Article publié le 19 mars 2008
Ce samedi 22 Mars est déclaré Journée Mondiale de l’Eau, initiative lancée par les Nations Unies en 1992 afin d’attirer l’attention chaque année sur les problèmes relatifs à l’usage de l’eau dans le monde. C’est que la répartition et la demande d’eau potable dans le monde deviennent un problème grandissant d’année en année.
A l’occasion de cette Journée Mondiale de l’eau, je voudrais présenter deux entreprises qui, théoriquement, ont un but commun : faciliter l’accès à l’eau potable, mais dont les philosophies sont diamétralement opposées. En quelque sorte, j’estime que l’une est un mauvais exemple, et l’autre un exemple à suivre...
Le mauvais exemple : les bouteilles d’eau de la marque Ethos. Ces bouteilles d’un litre sont vendues en Amérique du Nord dans les enseignes Starbucks au prix de $ 1.80. Une fraction de ce prix est versée à des ONG qui travaillent à améliorer l’accès à l’eau potable dans des pays sous-développés. Le but avoué de Starbucks est de lever 10 millions de dollars en donation d’ici à 2010. Le problème c’est que sur les $ 1.80 du prix de vente, seul $ 0.05 va à la donation. Premier reproche : cette pratique ressemble beaucoup à une opération marketing déguisée sous de fausses bonnes intentions humanitaires.Deuxième reproche : vendre de l’eau en bouteille pour résoudre un problème lié à l’eau.

En effet, c’est un peu comme si un vendeur de voitures vendait des Hummer, et offrait une partie du chiffre d’affaires généré par ses ventes à des associations luttant contre la pollution tout en prétendant qu’en roulant en Hummer, le client contribue à préserver l’environnement. Bref, c’est légèrement se moquer du monde... De plus, l’eau des bouteilles Ethos, tout comme celles de Dasani chez Coca-Cola, ou celles d’ Aquafina chez Pepsi n’est tout simplement que de l’eau du robinet mise dans des bouteilles stylisées, c’est-à-dire un vrai gâchis environnemental, économique et énergétique...mais un gâchis fort lucratif par ailleurs !
Le second exemple, c’est le projet Watercone. Ce projet, c’est mon interprétation, vise justement à remplacer la bouteille d’eau dans les pays en voie de développement... et pourquoi pas aussi dans les pays riches ?

Le Watercone permet de produire, par distillation solaire, 1.6 litre d’eau potable à partir d’eau salée ou d’eau saumâtre : voici comment. L’eau non potable doit être versée dans une cuvette sur laquelle on pose ensuite le Watercone. La couleur noire de la cuvette absorbe plus vite les rayons du soleil et accélère l’évaporation de l’eau qui se condense sur les parois internes du Watercone, puis qui coule et se déverse dans une rigole interne à la base du Watercone. Une fois l’évaporation terminée, pour récupérer l’eau potable, il suffit de dévisser le bouchon situé au sommet du cône, de tourner délicatement le Watercone pour transvaser le précieux liquide récolté dans un récipient. Le Watercone peut aussi être utilisé sans sa cuvette, en le posant directement sur un sol humide, voire même sur une mare.
Le principe est ancestral, c’est même un des moyens de récupérer de l’eau en plein désert :

Ce qui parait intéressant dans ce projet, c’est l’effort de pré-industrialisation d’un objet robuste, peu couteux, simple et facile d’emploi. Le Watercone est fait d’un polycarbonate souple, à mémoire, incassable, insensible aux rayons UV et aussi transportable sans trop de précaution. Produit en masse le Watercone pourrait coûter dans les 20 Euros avec une durée de vie d’environ 3 à 5 ans. S’il se substitue à l’achat d’eau en bouteille, il peut être ainsi très vite rentabilisé. Contrairement à d’autres déssalinisateurs ou purificateurs, le plus souvent complexes, fragiles, électriques, électroniques ou à filtres, le Watercone est low-tech et utilise une énergie inépuisable : l’énergie solaire.
Pour conclure il est intéressant de remarquer qu’Ethos,
qui génère plusieurs millions de dollars de revenus de son fonds de
commerce, à mon avis en désaccord complet avec l’esprit de la Journée Mondiale de l’Eau en est un des promoteurs en Amérique du Nord. Watercone est
lui, un projet qui a vu le jour en 2002 mais qui à ce jour est
toujours à la recherche d’entreprises et d’investisseurs afin de
produire et de distribuer en masse son produit...
Liens d’intérêts, dans lesquels j’ai puisé mes sources (sans jeux de mots) pour cet article :
Le site pub d’Ethos pour la Journée Mondiale de l’Eau.
Ethos Water chez Wikipedia.
Un site sur entre autres la Distillation Solaire.
Thèmes
Les industriels ont pour cible des clients solvables sur de gros projets, de dessalinisation notamment, financés sur fonds nationaux ou internationaux. Les solutions, comme celle de Watercone, ne les intéressent pas. Et pourtant ! Ce procédé tout simple permettrait d’éviter en partie la mort chaque année de quelques 2 millions d’enfants (diarrhées pour avoir bu de l’eau saumâtre ou polluée). Le problème est le même pour la récupération de l’humidité dans l’air en zone aride ou pour la récupération de rosée. S’il existe des solutions simples et fiables (le procédé de l’OPUR par exemple), il n’y a en revanche aucun financement de la part d’entreprises. Pas même en sponsoring. Ne pas donner l’accès à l’eau, partout où le besoin existe, c’est se condamner à voir des millions de personnes affluer vers des bidonvilles.










