NaturaVox : partager pour préserver
ConsoSociétéAlimentationSantéBiodiversitéClimatÉnergies
La hausse continue du prix des carburants : scénario délirant d'un bouleversement prochain ?

Article publié le 22 mai 2008

Est-il raisonnable d’acheter encore une voiture aujourd’hui ? Celles qui roulent ne sont-elles pas dès maintenant condamnées à brève échéance à l’immobilisation le long des rues, des routes ou dans les garages ? Va-t-on voir sous peu villes et campagnes devenir des cimetières de voitures ?

La hausse continue du prix des carburants : scénario délirant d'un bouleversement prochain ?

Autrement dit, l’augmentation quotidienne du prix des carburants ne porte-t-elle pas en elle, à court terme, la fin de la civilisation automobile avec les bouleversements immédiats et brutaux du mode de vie qu’elle a produit au XXe siècle. Voit-on revenir le temps où les carrosses étaient le privilège de la fraction la plus riche de la population, du moins tant qu’une alternative énergétique comme l’électricité ou l’hydrogène ne sera pas opérationnelle ?

Un dollar de plus tous les trois jours

Le prix du baril de pétrole a atteint, mardi 20 mai 2008, 129,31 dollars à New York. Depuis des semaines, il augmente quasiment d’un dollar tous les trois jours. C’est en février dernier qu’il a franchi la barre psychologique des 100 dollars. Pour mémoire, en 1999, le baril revenait à 20 dollars et, en 2003, à 30. Du coup, les prix à la pompe atteignent des records : un litre de super sans-plomb 95 tourne autour d’1,50 euro, (soit 10 francs !), et le litre de gazole tend à le dépasser.
Les professions qui sont les plus exposées sont entrées en action : les marins-pêcheurs barrent les ports, les chauffeurs routiers s’apprêtent à renouer avec le blocage des raffineries. Les stations-service dans certaines régions sont prises d’assaut et affichent déjà des cuves vides.

Facteurs structurels et conjoncturels

On sait tous que les cours du pétrole dépendent, disent les experts, de facteurs tant structurels que conjoncturels. L’arrivée des pays « émergents » à l’âge du développement industriel a accru la demande que l’offre ne peut forcément satisfaire, surtout si les pays producteurs entendent maintenir leurs revenus à un niveau élevé. La moindre tension politique dans une région d’extraction accroît aussitôt les tensions sur le marché, qu’il s’agisse de l’Irak, de l’Iran, du Nigéria ou du Venezuela. S’ajoutent à cette occasion les ravages des spéculateurs.

Peut-on imaginer que les prix retombent ? Il ne semble pas. Sans doute, rendent-ils concurrentiel le développement d’autres énergies, et contraignent-ils à des mesures drastiques d’économie. Mais les premières ne sont pas encore opérationnelles et les secondes ont leurs limites. Va donc venir un temps très proche, si ce n’est déjà fait, où nombre de familles vont devoir se servir de moins en moins de leur voiture jusqu’à y renoncer. Quels revenus sont en mesure aujourd’hui de faire face à cette hausse continue des carburants ? Sûrement pas ceux de la majorité des Français.

Vivre sans voiture dans un monde pour voitures

On voit déjà pour une famille les conséquences d’être sans voiture quand elle s’est établie dans le lotissement d’un de ces villages satellites plus ou moins éloignés d’une ville métropole où ses membres travaillent et en périphérie de laquelle se sont concentrés les centres commerciaux. Les transports en commun sont encore loin d’être faciles pour seulement se rendre à son travail ou faire ses courses. Ne parlons plus de voyages : l’avion comme la voiture deviendra lui aussi hors de prix : le tourisme de masse est condamné à une mutation sans précédent. Quant aux produits de toute nature qui pour être offerts aux clients doivent être acheminés par transports, ils ne peuvent eux aussi qu’augmenter du coût croissant des carburants.

On n’ignore pas que, dans le prix d’un litre d’essence, la taxe intérieure sur les produits pétroliers est d’environ 70 %. Mais quand bien même l’État accepterait de la rogner, au train où vont les cours du baril, dans un an ou deux on se retrouvera devant le même problème.

