Article publié le 30 mai 2008
Le "Comité de suivi et d’ information sur les PCB" s’est réuni à la préfecture du Rhône le 28 mai 2008. Une occasion pour le Préfet Jacques Gérault de proposer un point d’étape sur les engagements de concertation pris par la secrétaire d’État Nathalie Kosciuzko-Morizet.
Ce deuxième comité, qui souhaitait apporter "de la transparence dans l’action de l’Etat" a surtout montré l’ampleur d’une catastrophe que certaines organisations n’ hésitent pas à comparer à celle d’un Tchernobyl à la française.
Des analyses longues et couteuses
Selon la préfecture du Rhône, les résultats des premières analyses mettent en évidence une contamination aux PCB "plus ou moins importante suivant les espèces de poissons et les sites géographiques".
Ces résultats ont rendu nécessaire une extension des investigations
scientifiques qui devront prendre en compte l’ensemble du bassin
Rhône-Méditerranée, y compris les lacs alpins. Ces analyses très
couteuses sont prises en charge par l’Etat.
Les premiers résultats qui ont pu être exploités
par l’AFSSA (Agence Française de Sécurité Sanitaire des Aliments) ont
tout de même permis de prononcer la conformité de certains poissons
dits "de pleine eau" (gardons, mulets, carpes, sandres...). Mais cette levée de l’interdiction de pêcher, vendre et consommer n’est valide que sur certaines zones géographiques et pas pour les poissons de fond, comme les Ombles chevaliers, qui "remuent" les sédiments et les fonds du fleuve.
Un complément d’ information
Pour 2008, 107 sites d’ investigation ont été
retenus sur le réseau national, dont 31 sur le bassin
Rhône-Méditerranée. Il s’agira non seulement d’étudier l’impact de
la pollution sur les poissons, mais aussi sur l’ensemble de la chaîne
alimentaire (oiseaux, pêcheurs, consommateurs). Pour ces derniers des
protocoles ont été établis pour "tester la sur-imprégnation aux PCB des consommateurs des poissons de rivière", avec une attention particulière portée sur les femmes en âge de procréer et les enfants . D’autres études porteront sur les végétaux irrigués, les sols et les sédiments.
En attendant, des mesures ont été prises pour dédommager les pêcheurs professionnels et relocaliser ceux qui le souhaitaient sur d’autres
secteurs non contaminés.
Une filière économique de traitement du PCB
Si jusqu’à présent il a été assez facile de
cibler et contrôler les entreprises traitant encore du PCB
(essentiellement quatre sites de gestion de déchets), très peu d’information circule sur l’élimination et la gestion des appareils
détenus par les particuliers. Cette élimination doit être organisée
dans des filières qui prennent en compte l’enlèvement, le traitement,
mais aussi la décontamination des sols sur lesquels ils étaient
entreposés.
Des fonds de l’Etat et des collectivités seront
débloqués pour le pôle lyonnais de compétitivité AXELERA (entreprises
de la chimie) afin de trouver des solutions et mettre au point des
procédés transférables sur d’autres cours d’eau. "Ces recherches
devraient aboutir à des procédés promis à de réels débouchés (peut être
même des brevets) car la pollution par le PCB concerne bien d’autres
cours d’eau que le Rhône, à un degré de gravité parfois bien supérieur", note Michel Desprost, rédacteur en chef du site Enviscope.
Mais au delà des coûts des analyses et du
traitement spécifique de la contamination, de nombreuses questions
économiques restent soulevées par cette pollution :
L’interdiction du dragage pourrait provoquer l’arrêt de chantiers importants.
En l’état actuel des connaissances, le PCB ne
reste pas dans l’eau courante mais se dépose dans les sédiments. C’est pour celà que certaines espèces de poissons seulement seraient
concernées par la contamination. Le principe de précaution devrait donc
imposer des mesures drastiques d’interdiction de "remuer ces sédiments" ; or l’Etat a pris une demi mesure d’interdiction de dragage "sauf à prouver qu’ il n’ y a pas d’ impact".
Et sur ce dossier, les associations de protection de la nature sont en
difficulté. Grandes défendeuses du principe de précaution, elles
militent aussi pour l’augmentation du transport fluvial. Un transport
qui implique l’adaptation des fleuves par de grands chantiers d’approfondissement ou de dragage pour permettre aux péniches de plus en
plus grosses de passer !
LYon-Economie
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