La transition d’économie de consommation à économie de service est simple : permettre au produit une vie longue et offrir un service de contrôle et un entretien adéquats. Une perte ? Pas si sûr ...
Le Constat.
Mon réfrigérateur commence à perdre la boule avec l’arrivée de la chaleur. En plus de mal réguler la température, il fait un bruit conséquent et consomme un peu plus de 365 kWh avec une consigne de refroidissement faible (plus d’ 1kWh/jour mesuré). J’ai alors entamé une procédure de divorce et regardé ailleurs des alternatives. Sur le comparateur du WWF et en rayon on peut être frappé par l’omniprésence des produits non innovants.
Petite Rétrospective.
Il a fallu mettre le couteau sous la gorge de l’industrie du froid pour qu’elle passe au pentane plutôt que d’utiliser les CFC (les fuites en cours et en fin de vie du produit participent à la dégradation de la couche d’ozone et à l’effet de serre) . Il a fallu mettre en place les étiquettes énergie pour les forcer à faire attention à la qualité de leur appareils, via la sensibilisation du public. Il a fallu ensuite interdire toute commercialisation de produit appartenant aux classes énergivores. Les industriels réagissent, mais pas de bonne grâce. En rayon on constate des écarts de prix phénoménaux pour des écarts de consommation assez faibles. Pourtant, ils doivent bien avoir des spécialistes de la thermique et des spécialistes de thermodynamique dans leur rangs ?
Améliorations faciles.
Il y a des petites inventions qui pourraient déjà apporter un gain : pourquoi par exemple aucun appareil n’utilise l’eau de dégrivrage pour refroidir l’échangeur de chaleur à l’arrière ? Bon ok, le gain est peut-être pas formidable. Alors pourquoi certains cycles thermiques (Stirling) réputés très performants ne sont pas utilisés (à ma connaissance) ? Et surtout la question qui me taraude après avoir fait une petite biblio sur le net : pourquoi en est-on resté à isoler par des mousses alors que l’isolation par le vide existe déjà dans certaines niches (réfrigérateur/congélateur embarqués sur bateau par exemple) et que les résultats sont spectaculaires aux dires des professionnels du froid ? Il y a déjà des réalisations alors on ne va pas me dire que c’est du domaine de la science-fiction, que les contraintes sont trop fortes (même par mer démontée le réfrigérateur fonctionne toujours lui, alors celui installé dans la cuisine a une vie bien tranquille en comparaison). Certains industriels commercialisent même les VIP (Vacuum Insulation Pannel) fabriqués sur mesure, ça pourrait même être une alternative rapide à mettre en place pour lancer un produit rapidement, en attendant mieux : une isolation parfaitement répartie par un vide uniforme.
Accord Nécro-environnemental.
En fait, si l’industriel lambda ne cherche pas à se distinguer de alpha, se limitant à faire ce que la réglementation l’oblige à faire et à jouer sur la couleur du réfrigérateur, c’est sûrement via un accord de non agression. La meilleure façon de faire voler ce genre d’accords qui est un frein à la mise en œuvre de technologies performantes est de passer à une économie de service et non de renouvellement de produits de consommation.
Le vide, une solution ?
Et l’utilisation du vide peut passer par des contrôles et des entretiens du vide dans des éléments les utilisant. Le vide n’est pas éternel et même les fabricants de VIP (aucun n’est français, encore un retard de pris ...) ne peuvent se prononcer très clairement sur l’étanchéïté de leur éléments. Ce service de contrôle et d’entretien est assuré au fabriquant, car il demande du matériel adapté (mesure de très basse pression, pompe à vide performante), de la qualification (respect des paramètres usines), des modifications en usine éventuelles pour palier aux fuites (un trou trop conséquent dû au transport ou au client).
Client durable.
En plus du service, on s’assure de la fidélité du client (oh combien appréciée par toute entreprise) : une fois que le client a acheté un produit, on ne perd pas sa trace et on fait en sorte qu’il ne passe pas à la concurrence. On peut lui proposer régulièrement des améliorations/réparations du système de production de froid, des reprises pour un achat de modèle différent (avec congélateur, plus grand, avec limitation de turbulence à l’ouverture de la porte, etc.), des modifications d’améliorations sur l’isolation... On a transformé un client jetable en un client durable, un produit jetable en un produit durable.
Gâchette rapide survivra.
Le plus rigolo, c’est que la situation actuelle a créé une telle homogénéité de l’offre que le premier qui dégainera risque de rafler toutes les parts de marché si son offre est de qualité. Certes, cela ira peut-être à l’encontre de l’accord de non agression, mais le respect de celui-ci repose sur deux hypothèses :
1/ La rupture de celui-ci n’entraîne pas la mort totale du concurrent (dans ce cas le problème ne se pose plus, il ne peut pas répliquer).
2/ Les offres sont similaires, ce qui ne sera clairement pas le cas car un fossé séparera l’ancienne technologie de la nouvelle.
Extension à d’autres domaines.
Enfin, si cet article accentue l’analyse sur les équipements de production de froid, de nombreux autres domaines sont intéressés par les performances thermiques qu’offre le vide : bâtiment, vitres, énergétique, médical ... Il y est parfois utilisé, mais pas encore généralisé car il manque le service de contrôle et d’entretien qui va avec, qui peut alors satisfaire le client au bénéfice de l’industriel.
Baril de poudre attend étincelle et plus si affinités.
La technologie est là, au moins une portion des acheteurs est potentiellement intéressée, mais il manque une étincelle. Viendra-t-elle des contraintes réglementaires ? Viendra-t-elle de la remise du prix de l’énergie à un juste niveau, combinée à l’augmentation de la température ? Viendra-t-elle d’une start-up qui ne veut pas se plier aux règles ? Ou viendra-t-elle de bricoleurs avertis qui en ont marre de subir la loboto-consommation et communiquent leurs résultats sur le net ? Difficile à dire. Par contre, ce qui ne fait aucun doute pour moi, c’est qu’elle viendra. Et un jour on aura un gars qui viendra contrôler et rectifier le vide comme aujourd’hui il y en a qui contrôlent vos appareils gaz.









