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De l'économie de marché à l'économie du vivant

Article publié le 14 avril 2008

De l'économie de marché à l'économie du vivant

La fin de la pêche au thon rouge

En 2007, la commission européenne a décidé l’interdiction d’urgence de la pêche du thon rouge en Méditerranée et en Atlantique, à la grande satisfaction des organisations non gouvernementales de protection de la nature et au grand dam prévisible des pêcheurs qui ont crié à la manipulation et à la condamnation de leur métier. La pêche industrielle, la demande croissante et la pression économique nous ont rendu sourds et aveugles et ont eu raison de ce noble et dur métier. Nous avions probablement oublié qu’il s’agit là de l’une des dernières activités de cueillette de notre société développée. La cueillette consiste à prélever des ressources naturelles au sein de son écosystème pour satisfaire ses besoins. Hors la satisfaction de nos « besoins » d’hier en thon rouge a compromis la capacité des générations actuelles à satisfaire les leurs. C’est précisément la définition du développement durable. Les signaux alarmistes étaient connus, la pression sur les stocks n’en demeurait pas moins considérable. Mais comment réguler cette pression lorsque l’on considère que l’avenir de toute une population en dépend  ? La question est éminemment politique, les négociations à Bruxelles sur les quotas de pêche en sont l’illustration. Mais les faits sont là, les stocks de thon rouge sont devenus insuffisants pour garantir leur pérennité, leur pêche est désormais interdite, fermez le ban ! Cette problématique nous invite à nous interroger de façon plus large aux questions liées à l’exploitation des ressources finies et de leur régulation. Il n’existe à ce jour que deux méthodes pour réguler un marché dont les ressources sont finies : le prix et les quotas.

Economie de marché ou économie de quotas  ?

Le marché, le libéralisme en général permet de garantir une gestion des stocks par les prix. Un stock finissant verra son prix s’envoler, limitant par extension la demande du produit. Ceci implique une réelle transparence sur l’état des stocks, premier obstacle à une gestion libérale et transparente des ressources. L’exemple du pétrole est édifiant, sachant que les sources d’information sur l’état des stocks proviennent des pays producteurs ou des compagnies pétrolières dont la valeur dépend directement de l’état des réserves, on peut légitimement s’interroger sur ladite transparence. Par ailleurs, si le marché permet d’assurer une liberté individuelle et une gestion des stocks par les prix, les conséquences sociales peuvent être insoutenables. Qu’adviendra t-il des pays en voie de développement si le coût du pétrole était réellement corrélé à l’état d’un stock finissant ? Plus proches de nous, les populations défavorisées déjà repoussées loin des centres villes se verraient doublement pénalisées par le prix croissant de la mobilité pour rejoindre leur lieu de travail.
Le système des quotas en revanche, gère l’état des ressources en planifiant la pression que nous exerçons sur elles, indépendamment des notions de coûts. Une politique de quotas implique une augmentation des réglementations, une gestion scientifique des ressources avec une prééminence des experts. Il s’agit d’un modèle difficilement compatible avec l’économie de marché, le résultat étant par définition liberticide. Imposer des quotas, c’est réglementer une production, une consommation, c’est parfois interdire. Il est très difficile pour une économie ouverte d’imposer ces principes au nom de la liberté individuelle. La politique européenne d’allocation de quotas a même vu son principe amendé pour devenir un « marché » du carbone ! Au niveau local, des actions de réglementations par les quotas voient cependant le jour. Les taxes de « congestion », qui limitent l’accès aux villes aux véhicules en sont un exemple. Il s’agit de limiter l’accès des villes aux véhicules par l’instauration de péages, ironie de l’histoire, nous revenons aux pratiques de l’octroie du Moyen Age ! Si l’objectif initial de ces « taxes de congestion » est de limiter les embouteillages urbains, c’est aussi moyen de contrôler la qualité de l’air de nos villes, aujourd’hui meilleur qu’il y a quelques années (le fameux smog londonien). C’est aussi considérer l’air de nos villes comme un espace fermé, sur lequel une politique de quotas a un réel impact environnemental. Si on passe du local (la ville) au global (la planète), on peut considérer l’air comme une ressource infinie évoluant dans un milieu fermé  : l’atmosphère. Comment s’appliquerait une politique de quotas sur les émissions de gaz à effet de serre au niveau planétaire pour le secteur du transport ?

Les quotas, jusqu’où ?

En matière d’émissions de gaz à effet de serre du secteur du transport (aérien et terrestre), la question n’est pas de connaître leur proportion relative mais la quantité des rejets et leurs évolutions, hors ces émissions ont augmenté de 23% entre 1990 et 2004 (source IFEN). Autrement dit, 10 véhicules émettant 100 gr de CO2 par km polluent plus que deux véhicules à 250 gr. Le développement des voitures et vols « low cost » démontrent pourtant que l’avenir des émissions de gaz à effet de serre dans ce secteur est loin de trouver une quelconque modération. De la même manière que le prélèvement de la ressource halieutique trouve ses limites face à la réalité des stocks, les émissions de CO2 se confrontent au caractère fini de l’atmosphère. On pourrait donc imaginer une réglementation de la mobilité (terrestre et aérienne) avec un nombre de km défini par individu et par an, de la même manière que les pêcheurs se partagent les stocks disponibles. Bien sûr, ceci n’est pas à l’ordre du jour : « on ne va tout de même pas cessez de se déplacer ! ». Soit, mais nos pêcheurs de thon rouge aussi n’ont jamais cru devoir un jour cesser leurs activités.

Vers un nouveau modèle économique ?

Après l’échec du modèle socialiste, dû notamment au caractère liberticide du collectivisme, le modèle libéral se heurte au problème de la gestion de l’environnement : nous ne pouvons disposer librement de ressources limitées. Cette révolution imposée ne se fera pas sans mal car plus les enjeux sont grands, plus la tentation du déni est importante. Mais en considérant l’environnement de façon inclusive et globale et non spécifiquement au service de l’homme, en appréhendant le caractère fini des ressources dans nos modèles économiques, en optimisant notre créativité collective, nous parviendrons probablement à inventer un nouveau modèle de développement plus humain, plus soutenable et plus équitable.

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