Voici la suite logique de la chronique Tondeuse. Il s’agissait d’une machine, dont les performances étaient bien modestes, destinée à l’entretien des pelouses. On peut y ajouter une bonne utilisation des produits de coupe, avec compostage, fermentation pour obtenir du gaz méthane, mais le procédé reste une intervention lourde, avec un coût environnemental en termes de bruit, de pollution atmosphérique, de consommation d’énergie. On peut toujours rêver d’une tondeuse solaire, qui fonctionnerait grâce à l’énergie qu’elle capterait en direct, mais la puissance nécessaire semble hors de portée d’un capteur de taille raisonnable pour un tel engin. Au lieu de faire appel à la mécanique, pourquoi ne pas se conformer à l’ordre naturel des choses, à savoir que les végétaux ont pour vocation d’être mangés par des herbivores, à être broutés pour dire les choses simplement. C’est ce qui se fait à grande échelle, celle des massifs montagneux, avec ce que l’on a appelé la prime à la vache tondeuse. Pour assurer le maintien de la neige, l’herbe doit être coupée ras. A défaut elle se couche sous le poids de la neige et la laisse glisser. Mais les exploitations agricoles de montagne ne pouvaient assurer cette activité en se rémunérant uniquement sur leur production, à base de produits laitiers, et il a fallu aider les agriculteurs à maintenir leurs troupeaux, avec une rémunération pour le service rendu. La vache est non seulement laitière, elle est aussi tondeuse. Un double dividende, qu’il a fallu reconnaître et organiser. Cet exemple semble inspirer les paysagistes de l’agglomération Lyonnaise, où l’on fait appel à des moutons pour tondre certains terrains pentus.
L’entretien des espaces « naturels » est devenu une préoccupation importante des collectivités, du fait à la fois de l’augmentation continue de leur surface, et des exigences des citadins, de la diversité de leurs usages. Comme pour les maisons, où les questions d’entretien, de maintenance, de vieillissement, doivent être posées dès la conception, les espaces publics et les espaces verts, les zones de nature, les berges des rivières, ne peuvent être réalisés sans cette préoccupation. Nous avons déjà vu dans ce blog comment l’agglomération Rennaise avait mis sur pied une gestion différenciée des espaces verts, de manière à coller aux besoins en limitant les interventions au strict nécessaire, apprécié selon les modes d’utilisation de ces espaces. Le Grand Lyon a choisi des options similaires, en inscrivant dans les cahiers des charges des paysagistes des exigences fortes en matière d’entretien de leurs réalisations. La diversité des usages des espaces et la robustesse de la végétation sont ainsi devenues des ingrédients de base à intégrer à tous les projets. Résistance à la pollution atmosphérique des villes et aux parasites, modestie des besoins en eau, autant de paramètres à prendre en compte dans le choix des végétaux, tout comme l’appropriation des lieux et leur respect par les usagers. Les projets réalisés dans ces conditions répondent aux souhaits des habitants dans les meilleures conditions écologiques et économiques. Ouf ! On retrouve les trois piliers du développement durable, la valeur sociale, l’équilibre écologique et l’intérêt pour les finances de la ville.
Tous
les projets d’espaces verts ne répondent pas aussi bien aux trois
exigences. Prenez par exemple les murs végétaux que l’on commence à
voir, comme celui réalisé par Patrick Blanc [1] à
Paris sur le musée des Arts Premiers. Ce sont des merveilles
artistiques, de véritables tableaux vivants. Mais ils ne sont pas
rustiques, et demandent un investissement considérable, et un entretien
permanent. Ce sont les figures de proue d’un mouvement qui doit se
développer largement, sous des formes variées, adaptées à toutes les
situations. Il faut aller résolument vers une végétalisation des murs,
vers des jardins verticaux. Nous en avons besoin pour le paysage, et
surtout pour lutter contre la pollution atmosphérique et réduire la
canicule pendant des périodes chaudes. Vous aurez noté notamment que
dans les centres urbains très minéraux, les murs exposés à l’ouest
recueillent toute la chaleur du soleil dans la soirée, et la restituent
la nuit. C’est sympa, mais quand il fait très chaud, on aimerait bien
avoir des nuits fraîches. Une végétation absorberait cette chaleur et
provoquerait la nuit un peu d’humidité et de fraîcheur, toute relative
mais dans ces périodes, quelques degrés en moins, ça compte. Si on veut
que cette végétation se répande, il faut qu’elle soit rustique, adaptée
aux contextes urbains, économe en entretien comme en eau. Il faudra
bien en maîtriser le développement, et pour cela, les moutons
ne seront pas d’un grand secours, si ce n’est pour nous rappeler
l’attitude des moutons de panurge et nous en éloigner. Car il va
falloir faire preuve d’imagination. D’autres animaux viendront peupler
cette végétation, les oiseaux, qui y trouveront le gîte et le couvert.
Ce sont des petits écosystèmes qu’il va falloir créer, qui trouveront
leur équilibre en eux-mêmes, avec le moins d’intervention humaine
possible tout en nous apportant du plaisir. Un beau travail d’écologie
urbaine.
[1] http://www.murvegetalpatrickblanc.com/
Photo : Un mur exposé à l’Ouest, à Paris, rue de Béarn, en fin d’apprès-midi









