Article publié le 1er juillet 2008
Le festival "Brésils en mouvement" a consacré le 3 juin dernier une soirée aux agro-carburants, sous le titre "Les agros-carburants : énergie du désespoir ?". Voici un compte-rendu des documentaires proposés et des débats.
Les agro-carburants sont un sujet qui divisent les opinions, tant au
Nord qu’au Sud. En ce qui concerne le Brésil, les organisateurs du
festival ont fort justement initié la soirée par un film sur les travailleurs de la canne à sucre, puisqu’au Brésil l’éthanol issu de la
canne à sucre est le principal agro-carburant, loin devant les autres
tant en termes de production que d’antériorité. Dès les années 1970, le
programme Proalcool du gouvernement militaire réagissait au choc
pétrolier en encourageant cette forme d’énergie et de carburant.
Aujourd’hui près de 40% des automobiles roulent avec un mélange plus ou
moins fortement dosé d’éthanol.
Le film "Migrants"
de Beto Novaes nous rappelle avec dignité et sobrieté dans le propos
les conditions de vie très difficile des coupeurs de canne au Brésil.
Près d’un million de travailleurs sont ainsi payés à la tâche, et
doivent s’épuiser pour couper de 8 à 10 tonnes de canne dans la
journée, parfois sous un soleil de plomb, et souvent sans protection
aux mains ni parfois aux pieds. Les travailleurs du Nordeste ont des
paies tellement dérisoires qu’ils choisissent souvent d’émigrer dans la
saison basse de la coupe dans cette région, pour s’épuiser encore à
contre-saison dans les plantations du Sud, plus modernes et industrialisées
techniquement, mais où les salaires sont similaires. Lorsqu’on
bénéficie d’une main d’œuvre bon marché, pourquoi la gâcher ? Ce qui
ressort de ce portrait d’hommes et des femmes, travailleurs ou au foyer
(ce qui est aussi un rude travail), c’est une grande dignité, et
l’absence d’autres options de vie, mais aussi l’espérance que leurs
enfants pourront échapper à ce travail de misère.
C’est donc sur cette base sociale que s’est édifiée depuis une trentaine
d’années une industrie de l’éthanol au Brésil, plaçant ce pays en
pionnier des agro-carburants. Il est vrai que si le caractère
écologique de ces carburants est assez largement contesté (dont
l’abandon volontaire du thème biocarburants pour celui plus objectif
d’agrocarburants dans ce blog), l’éthanol de canne à sucre est encore
celui dont le rendement écologique est le plus élevé. Le second film "Du Sucre et des Fleurs dans nos Moteurs",
de JM Rodrigo, qui relève d’une enquête mondiale sur les
agrocarburants, montre en effet que ceux issus de la betterave
européenne ne doivent leur rentabilité qu’aux subventions de la
Politique Agricole Commune. Mais ce sont celles-ci qui ont permis aux
coopératives regroupées dans le groupe Tereos d’acheter des plantations
et une usine moderne d’éthanol au Brésil. Si les conditions de travail
restent rudimentaires, le représentant de Tereos souligne que l’éthanol ne
représente que 2% de la production de sucre. Le film survole également
la situation à l’Ile Maurice, où le tissu social de la production
sucrière est très différent. Des planteurs français s’investissent là
aussi dans la production de l’éthanol...
Le débat qui a suivi ces projections s’est avéré tout à fait
intéressant, car il relevait le caractère complexe des sujets traités.
Une partie de la table insistait sur les dangers sociaux et
environnementaux la production d’agro-carburants. Il est sûr que
l’industrie de la canne à sucre reste une industrie de main d’œuvre où
règne la surexploitation. Pour certains, le boom des agro-carburants ne
peut que déplacer par ricochet la production et empiéter un peu plus
sur l’Amazonie. Les participants brésiliens, un expert technique de
l’ambassade du Brésil fraîchement arrivé, et André Pereira, chercheur
au CIRED, soulignent la complexité des questions en jeu au Brésil, et
l’opportunité que représente malgré tout la canne à sucre pour la
population du Nordeste. Si la mécanisation de la coupe au Sud
s’étendait, des centaines de milliers d’ouvriers pourraient perdre leur
emploi, sans qu’une reconversion soit garantie. Le représentant de
Greenpeace insistait lieu sur les spécificités du milieu du cerrado, au Nordeste,
et sur les impacts précis sur la biodiversité. La canne à sucre
générerait 17 ans de dette carbone sur ce milieu, contre 120 années
pour l’huile de palme en Indonésie. Mais dette tout de même...
