Article publié le 5 mars 2008
Lors d’une discussion récente j’évoquais le manque d’eau potable, ou au moins utilisable pour l’agriculture comme facteur majeur de troubles. Ma source principale d’information étant le livre La guerre de l’eau de Vandana Shiva.
On m’a rétorqué que les technologies de dessalement (ou dessalage, qui est un processus permettant de retirer le sel de l’eau salée pour la rendre potable ou l’utiliser pour l’irrigation) fourniraient (notez le subjonctif) des quantités illimitées d’eau. Face à ce genre d’argument, j’arrête généralement la conversation, à moins que je dispose de quelques heures pour expliquer qu’il faut beaucoup d’énergie pour cette opération, que l’énergie devient denrée rare et que les pays qui ont besoin d’eau ne sont pas nécessairement au bord de la mer.
Grâce au blog de Sharon Astyk je dispose maintenant de l’argument-qui-tue : l’Arabie saoudite cesse de produire du blé par manque d’eau.
La source de la nouvelle est le Financial Times.
Cette décision représente un changement de direction majeur de l’administration saoudienne qui a lancé un programme de développement agricole dans les années 70 pour devenir auto-suffisante.
Partant d’une production de 3000 tonnes de blé en 1970, l’Arabie est devenue exportatrice et en 1991 la production à atteint 3.8 millions de tonnes.
La demande en eau a augmenté rapidement à cause d’une part un accroissement de la population qui est passée de 7 millions en 1974 à environ 24 millions et d’autre part un boom économique et industriel.
Le pays n’a pas de rivières ou de lacs permanents et peu de pluie. Le gouvernement a donc construit des barrages pour capter les eaux saisonnières, des dizaines de milliers de puits profonds et 27 usines de dessalement.
Nous avons donc là un pays riche, proche de deux mers et disposant de ressources pétrolières(quasiment illimitées disent-ils) qui n’est plus capable de produire assez d’eau pour son autonomie alimentaire. Que ceux qui croient à la toute puissance de la technologie pour résoudre nos problèmes ruminent là-dessus.
Les saoudiens n’ayant pas donné d’explications à cette décision, on peut bien sûr faire quelques suppositions. Mon avis est que le dessalement est bien trop coûteux en énergie, que la culture artificielle au milieu du désert est bien trop coûteuse en intrants et qu’enfin ils ont quelques problèmes pour maintenir le production de brut. Mais je laisse à d’autres le soin de conjecturer là-dessus.
Merci de cette information ...qui me retourne ! Un cultivateur du nord de la France vient ici nous installer un dispositif qui fonctionne sur tous les moteurs afin de diminuer la consommation, diminuer la pollution car presque tout brule et surprise ...allonger la durée de vie des moteurs de voitures aussi bien en Australie,qu’au Canada ...au Niger ...il est peut-être temps de comprendre que les ingénieurs sont dans des impasses et que des particuliers deviennent ingénieux car loin de toute instruction scolaire !
Il existe des solutions qui consistent à récupérer l’humidité de l’air (humidité, brouillard, rosée). Ce n’est pas une alternative au dessalement qui permet de traiter de très gros volumes, mais plutôt un complément pour approvisionner des familles dans des zones où il est impossible de créer des réseaux de distribution.
Malheureusement ces solutions sont encore à l’état embryonnaire. Elles intéressent peu l’industrie parce qu’elles déboucheraient sur l’obligation de produire en masse des produits de faible valeur : récupérateurs fonctionnant à l’énergie solaire ou éolienne. Elles s’adressent surtout à des personnes sans réel pouvoir d’achat dans les zones arides.
C’est surtout que ça irait à l’encontre de marchés bien plus lucratifs ET que ça irait à l’encontre de la dépendance au système : toute action donnant plus d’autonomie est bannie d’une logique industrielle, c’est aussi simple que cela.
La récupération d’eau de rosée se fait très bien, avec un coût très faible et une durabilité très grande : pas intéressant de proposer un produit dans ces conditions. Les gouvernements sont accros aux augmentations de PIB (TVA = 44% des recettes de l’état, directement fonction de l’activité économique) donc n’iront jamais à contre sens des industriels (sauf à avoir une conscience, mais je doute qu’ils en aient encore le jour où ils candidatent).
Donc seuls les gens qui se prennent en charge les réaliseront. (parfois c’est des ONG qui le font d’ailleurs, comme le cas en Inde de récupération d’eau de pluie/rosée qui a redonné vie à toute une région)
Le couplage solaire à concentration / désalinisation a un potentiel formidable.
Voir à ce sujet le rapport AQUA-CSP de la DLR allemande (équivalent du CNES en France) :
Il existe surement plein de solutions à fort potentiel...
Le test ultime c’est quand-même l’utilisation "pour de vrai".
Faut croire que les saoudiens n’ont rien trouvé de vraiment intéressant pour régler leur problème d’eau, et qu’ils n’ont même pas de rosée...
Tout à fait, et nous sommes complètement dans le domaine du réel avec le couplage CSP/désalinisation.
Avez-vous pris connaissance du rapport AQUA-CSP ? > http://www.dlr.de/tt/desktopdefault...
L’énergie produite par une centrale solaire CSP de 1km2 est suffisante pour produire 165 000 m3 d’eau douce par jour en moyenne annuelle (désalinisation). Ceci à un coût de 2 euros le mètre cube aujourd’hui et de 0,5 euros à partir de 2020.










