Non, vous ne courez pas moins de risque chez vous ! Si vous saviez le nombre de polluants, toxiques naturels et chimiques, qu’on peut y trouver. À tout choisir, il vaut mieux ouvrir fréquemment sa fenêtre que de faire brûler une bougie parfumée chimique... Ce dossier vous guide au travers de trucs et astuces pour éviter de manipuler trop de produits chimiques à la maison et vous explique les tenants et aboutissants de ce qu’on appelle aujourd’hui les polluants intérieurs, comme le souligne la sénatrice vert, Marie-Christine Blandin.
Sources de pollutions dans les habitations
Contrairement à une idée reçue, les sources de pollution dans une
maison sont très nombreuses. Soyez vigilants à la propreté de votre
intérieur. Une bonne aération, un ménage régulier et l’évacuation des
déchets toxiques sont les garanties d’une bonne hygiène et d’un air sain. Dans la maison, toutes les activités faisant
appel à une combustion sont génératrices de polluants. La cuisinière à
gaz et la chaudière produisent des oxydes d’azote, du CO2 et parfois
même du monoxyde de carbone (CO) quand elles sont mal réglées. La
poubelle est aussi un foyer important de pollution. Les moisissures, la
présence de blattes ou l’évaporation de vieux flacons de détergents
participent à contaminer l’air ambiant. Dans la chambre, attention aux
acariens, mais aussi aux animaux domestiques (chiens, chats, lapins...)
qui peuvent disséminer des particules fines (risquant de provoquer des
allergies) dans l’atmosphère.
La fumée de tabac reste la principale nuisance dans les locaux. Si les consommateurs de tabac portent gravement préjudice à leur santé, ils enfument leur environnement proche et sont responsables de la première source de pollution dans l’habitat.
Les composés organiques volatils : on les suspecte de favoriser ou
d’aggraver l’allergie respiratoire ou l’asthme, en raison de leur
caractère irritant. Mais peu de composés de cette famille, à
l’exception du formaldéhyde et du benzène, ont fait l’objet d’études
importantes. Ils ont, à court terme, des effets sensoriels (irritation
des yeux, de la gorge) et pulmonaires. À long terme, certains sont
cancérigènes (benzène) ou suspectés de l’être (formaldéhyde). On a
identifié dans l’air des habitats plusieurs centaines de ces
substances. Ces émissions proviennent des matériaux utilisés pour la
construction, l’ameublement ou la décoration (mousse isolant, bois
aggloméré) ; des produits aérosols à usage domestique pour les soins
corporels ou d’entretien des locaux ; des produits de bricolage (les
peintures et solvants, les colles et vernis, les produits de protection
du bois). Ces produits sont dégagés du fait de leur utilisation et lors
de leur stockage ensuite, si leur contenant n’est plus étanche. Enfin,
certains locaux peuvent encore contenir de l’amiante cancérigène ou de
vieilles peintures au plomb (provoquant le saturnisme). Renseignez
vous !
Sources : bulletin de l’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie (Ademe).
http://www.ademe.fr/particuliers/Fiches/3688/
http://www.sante-environnement.fr/
http://www.buldair.org
Éclairages
La sénatrice Vert du Nord, Marie-Christine Blandin, a remis
un rapport sur les risques et dangers pour la santé humaine de
substances chimiques d’usage courant. Ce rapport propose de mieux
évaluer les risques, de disposer d’indicateurs de l’état de santé de la
population, de développer le principe de précaution et de parvenir à
élaborer des produits moins toxiques. Interview.
Pierre Luton : Selon vous, il faudrait se méfier beaucoup plus de l’air
que l’on respire à l’intérieur que de celui que l’on respire à
l’extérieur !
Marie-Christine Blandin : Absolument ! À la maison,
tout se cumule : le shampooing, le bain douche, la laque, la crème pour
la peau, les pschitt pour ceci ou cela, la bougie
parfumée chimique, le détergent dont beaucoup apprécient l’odeur... À
la suite d’enquêtes comme celle de l’Observatoire de la qualité de
l’air intérieur, on s’est aperçu que la maison renfermait notamment un
cocktail de produits cancérigènes (qui peuvent provoquer le cancer) et
repro toxiques (qui sont toxiques pour la reproduction
humaine). Ces produits-là, on ne les retrouve même pas dans le monde du
travail parce qu’ils y sont tout bonnement interdits ! Mais à la
maison, nous sommes moins bien protégés. Il n’existe pas de
réglementation. De plus, à la maison, se trouvent des personnes plus
fragiles comme les enfants, les personnes âgées, les femmes
enceintes ou les malades.