Alain Liepietz expliqua lui que l’Union Européenne a fixé des objectifs
de 5,75% d’agrocarburants en 2010, mais la France notamment voudrait se
fixer des objectifs plus élevés. Ces derniers sont contestés notamment
par les Verts. Alain Liepetz aimerait qu’on parle des opportunités de
bio-énergies et non pas seulement de biocarburants, et incite la
population à la sobriété alimentaire, notamment par rapport à la
consommation de viande. Un participant dans la salle croyait lui au
miracle de la multiplication de l’énergie par le cupuaçu, noix de coco
miraculeuse. Mais le modérateur journaliste Patrick Piro rappela alors
que ce genre de solution miracle était régulièrement mise en avant,
mais qu’elle oubliait non moins régulièrement les réalités
sociaux-économiques dans lesquels elle se situait.
En bref, une soirée intéressante, pour un débat inachevé. Voici quelques références en guise de conclusion.
- Un article sur les enjeux des agro-carburants.
- Une campagne d’ONGs contre les agro-carburants
- Au Brésil, le Mouvement des Sans Terre aussi s’y oppose
- Un site présentant les avantages des "biocarburants"
- Un communiqué de FIAN (Food First)
lien image : http://images.google.fr...
pour une fois on a une opinion autre que bien / pas-bien ; de même on reste dans la réalité...
pour ce qui est du boom des agrocarburant il n’est rien face à l’augmentation des besoins de la population mondiale en sucre ; demande absorbé en très grande partie par les augmentation de production du Brésil.
le seul avantage que l’on pourrai trouvé au agrocarburant (autre que le pris a la pompe) serai qu’il obligerai certain pays d’Afrique à sortire de cet assistanat alimentaire quasi permanent (fin du blée à prix cassé en provenance des USA). Ce qui permettrait un développement rapide de culture vivrière.
cordialement
Un dossier complémentaire sur le site du Réseau Action Climat : http://www.rac-f.org (cliquez "agrocarburants")
Le film de Jean-Michel Rodrigo n’est pas un film sur les agrocarburants, mais sur le sucre et encore moins une enquête. Dans une enquête on essaye de montrer tous les aspects d’un problème.
Sur 50 minutes que dure le film on voit pendant 40 minutes des industriels qui vantent leur produit : l’éthanol de betteraves en France et l’éthanol de canne à sucre au Brésil. On nous explique même que les ouvriers dans les plantations de canne à sucre "ont un repas chaud par jour".
Tous les poncifs éculés sur les agrocarburants sont prononcés mais jamais on ne voit une victime des agrocarburants ou un écosystème détruit.
A fortement déconseiller pour les gens qui veulent s’informer sur le sujets.
MH
Bonjour, je partage votre avis sur ce film. Peut-être préféreriez-vous celui que je viens moi-même de faire ! "Réservoirs pleins, assiettes vides" www.reservoirs-pleins-assiet... Amicalement Monique
Bonjour, je partage votre avis sur ce film. Peut-être préféreriez-vous celui que je viens moi-même de faire ! "Réservoirs pleins, assiettes vides" www.reservoirs-pleins-assiet... Amicalement Monique
MH, Cet article parle de plusieurs films, et d’une soirée de débat qui avait bien pour thème les agrocarburants. Il faut reconnaître qu’on y parlait surtout du sucre, et de l’éthanol, qui est bien un agrocarburant. Par ailleurs, le film de Rodrigo est plus nuancé que ne vous le dites. Cordialement, Pierre
Bonjour, je partage (en gros) votre avis sur ce film. Peut-être préféreriez-vous celui que je viens moi-même de faire ! "Réservoirs pleins, assiettes vides" www.reservoirs-pleins-assiet... Amicalement Monique










