
J’avais presque éludé cette propriété de la nature, parfaitement
étrangère à nos conventions. Alors que nous nous promenions dans les
bois, nous avons été plus audacieux que d’habitude en nous écartant des
sentiers principaux pour nous aventurer le long d’un ruisseau asséché
dont le lit serpente sur les collines parfois abruptes bornant le Sud
de Paris.
Au fond du bois, une clairière en forme de corridor totalement masquée
par les futaies environnantes était couverte d’énormes ronciers.
Affreusement gourmand, je n’ai pu manquer l’infinité de grappes de
mûres que ces plantes portaient. Cette profusion faisait terriblement
envie et mon premier élan fut de me retenir me demandant à qui elles
pouvaient bien appartenir. La commune ? La collectivité locale ? Un
service d’exploitation forestière ? Peut-être même un délégataire ou
que sais-je encore… Après cette fraction de seconde
juridico-conformiste la gourmandise a fait taire les réflexes acquis et
je me suis affairé à la cueillette. D’ailleurs avec un peu trop de zèle
puisqu’au passage mes compagnons de promenade m’ont semé et je ne les
ai pas retrouvé par la suite. Heureusement, Olivier a su me rejoindre à
la croisée des chemins en haut de la colline.
Quoi qu’il en soit, j’ai cueilli suffisamment de mûres pour faire une tarte que nous avons dégusté hier soir…
Ne vivant plus à la campagne depuis bien des années, ce fut un
sentiment étrange de se souvenir que l’opulence de la fructification
était gratuite. Il suffisait de tendre la main et de saisir l’objet de
gourmandise, sans en avoir à passer par le porte-monnaie. Comme dans un
défi à monoprix, j’ai pu minimiser de quelques euros le coût global de
la fabrication de notre tarte aux mûres maison.
Après ce ressouvenir grisant de la gratuité, teinté d’un sentiment de
liberté recouvrée, je m’inquiète d’autant plus de la monétarisation à
tout venant de la nature laissant croire que toute chose a un
propriétaire.
Dans les nombreuses discussions de café que nous entretenons parfois
avec nos amis, je veux dire loin du sérieux et du calme du discours
académique ou professionnel, lorsqu’on se laisse aller aux passions,
l’une de nos proches n’a de cesse de mettre en avant la notion de «
biens communs ». Jusqu’ici j’avoue que je ne voyais pas très bien en
quoi cette notion pouvait être plus importante que les autres qui
peuplent nos échanges.
En fait, cette notion permet de reconsidérer la relation à la nature
non plus comme une expérience individuelle et de propriétaire, mais
comme l’immersion dans un ensemble collectif (aux humains comme aux
autres espèces) dont nous pouvons faire usage, mais qui ne nous
appartient pas.
En filant la métaphore nous pourrions alors considérer que nous ne
somme ni maître et possesseur de la nature (le propriétaire), ni
gestionnaire avisé de la nature (l’écolo, sorte de fermier qui sert de
relais aux générations suivantes, ou de conservateur du patrimoine),
mais nous sommes bien plutôt des invités à un banquet. La nature nous
admet par accident à sa table et l’humanité n’y est qu’un convive parmi
tant d’autres, qui en tant qu’invité se doit de faire honneur à son
hôtesse sans déranger sa demeure.
photographie : Olivier Martin Delange
Waaoouuu ! Quel bonheur de trouver un tel article et le matin svp !
L’Abondance est présente et c’est l’Homme qui par son égoïsme est en train de tout saccager. Par son : " Moi d’abord " !
J’en suis certain également mais...comment faire comprendre à ces superdiplomés qui ne veulent même plus s’installer à leur compte ? Il y a trop de papiers administratifs et trop de soucis à aider leur prochain par leur intelligence qui dépasse la normale humaine. Ce sont des "phares" ! Et, ils veulent profiter pour eux et eux seuls de leur vol de biens publiques en vivant, en attendant leur retraite imméritée mais payée par la société, sur le rythme de la succession des ponts et départs en week-end si possible avec un jour d’avance ou bien deux heures quitte à l’acheter à leurs collègues ou leurs subordonnés qui eux aussi...etc...on arrive au départ le jeudi vers 16 heures !...etc...
J’ai osé le mot ’vol’ car ils ont l’air d’en être conscients, ils le disent en parlant de l’inutilité non de leur place dans leur service mais du service entier dans lequel ils puisent leurs ressources ; Mais des gens triment pour leur payer ces avantages. Sur Agoravox , ils osent même menacer les entreprises qui leur refuseraient ces avantages ! Il faut à tout prix que quelqu’un leur fournisse leur privilèges ! Même au prix d’une révolution disent certains.
Et quand les ’ " phares, les exemples..." ’ déconnent avec leur suffisance ...les autres suivent et l’Abondance s’éloigne ... !!! Nous sommes invités dans une belle nature à nous perfectionner ...OUI, oui....un jour je serai un être qualifiable de " Bien " ... !...et il faudrait au moins la maintenir cette bonne Nature sinon tenter de l’améliorer elle aussi .