P.L. : Que conseillez-vous d’éviter ?
M.-C. B. :
Aucune femme en âge de procréer ne devrait être exposée à des solvants.
Des produits qui servent à la peinture, à la vitrification peuvent être
dangereux pour le futur bébé. Il faut aussi faire attention aux
cosmétiques, surtout ceux qui contiennent des éthers de glycol.
Attention aussi aux teintes pour cheveux et aux vernis. Attention enfin
aux moquettes neuves. Il paraît qu’il faut aérer une pièce dans
laquelle on
pose une nouvelle moquette durant 15 jours avant d’y rentrer. Vous le
saviez vous ? On ne peut pas dire que les vendeurs en fassent une
grande publicité. Il faut aussi plus
de sobriété dans le choix des produits pour l’entretien.
P.L. : Qu’est-ce que vous voulez dire par : « plus de sobriété » ?
M.-C. B. : Il
vaut mieux réduire sa consommation de produits ménagers et ne pas se
laisser avoir par la pub. Ainsi, il est plus important de bien aérer
tous les jours et de ventiler ses pièces que de faire brûler des
bougies parfumées ! Le meilleur parfum, c’est l’air pur. Autre
exemple : à la pollution du tabac, certains ont tendance à ré pondre
par une autre pollution en diffusant des parfums. Si dans les bougies
qu’on fait brûler, il n’y a effectivement pas de benzène, -produit
dangereux interdit à la vente- il ne
faut pas oublier que leur combustion, elle, produit bel et bien du benzène !
P.L. : Existe-t-il des solutions ?
M.-C. B. : Il est temps que les pouvoirs publics édictent des normes. Il faut aussi
garantir la possibilité aux agences expertes de rester indépendantes. De plus,
aujourd’hui, il faut garder à l’esprit que l’industrie cherche à écouler ses vieux
bidons avant de passer à autre chose. Elle a besoin de rentabiliser ses
brevets. Dans le rapport que j’ai réalisé, et qui a été voté à
l’unanimité par des élus de tous bords, dont l’ancien ministre de la
Recherche, François Goulard, nous proposons notamment de mieux évaluer
les risques, de disposer d’indicateurs de l’état de santé de la
population, de développer le principe de précaution et de parvenir à
élaborer des produits moins toxiques. En attendant, le grand public
peut se tourner vers des produits bios labellisés, même si ce n’est pas
la panacée et même si les prix ont tendance à être plus élevés. Quand
la demande de ces produits augmentera, ils verront leur prix baisser.
TRUCS ET ASTUCES POUR NETTOYER « VERT »
Comment démêler le vrai du faux dans la masse des produits ménagers qu’on nous propose ? Co-fondatrice de Pourmaplanète.fr, la journaliste Alexandra Ouraeff, 26 ans, en revient à des trucs tout bio, tout propres, tout simples...
P.L. : Qu’est-ce qui vous a menée à vous intéresser aux recettes de « grand-mère » pour tout nettoyer dans la maison ?
Alexandra Ouraeff : Ma
préoccupation est écologique, surtout lorsque l’on vit dans un
appartement confiné en pleine ville. On nous pousse à consommer tout un
tas
de produits, alors qu’au fond, si on pouvait se passer de sprays en
tout genre... ce serait aussi bien. Il existe des combines toutes
simples depuis bien longtemps qui permettent d’éviter de répandre tous
ces produits chimiques chez soi. Je ne dis pas que je n’ai pas de
détergents chez moi, mais au moins, je connais des alternatives aux
produits chimiques que je ne veux pas utiliser. Ces trucs et astuces
nous laissent le choix de consommer simple et pas cher et de contribuer
à la sauvegarde de l’environnement.
P.L. : Comment connaissez-vous ces trucs ?
A. O. :
Comme tout le monde ! Je l’ai vu faire dans ma famille. J’ai demandé
autour de moi. J’en ai trouvé sur internet. Et j’ai moi-même testé les
conseils que je donne...
P.L. : Qu’est-ce qui marche le mieux selon vous ?
A. O. : Le
marc de café dans le frigo, c’est formidable contre les mauvaises
odeurs. Il suffit de le laisser sécher et d’en mettre un peu dans un
bol pour enlever les odeurs... C’est un excellent désodorisant naturel.
Et c’est économique. Une fois par mois, vous pouvez également
l’utiliser dans les éviers : versez une grosse cuillère dedans et
laissez s’écouler un peu d’eau pour qu’il se diffuse dans les tuyaux.
Le bicarbonate de soude aussi est très utile et polyvalent : transformé
en pâte, il peut, par exemple, vous aider à récurer vos casseroles.