Ce scénario catastrophe est-il délirant ? A-t-il été imaginé par les gouvernants ? Des solutions ont-elles été explorées ? À partir de quel prix du litre d’essence le processus va-t-il s’enclencher ? Attend-on que l’on soit devant le fait accompli pour contraindre les citoyens à s’adapter vaille que vaille à ce bouleversement ? Celui-ci peut-il se faire progressivement en douceur ou au contraire dans la douleur ? La pénurie et le marché noir qu’elle engendre avec son cortège de dissensions, de « siphonages » des réservoirs et d’agressions des réserves, sont-ils inévitables ? Une « policiérisation » accrue au nom de la sécurité ne va-t-elle pas être favorisée ? La société française peut-elle résister sans trop de dommages à un changement de civilisation aussi radical ? Ou bien ce scénario ne peut-il germer heureusement que dans un esprit complètement siphonné ?

Paul Villach

Thèmes

Carburants

Bookmark and Share
30 votes

commentaires
votez :
par Jean-Daniel (IP:xxx.xx5.253.121) le 22 mai 2008 à 11H50

A titre personnel, je le sens très mal.

Je suis aussi convaincu que l’augmentation du prix, et la raréfaction de la voiture sont le sens de l’histoire. Mais dans beaucoup de cas, nous n’avons aucune solution de rechange, sauf à habiter dans les grandes villes, à travailler pas trop loin, etc.

Et surtout, comme vous le soulignez, rien ne prépare la sortie de cette situation.

votez :
par Eco Intelligence (IP:xxx.xx0.57.120) le 22 mai 2008 à 19H34

Je trouve curieux que seule la voiture soit dans vos soucis sur la crise du pétrole .

Pensez-vous réellement que les quelques postes suivants et non exhaustifs de notre vie personnelle de tous les jours ne soient pas intimement liés au pétrole :

Hygiène : produits chimiques de soins, shampoings, savons, dentifrices

Santé : 95% des médicaments dépendent du pétrole

habitat : chauffage direct certes, mais aussi matériaux, fenêtres,...

Nourriture : engrais pour faire pousser nos fruits et légumes

Transports : même si le cout marginal du pétrole dans le cout complet n’est que de 27%, (100 € de transport deviennent 127€ à 200USD le baril...)

Services à la personne : ambulances, taxis, trains, ... mais aussi les pompes qui nous amènent l’eau au robinet..... je m’arrête là !

IL faut probablement être plus qu’inquiets... Il faut réagir très rapidement pour prendre en compte la disparition de ce qui a fait notre richesse : une énergie de très bonne qualité (1 litre de pétrole = énergie de 200 personnes pour vous aider à faire des choses) a très bas prix = c’est FINI, définitivement.

Et il ne faut surtout pas espérer que le prix descende. C’est un peu comme demander que les impôts baissent... quand on y a gouté, aux recettes, on n’a pas envie que cela baisse.... Alors notre attitude est clé (et peut être un peu notre survie) : baisser drastiquement la consommation. Mais pour la faire baisser il faut prendre connaissance de son impact. Alors réfléchissons, Vite : 150 USD fin Juin, 200 USD fin décembre 2008...c’est ce qui nous pend au nez.

Bonne réflexion.

Eco Intelligence

votez :
(IP:xxx.xx1.167.21) le 22 mai 2008 à 20H06

@ Éco inteligence

Je ne peux que souscrire à ce que vous ajoutez si pertinemment. J’ai choisi la voiture comme symbole de la civilisation que le pétrole a produite. Paul Villach

