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Pollution du Rhône aux pyralènes : le WWF dénonce un Tchernobyl à la Française

Article publié le 14 septembre 2007

Pollution du Rhône aux pyralènes : le WWF dénonce un Tchernobyl à la Française

Dès 2005, la présence de pyralène, polluant hautement toxique, était détectée dans les eaux du Rhône, au nord de Lyon. Depuis quelques mois, les arrêtes préfectoraux se succèdent dans les départements qui bordent le fleuve depuis l’Ain jusqu’à l’embouchure de la Méditerranée, interdisant de consommer les poissons pêchés dans ses eaux. Malgré la multiplication des plaintes et l’importance du désastre, WWF-France n’hésite pas à évoquer un “Tchernobyl à la Française”, le traitement médiatique du dossier reste particulièrement discret. 

A la suite de la révélation d’analyses attestant la présence de PCB, plus connus sous leur nom commercial de Pyralène, dans les sédiments du lit du Rhône, puis sur les poissons, les plaintes contre X déposées par les collectivités et les associations de l’agglomération lyonnaise se sont multipliées, amenant le parquet de Lyon à ouvrir une information judiciaire. Officiellement l’affaire est donc désormais dans les mains de la section de recherches de la gendarmerie. 

Les PCB ne sont pas un simple polluant. Ce sont des molécules hautement toxiques, persistantes dans l’environnement par une résistance aux dégradations biologiques naturelles et qui ne se diluent pas dans l’eau. Considérés comme des produits toxiques semblables à la dioxine, ils sont rendus redoutables en raison de leur durée de vie extrêmement longue. Les PCB s’accumulent dans les tissus adipeux des êtres vivants jusqu’à atteindre des concentrations très élevées en haut de la chaîne alimentaire entraînant une dégradation du système immunitaire et des effets sur la reproduction et le développement de cancers. 

A cet énoncé, on comprend mieux l’inquiétude, légitime, des riverains du fleuve, renforcée par le maladroit manque de transparence qui entoure la gestion du dossier. Remonter aux origines de cette pollution, présente il est vrai, un caractère explosif. Face aux responsabilités susceptibles d’être engagées, les associations écologiques de pêcheurs ou de riverains craignent que l’enquête de gendarmerie ne se limite à l’établissement d’une simple cartographie de la pollution. 

Interdits à la vente depuis 1987, les PCB étaient massivement utilisés depuis les années 30 comme isolant électrique. Notamment dans les appareils EDF. Dans la pollution qui touche le Rhône, un site industriel en particulier est mis en cause. Chargée de traiter les 500 000 appareils couverts de Pyralène d’ici 2010, l’usine Trédi, basée à Saint-Vulbas (Ain), était autorisée par la préfecture, depuis 20 ans, à rejeter les agents polluants que le processus de destruction ne parvenait pas à éliminer.

Pendant des années, elle a donc déversé dans le fleuve, en toute légalité, des quantités incalculables de PCB qui se sont accumulées dans les sédiments du fleuve, susceptibles d’être ingérés par n’importe quel organisme. Le fleuve étant vivant, ses sédiments sont amenés à se déplacer, notamment sous l’effet des crues. Au fil du temps, on découvre que les sédiments d’autres cours d’eau de France contiennent également des polluants qui se sont déposés pendant toutes ces années où l’industrie, chimique en particulier, a rejeté dans l’indifférence générale ses résidus dans nos fleuves et rivières. La présence de métaux lourds dans les sédiments du barrage de Granjean (Loire) rendant impossible une vidange complète nécessaire à l’entretien de l’ouvrage sous peine de diffusion de la pollution en aval illustre parfaitement cette problématique. 

Seul un long silence a permis à ces catastrophes écologiques de prendre de telles proportions. Dans le cas de la pollution du Rhône, les premiers prélèvements mettant en évidence un taux élevé de PCB dans les poissons du Rhône datent de 1985. Un an plus tard, une zone spécifique de contamination est identifiée à Saint-Vulbas, lieu où se trouve l’usine Trédi. En 1986, l’Institut de la recherche agronomique (Inra), rédige un rapport d’alerte, rendu public en 1990. Le compte-rendu montre la responsabilité de l’usine Trédi dans la contamination et pointe des concentrations 100 fois supérieures pour des poissons prélevés dans cette aire. Il faudra cependant attendre 2005, à l’initiative d’un pêcheur qui, faisant analyser ses poissons, découvrira chez l’un d’eux un taux de plus de 40 fois la norme autorisée par l’OMS, pour que la consommation de poisson soit interdite par arrêté préfectoral, au titre de l’application du principe de précaution. 

Du côté des autorités, on continue cependant à rappeler que seule la consommation très régulière et sur une période prolongée de poissons contaminés peut entraîner un danger pour la santé humaine. Aucun risque de contamination n’existerait par simple contact avec l’eau ni avec son ingestion. 

Au-delà de la détermination du niveau de contamination, la vraie question sera de savoir que faire des sédiments contaminés. Le coût d’une dépollution serait plus qu’exorbitant et personne ne voudra en assumer la charge. Les usines responsables ont souvent fermé ou changé de statut juridique, quand elles n’étaient pas couvertes par une autorisation administrative en bonne et due forme. L’Etat est exsangue. Les contribuables s’abritent derrière le principe pollueur-payeur. Face aux enjeux de santé publique, la constitution d’un fonds spécifique destiné à la dépollution des sites contaminés, alimenté à la base par les industries polluantes s’avère incontournable dans un futur proche. 

En attendant, le 19 septembre 2007, le WWF-France organisera une conférence de presse dans l’objectif d’interpeller la puissance publique sur la catastrophe écologique du Rhône et sur les mesures environnementales, économiques et de santé publique qu’il est urgent d’appliquer. Un beau sujet d’actualité pour le Grenelle de l’environnement.

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commentaires
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par wawa (IP:xxx.xx6.15.252) le 14 septembre 2007 à 19H31

consternant ! la pollution est genéralisé sur plusieurs centaine de km, la durée de vie de l’ordre du siècle. les conséquence ne sont pas anodines : c’est toutes la chaine biologiques et nous avec qui sommes concerné.

on peut faire tous les procés que l’on veut , comment chiffrer un préjudice aussi énorme ?

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par wawa (IP:xxx.xx6.15.252) le 14 septembre 2007 à 19H47

consternant : plusieurs centaines de km de fleuve pollués pour plus d’un siècle toute la chaine biologique est concernée, et nous avec .

après on peut faire tous les procès qu’on veut, comment attribue un dommage chiffrable au fait de ne plus pouvoir utiliser la nourriture du fleuve et d’avoir perturbé toute une chaine biologique : inestimable

un bel exemple de developpement non durable : nous allons dans le mur !

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par mjmb (IP:xxx.xx1.165.188) le 16 septembre 2007 à 11H36

Les populations de nos Pripiats à la française vont certainement pouvoir se réfugier à Clermont Ferrand, qui deviendra ainsi la seconde ville de France...

Oui, cette affaire de pollution est scandaleuse, mais les victimes de Tchernobyl aimeraient probablement être aussi atteintes que nos Lyonnais. Cela témoigne d’un sérieux mépris à leur égard, et si le WWF est incapable de raison garder, il doit s’attendre à être accusé de charognage.


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