confort, cela restera une contrainte financière. En attendant la fin de la faible croissance ! (parce que de là a dire qu’il va y avoir une décroissance...)
@l’auteur. Votre article permet de douter que vous ayez déjà fait du jardinage de façon sérieuse.
Faites un petit essai et venez nous en reparler.
Je crains par ailleurs que vous n’ayez pas bien jaugé la vaillance de nos contemporains. Ils préfèreront manger la merde produite par les firmes agro-alimentaires que de perdre leur temps à faire du jardinage. Cela se vérifie déjà au USA et au Mexique. Même chez nous, des anciens agriculteurs, incapables d’élever une poule ou de faire pousser des patates, vont aux restos du coeur.