votez :
par marcoB12 (IP:xxx.xx4.158.174) le 22 mai 2008 à 20H08

La majorité des spécialistes disent que nous sommes très proche du pic de pétrole. Par ailleurs il semble que l’offre court définitivement après la demande et les découvertes derrière la consommation depuis quelques temps déjà... Au-delà (nous y sommes peut-être) le pétrole est quasiment vendu aux enchères, devient un placement-refuge, le jouet des spéculateurs, bref, nôtre civilisation tape dans le mur. Les produits pétroliers sont omniprésents dans la vie quotidienne et la mondialisation comme nos sociétés sont fondées sur une énergie inépuisable et bon marché. En cas de pénurie relative, les prix explosent et seule la diminution sensible de la consommation peut les stabiliser (ou on oublie les règles du marché qui ne sont pas les lois de la nature le temps de la mutation...). Est-on préparé à cette mutation profonde ? Pas du tout. Et le principal obstacle est sans doute le "One size fits all" auquel l’OMC nous condamne. Y a-t’on réfléchit ? Oui, comme dans le rapport Hirsh demandé par le DoE qui indiquait qu’il nous faudrait consacrer pendant 20 ans la totalité de notre richesse et de nos énergies à développer des énergies alternatives et construire de nouvelles infrastructures (repenser les logements, les villes, l’agriculture, les transport individuels et collectifs,et...). Oui, comme dans le "Plan B 3.0" de Lester Brown où il préconise le développement de nouvelles sources d’énergie dans un élan de type "projet Apollo", l’électrification du parc de voitures à grande vitesse,etc... Une intervention à l’Université de Washington en septembre dernier de Susan Georges (dispo en audio et vidéo sur le site de l’IFG) faisait écho aux préoccupations de nombreux spécialistes du domaine. Elle suggérait un retour à une économie de temps de guerre pour éviter une catastrophe tant les impayés (climat, dettes, diminution de nos réserves d’eau, énergie chère,etc...) se sont accumulés au milieu de la folie ambiante. Des éditorialistes ont déjà dit que nous ne pourrions collectivement agir dans le bon sens que sous des contraintes éventuellement non démocratiques, nous obligeant à des changements majeurs de comportement contre notre volonté... Notre pouvoir d’achat a déjà commencé à baisser et ce n’est sans doute que le début de la tempête.

votez :
par jojo (IP:xxx.xx6.49.34) le 22 mai 2008 à 23H14

Je vous conseille sur ce sujet l’excellent livre d’Eric LAURENT : "la face cachée du Pétrole". Pour résumer en deux mots, il aborde plusieurs thèmes dont l’histoire du pétrole, depuis sa découverte jusqu’à nos jours, les dessous de la stratégie des Etats et des sociétés pétrolières, notre dépendance vis à vis pétrole et l’avenir qui se dessine. La crise actuelle y a été anticipée et décrite dans ses moindres détails.

L’article de Paul VILLACH résume très bien la problématique : "Vivre sans voiture dans un monde pour voitures", ou plus généralement, vivre avec peu de pétrole dans un monde basé sur le pétrole. Car TOUT est basé sur le pétrole, et sur le pétrole bon marché : l’Urbanisme, l’agriculture, le commerce, le tourisme, la Chimie, le Transport etc...

Nos villes modernes ont été construites autour de la voiture : périphériques, banlieues dortoir, zones commerciales hideuses en périphérie et de plus en plus lointaines. Toulouse, ma ville, est un exemple frappant. Petite ville jolie de province, elle s’est transformée en gigantesque village depuis les années 40. Un village bien plus grand que Paris intra-muros habité par beaucoup moins de monde. Un petit hyper-centre ancien, quelques rares immeubles hausmanniens, quelques îlots d’habitat moderne en centre ville, quelques cités dortoirs construites dans les années 50-60 en bordure, et le reste, la plus grande partie de la ville, est constitué de petites maisons à perte de vue, de petites résidences isolées, dont beaucoup avec piscine. Bref un vrai casse-tête pour les responsables des transports en commun. Un vrai gâchis de l’espace Public !! Les Toulousains n’ont pas su faire le choix : habiter en ville ou habiter à la campagne. Ils ont historiquement voulu garder un habitat de type rural (petite maison ou villa avec jardin) tout en vivant en ville. Pourquoi s’entasser dans une agglomération puisqu’il suffisait de prendre sa voiture pour se rendre au travail, au cinéma, au supermarché,au docteur. Et maintenant ils en payent le prix fort : impossible de vivre sans voiture à Toulouse et en banlieue, sauf à habiter en hyper-centre ou près d’une des deux courageuses lignes de métro. Essayez donc de vous rendre chez AIRBUS en transports en commun ... Pourtant, ils sont plusieurs dizaines de milliers à y travailler.

votez :
par Christian (IP:xxx.xx7.55.142) le 22 mai 2008 à 23H23

Votre raisonnement est à la fois juste dans son constat qui est fait par l’ensemble des médias et faux quand on le confronte aux réalités des chiffres de consommation.

