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Au "village durable", les communicants sont rois

Article publié le 10 avril 2008

Pour cette 6ème édition de la « Semaine du Développement Durable », le Ministère de l’Ecologie a installé, au jardin des Plantes à Paris, un village durable. Le but : convaincre les visiteurs de changer leurs habitudes de consommation. Un impératif essentiel pour crédibiliser la démarche du Grenelle qui tourne parfois à la surenchère.

Au "village durable", les communicants sont rois

Un chapiteau blanc s’est installé le temps d’un week-end dans un recoin du Jardin des Plantes à Paris. En ce vendredi ensoleillé, les passants sont nombreux dans les allées du parc. Les banderoles « Village du développement durable » aux abords du site, attirent les curieux. « On se promenait. On a vu qu’il y avait du monde alors on s’est arrêté », explique un jeune couple.

A l’intérieur, l’atmosphère est étouffante. Plus de 30 degrés. Si l’effet de serre est sans doute involontaire, au moins a-t-il un intérêt pédagogique. Coincés sous une bâche transparente, les visiteurs peuvent apprécier véritablement les conséquences annoncées du changement climatique. Une mise en condition idéale avant de démarrer la visite.

Cette année, les circonstances sont « évidemment un peu particulières », comme le reconnaît Jean-Louis Borloo dans le dossier de presse consacré à l’évènement. Quelques mois après le Grenelle de l’Environnement, alors que l’opinion s’impatiente, cette « Semaine du Développement Durable » offre l’occasion au gouvernement de reprendre la main. Dès l’entrée, le décor est planté. Des panneaux d’information partout, des brochures explicatives à foison, un personnel d’accueil omniprésent, … Le but : faire de la pédagogie. Il faut, selon les mots de Jean-Louis Borloo, « expliquer aux Français que le développement durable est source de qualité de vie, de bien-être, de croissance et de pouvoir d’achat ».

Et pour en convaincre, les organisateurs et partenaires de l’évènement n’ont pas lésiné sur les moyens. Comme cette opération d’Ikea qui propose de remplacer chaque ampoule à incandescence usagée par trois ampoules basse consommation. Une action généreuse, certes, mais loin d’être désintéressée. En feuilletant le dossier de presse, on apprend ainsi que le groupe suédois s’est engagé à ne plus commercialiser d’ampoules à incandescence d’ici 2010. Voilà une manière judicieuse de préparer le terrain (ou plutôt le marché).

Car il ne faut pas croire que, ce que l’on nous présente souvent comme des démarches responsables, ne soit simplement guidé que par une pensée altruiste. C’est bien là d’ailleurs la limite de l’exercice. Dans ce grand déballage de bons sentiments, chacun s’efforce finalement de préserver ses intérêts. Et le mélange des genres, auquel se prête ce type d’opétaion, souffre involontairement de ses propres contradictions.

Exemple : quand les Amap, qui défendent une relation directe entre les agriculteurs et les clients, animent un stand avec le groupe Monoprix, une des principales enseignes de la grande distribution en France. Ou quand l’Ademe, qui encourage les économies d’énergie, s’affiche aux côtés de Gaz de France, qui produit et vend l’énergie que nous sommes censés économiser.

Mais évidemment, en ces jours de grande mobilisation, la question n’est pas là. C’est au citoyen à qui l’on s’adresse et à personne d’autre.

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