Enfin, la terre de Sommières est un excellent détachant pour les
textiles.
P.L. : Le citron, semble-t-il, a aussi des vertus ?
A. O. : Oui, en effet, c’est parfait pour l’argenterie. Il permet de raviver l’argent des bijoux et des couverts...
P.L. : Et contre le calcaire ?
A. O. : Comme
anti-calcaire naturel, le vinaigre marche très bien ! Du vinaigre blanc
tout simple à moins d’un euro le litre, c’est le meilleur détartrant du
marché autant sur la paroi de votre douche que dans votre cafetière ou
votre bouilloire...
P.L. : Comment expliquez-vous que ces produits simples soient un peu oubliés ?
A. O. : Le
marketing nous vend des produits qui sont réputés agir rapidement et
sans frotter. Ce qui n’est pas toujours vrai. On est tous plus ou moins
victimes de la pub
et on se laisse avoir par une forme de spécialisation qui voudrait
qu’on utilise un produit spécifique pour la cuisine, un autre pour les
sols, un troisième pour la salle de bain... Il est vrai que les
recettes que je donne réclament un peu plus de temps et un peu plus
d’huile de coude... Quand je rappelle qu’on peut utiliser un simple
savon comme lessive de machine à laver, cela comprend le fait de le
râper pour qu’il puisse se dissoudre. Mais c’est trois fois rien
comparé au coût et à la simplicité du truc...
ATTENTION AUX MÉLANGES !
Comme pour tout produit chimique, il ne faut jamais mélanger deux ou
plusieurs produits de nettoyage ménager. Le principal danger réside
dans la production de gaz toxique qui peut en résulter, rappelle la
Commission de la sécurité des consommateurs (CSC). Les produits les
plus fréquemment en cause sont : l’eau de javel mélangée à un acide ou
à de l’ammoniaque. Si on respire le gaz produit, des signes
apparaissent très vite : gêne respiratoire ; toux ; picotement des
yeux, du nez, de la gorge ; une crise d’asthme peut survenir. Souvent
ces signes diminuent et disparaissent en quelques minutes, mais il peut
être utile d’appeler un centre antipoison. Si vous ne souhaitez pas en
arriver là, ne mélangez jamais deux produits ménagers. Ne pensez pas
que le mélange sera plus efficace. Attention également aux mélanges
involontaires : ne versez pas d’eau de javel dans la cuvette des WC si
vous venez d’y mettre du détartrant.
http://www.securiteconso.org/rubrique88.html
Dossier réalisé par Pierre Luton,
paru dans le magazine mutualiste Rail & Progrès (MGC).
A lire aussi sur NaturaVox : Le guide de la maison propre - Des poisons dans nos maisons
Effectivement prendre conscience que la pollution est surtout à l’intérieur des habitacles (maison, bureau, voiture, ...) est essentiel pour amorcer un changement de comportement. http://www.aboneobio.com/blog/?2008...
Prendre soin de sa maison et de sa famille peut se concilier aussi avec practicité. On peut garder ses habitudes de produits nettoyants en optant pour des produits certifiés écologiques, formulés sur bases végétales comme la gamme Etamine du Lys, l’une des rares à être certifiée Ecocerte Détergence écologique. En effet, tout le monde ne peut pas se mettre à fabriquer des produits maison à base de vinaigre and co, sans compter que jouer les apprentis chimistes même avec des produits naturels n’est parfois pas sans conséquences : les associations sont parfois peu recommandables ! :-(
Pourquoi l’état laisse encore sur le marché des produits toxiques pour nos maisons ?? La loi du marché économique est elle plus forte que notre santé ?
@l’auteur
Vous êtes passé à côté de la principale causes d’évolution de la pollution dans nos habitations. Le confinement, que nous créons dans le souci d’économiser l’énergie. Dans les maisons anciennes équipées de chaudières à gaz à évacuation, la mise en place de châssis isolants et donc étanches à l’air, peut s’avérer dramatique. Le nombre croissant d’intoxications mortelles au CO en est l’exemple. Au delà d’une réduction des sources potentielles d’émission de polluants, l’important est de ventiler nos maisons. L’offre du marché en matière de ventilation double flux est dramatiquement restreinte, alors que c’est la seule solution permettant d’aérer les locaux, récupérer les calories de l’air vicié et filtrer l’air extérieur introduit dans le logement. Une aide fiscale à l’installation de ce type d’équipement serait bien plus utile à la planète et à la santé de la population que les aides concernant les panneaux photovoltaïques ou les pompes à chaleur. Mais les enjeux économiques sont bien moindres. Dommage.