Prendre des chiffres dans l’absolu c’est faire preuve de manipulation ou d’incompétence plutôt d’ignorance, comme la plupart d’ailleurs de nos concitoyens qui se penchent rarement sur les chiffres.

Nous avons pourtant un bel outil en France qui s’appelle l’INSEE qui publie à longueur d’année des belles brochettes d’études statistiques et je conseille à vos lecteurs de visionner cette page sur le site INSEE pour comprendre un peu mieux les choses : http://www.insee.fr/fr/ffc/ipweb/ip...

Vous vous y a apercevrez de 2 chiffres importants :

1- que la part de la consommation d’énergie ( Gaz, Fuel, Essence, elec) dans le budget des ménages était 6,8% en 1960 contre 7,3% en 2006 et 10,2% en 1985, 1er constat l’énergie est à la fois mieux utilisée et encore pas assez chére pour en optimiser son utilisation.

2- que les dépenses en volumes du Gazole Essence et super sans plomb, sont quasiment stable depuis 1990.

Cette simple lecture démontre pourquoi à contrario du bon peuple et des médias nos décideurs ne s’affolent pas plus ce qui explique que les solutions d’économies et de remplacement du pétrole tardent autant à se mettre en place.

Ceci dit si les prix venaient réellement à s’affoler il faudrait prendre des décisions immédiates qui ne feraient pas rire les consommateurs,

ainsi que d’autres décisions à plus long terme pour mettre en œuvre de vrais politiques d’économies du pétrole à tous les niveaux, transport, chauffage, électricité.

Ces politiques devront s’appuyer sur des mesures techniques connues pour certaines depuis des dizaines d’années, d’autres depuis 10 ou 20 ans,

mais qui n’ont jamais été mises en œuvre car elles auraient déséquilibrées le marché de l’énergie,

source à la fois de pouvoir politique dans son contrôle et de profits financiers immenses.

Si on ne regarde pas la réalité des choses et que l’on se contente de leur surface on ne comprend rien à rien et c’est malheureusement ce qui se passe bien trop souvent sur les forums d’Agoravox ou Naturavox.

Je sais trop que, malheureusement, la presse n’éduque pas ses lecteurs à l’esprit critique, à l’éveil de la conscience, car son fonds de commerce ce sont les instincts primaires ( peur, bouffe et sexe ) car il sont les seuls moteurs d’achat ( pour le grand nombre et c’est ce dont la presse a besoin pour vivre).

Il s’en suit qu’ici ou ailleurs les esprits ne volent guère plus haut que la majorité des lecteurs et acheteurs de la grande presse !

Donc si des lecteurs souhaitent, car leur pratique professionnelle ou intellectuelle les a conduit à débattre du sujet, souhaitent apporter de vrais lumières au lecteurs de ce forum il sont les bienvenus.

votez :
par DK (IP:xxx.xx3.137.247) le 23 mai 2008 à 10H45

Christian, la façon dont je comprends ces chiffres est qu’ils concernent les prix, mais ils ne disent rien sur les quantités consommées. Et même s’ils montraient les quantités, ils ne concerneraient que la France, qu’est-ce que ça signifie dans une problématique qui est mondiale ? Une bonne partie de la production industrielle, et donc de la consommation, a quitté le pays. Les français consomment probablement toujours plus d’énergie mais elle n’est pas comptabilisée par le même pays. AMHA, des chiffres pour permettre aux politiciens de ne rien faire.

votez :
par Atlantis (IP:xxx.xx3.70.22) le 23 mai 2008 à 00H16

la fin de l’énergie bon marché est la fin de l’ère industrielle.


Un message, un commentaire ?
  • (Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.)

Qui êtes-vous ? (optionnel)
  • [Se connecter]

Les Auteurs deConso
BelleAuNaturel.net - 23 articles
Biosphère Blog - 37 articles
Mobilité durable - 156 articles
Littlecelt - 21 articles
Jean Claude BENARD - 10 articles
Nicolas Palangié - 7 articles
Emma - 12 articles
Stefane Guilbaud - 6 articles