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Environnement : les Marseillais sont-ils mal élevés ?

Article publié le 19 mars 2008

Avec un budget annuel de 175 millions d’€ consacré à la propreté, l’agglomération marseillaise fait figure de bon élève. C’est proportionnellement plus que Barcelone. Pourtant sur le terrain, les effets se remarquent peu. De l’avis général, Marseille reste une ville sale. Alors comment expliquer ce paradoxe ? Faut-il accuser la municipalité ? Ou bien rejeter la faute sur les Marseillais ? Un débat agité, à l’approche des élections municipales ...

Environnement : les Marseillais sont-ils mal élevés ?

Depuis quelques temps, Marseille paraît étrangement propre. Les nettoyeuses sillonnent régulièrement les rues, relayées au besoin par une escouade de cantonniers. Les poubelles se multiplient. Une tous les cinquante mètres, le long de la canebière ou sur la rue de la République. De grands panneaux ont aussi été installés en centre-ville pour rappeler aux passants quelques gestes élémentaires de civilité, comme ne pas jeter de papiers par terre ou ramasser les crottes de son chien.

Si cet élan de bonne volonté semble plaire à tout le monde, il ne manque pas d’en étonner certains. Florianne, 27 ans, résidente à Noailles depuis 5 ans, avoue (un rien cynique) n’avoir jamais remarqué ces affiches avant et espère que ce ne soit pas juste « un coup de com’ » avant les élections. Gérard, retraité de 73 ans, s’inquiète surtout de savoir qui va payer toutes les heures supplémentaires.

Les marseillais, indisciplinés ?

De son côté, la municipalité n’y voit que la continuité de la politique volontariste du maire, Jean-Claude Gaudin. Et rappelle qu’ en 2006, la Communauté Urbaine a dépensé 175 millions d’euros pour assurer la propreté de son territoire. « Un investissement proportionnellement plus important qu’à Barcelone », précise-t-elle. Mais, consciente des progrès à réaliser sur le terrain, en appelle aussi à la responsabilité de ses concitoyens. Un effort partagé qu’elle résume par un seul mot d’ordre : « Mieux nettoyer et moins salir ».

Sur ce point, les chiffres trahissent, il est vrai, les mauvaises habitudes des Marseillais. Sur l’année 2006, la Communauté Urbaine a collecté plus de 400 000 tonnes de déchets ménagers pour une population totale de près d’1 million habitants. Ce qui fait environ 400 kgs d’ordures par an et par personne, alors que la moyenne nationale n’est que de 370 kgs.

Un mal typiquement méditerranéen, pense-t-on. Mais comment expliquer alors que la Communauté voisine d’Aix en Provence affiche une bien meilleure réussite avec une moyenne de seulement 385 kgs ? L’excuse, souvent avancée par les politiques pour se décharger du problème, ne tient pas.

Le candidat socialiste à l’élection municipale et président du Conseil Général des Bouches-du-Rhône, Jean-Noël Guérini, assure pouvoir régler l’affaire en moins de six mois. La solution, selon-lui : mettre fin au système du « fini-parti ». Une originalité marseillaise. Ce principe, instauré sous la législature de Gaston Defferre dans les années 50, autorise les agents de nettoiement de la ville à quitter leur poste une fois leur tournée effectuée. Ce qui encourage le travail bâclé. Si la promesse, avancée par l’opposition, pourrait sans doute améliorer le l’efficacité du nettoyage, elle ne changera pas le comportement des Marseillais.

Surtout des effets d’annonce

Pourquoi, dans une bataille à laquelle tout le monde semble vouloir prendre part, renvoyer sans cesse dos à dos citoyens et pouvoirs publics ? Reconnaissant la nécessité d’une réflexion partagée, la municipalité a ouvert en novembre 2006 une concertation générale réunissant professionnels, milieu associatif et institutions publiques. Un travail collectif qui a permis d’instaurer, en avril 2007, une « Charte de la propreté », édictant des engagements clairs de la part de toutes les parties.

Près d’un an après sa signature, les progrès restent limités. L’association « Acteurs et citoyens à Marseille », associée au débat, regrette le manque de continuité dans l’action. Elle dit n’avoir jamais été sollicitée par la municipalité pour faire partie des comités de suivi, chargés de vérifier la bonne application de la charte. Pourtant, les réclamations de ses membres, tous habitants de longue date du centre-ville, ne manquent pas. « Nettoyage grossier et mal organisé », « manque de formation des agents », « indifférence des commerçants, surtout des cafés-restaurants », « gaspillages d’eau », « information quasi-inexistante », …

Et quand son président, Dominique Lienhart, s’invite aux réunions des comités, il remarque, là encore, le cafouillage de la mairie. « Je n’ai pas pu avoir d’informations précises sur le nombre de procès-verbaux dressés depuis la mise en application de la charte », explique-t-il. « L’éducation malheureusement ne suffit pas. Alors il faut bien, à un moment, faire respecter les règles ».

Finalement, tout se passe ici comme si chacun semblait se satisfaire de la situation. Une sorte d’échange d’intérêts entre politiques, syndicats et commerçants. Mais la population, pour qui la propreté est aujourd’hui la principale préoccupation, en décidera-t-elle autrement ? Réponse le 9 mars, pour le premier tour des élections municipales …

Jérôme MESSINA

Correspondant Naturavox à Marseille

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