Article publié le 1er septembre 2008
Le problème de l’effet de serre, c’est qu’il s’accélère naturellement, si l’on n’y prend garde. En faisant fondre les glaces, il réduit la capacité de la planète à réfléchir une partie des rayons du soleil ; en réchauffant des sols gelés depuis des lustres, il remet en circulation d’énormes quantités de méthane, piégé dans ces sols et soudain libérés. Nous avons vu que la dégradation des milieux marins[1],tels que les coraux ou les mangroves, en partie due au réchauffement, diminuait la capacité des océans à capter le CO2.
Les scientifiques observent aujourd’hui une saturation. Les océans absorbent un quart des émissions de gaz à effet de serre, dont une bonne partie par les mers australes dont la capacité d’abortion n’augmente plus, du fait des modifications du régime des vents. Les vents plus violents remontent en surface des eaux profondes, plus froides et plus salées, donc plus denses et moins favorables à l’absorption de gaz carbonique.
La piste des océans, pour lutter contre le réchauffement climatique, est donc est donc insuffisante, et ne donnera de résultats que si nous parvenons à rétablir la qualité des milieux marins. C’est bien embêtant, car les mers pèsent lourd dans les bilans. Nous savons tous qu’elles couvrent des surfaces bien plus importantes que les terres, et qu’elles abritent une végétation considérable sous forme de phytoplancton.
Les chiffres sont éloquents : où se trouve le carbone sur notre planète Terre ? Pardon de parler en milliards de tonnes, et ne retenez que les ordres de grandeur. Il n’y en a en définitive que très peu dans l’atmosphère : 750, alors qu’il y en a 39 000 dans l’hydrosphère. Une augmentation infime de la dose de carbone dans les océans a un effet massif pour l’atmosphère. Pas de chance, ça ne fonctionne plus pour l’instant.
Il faut y remédier, mais ça prend du temps, et il faut se tourner vers d’autres pistes, terrestres, celles-ci. La situation est moins favorable, car la biosphère, sols et végétations, ne contient que 2000 milliards de tonnes de carbone, nous ne sommes plus du tout dans les ordres de grandeur qu’offrent les océans. Le reste du carbone se situe dans les roches, la lithosphère pour les savants. En quantités astronomiques puisqu’il s’agit de 37 000 000 de milliards de tonnes, dont 7 000 000 sous formes de roches carbonées (pétrole, charbon) et 30 000 000 sous formes de roches carbonatées, essentiellement du calcaire[2].
L’équation est donc posée : puisque les océans ne peuvent absorber plus, que les roches vivent à une vitesse géologique et que l’activité humaine provoque plus de déstockage massif que du stockage, il reste la terre et ce qui pousse dessus pour stocker du carbone. On pense alors aux grands arbres, à la végétation : la déforestation, en diminuant leur capacité de stockage accentue l’effet de serre, alors que les plantations le diminuent, avec notamment de grands programmes, des puits de carbone. Il y a là à l’évidence une politique active à mener, mais la végétation ne représente qu’un petit tiers du carbone lié à la terre, l’essentiel est dans la terre, sous forme de matière organique. Au total, il y a plus de carbone à l’intérieur des sols qu’au dessus, végétaux et air réunis. Voilà donc une piste de travail à approfondir, et c’est ce que fait la FAO[3].Cette organisation vient de
publier
une Carte mondiale du carbone où sont identifiés les zones qui
emprisonnent le plus de carbone dans le sol et le potentiel des sols
dégradés à séquestrer des milliards de tonnes de carbone
supplémentaires. La terre
devient ainsi un des réservoirs de carbone à développer activement.
Elle doit non seulement nous nourrir, nous fournir de l’énergie et des
matières premières, elle doit aussi stocker du carbone. Il faut pour
cela la protéger, et lutter fermement contre l’érosion et
l’artificialisation des sols. Et il faut la cultiver en tâchant
d’augmenter en continu sa capacité de stockage de carbone. Jusqu’à
présent, la lutte contre l’effet de serre évoquait principalement les
végétaux, aujourd’hui, il faut aussi penser au sol lui-même, entant que
piège à carbone, un peu l’inverse de ce qui se passe avec le dégel des
sols. C’est
un nouveau contrat à passer avec les agriculteurs. L’INRA vient de
publier une étude comparative de plusieurs modes de production,
traitant des aspects environnementaux comme de la question des revenus.
La hausse des cours des produits agricoles favorise les modes
intensifs, mais les modes biologiques ou sous couvert végétal respectent bien mieux les sols. La
motion de synthèse[4]
consiste
bien sûr à rémunérer les agriculteurs pour leur apport à
l’environnement, comme la qualité des eaux et le stockage de carbone.
La terre nourricière est aussi régulatrice de notre climat.
Prochaine chronique : Champignon
BE Allemagne 384 >> 7/05/2008 >> Sommaire
Environnement/Climat Des prévisions climatiques fines laissent présager un ralentissement du changement climatique pour les prochaines années
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Des variations climatiques naturelles pourraient, au cours des 10 prochaines années, atténuer la tendance du climat à se réchauffer sur le long terme. C’est le résultat auquel sont parvenus des chercheurs de l’Institut Leibniz de sciences marines (IFM-GEOMAR) et de l’Institut Max Planck (MPI) de météorologie de Hambourg, à l’aide de prévisions sur modèles climatiques.
Les calculs effectués jusqu’ici sur le changement climatique, tels que ceux publiés dans le dernier rapport du GIEC (2007), ont été réalisés sous l’hypothèse de certaines évolutions des teneurs atmosphériques en gaz à effet de serre. Cette stratégie est pertinente, tant qu’il s’agit de déterminer des évolutions du climat à long terme, c’est-à-dire jusqu’à la fin de ce siècle. En revanche, pour prévoir les évolutions à plus court terme, pour les prochaines années, les modèles doivent aussi intégrer des informations sur les variations naturelles du climat, en particulier les variations des courants marins.
Jusqu’ici, le manque de mesures dans ce domaine empêchait de réaliser ces prévisions à court terme. Les scientifiques de l’IGM-GEOMAR et du MPI de Hambourg ont mis au point une nouvelle méthode qui permet de déduire les courants marins grâce aux températures de surface des océans, les températures étant des données qui sont bien connues pour les cinquante dernières années. Grâce à la connaissance de ces variations des courants, il est possible de pronostiquer, à l’aide des modèles climatiques, les variations naturelles du climat à court terme, qui se superposent au réchauffement anthropique à long terme. Les prévisions ainsi obtenues laissent envisager que le réchauffement global va quelque peu s’atténuer.
Comme l’explique le Dr. Noel Keenlyside (IFM-GEOMAR), l’intégration des données de températures marines a déjà été utilisée avec succès pour les prévisions décennales, comme celle d’El-Niño. Les températures marines influencent les vents et les échanges de chaleur entre l’océan et l’atmosphère, et ces deux facteurs jouent eux-mêmes sur les courants marins. Selon le Dr. Keenlyside, "les résultats sont très encourageants et montrent qu’il est possible, au moins pour quelques régions du globe, de prévoir les évolutions naturelles du climat à l’échelle de la décade. C’est le cas pour l’Europe et l’Amérique du Nord, qui subissent l’influence des variations naturelles en Atlantique nord ou dans la zone tropicale du Pacifique".
Le Prof. Mojib Latif de l’IFM-GEOMAR précise : "Pour éviter tout malentendu : nous ne postulons pas que le changement climatique dû à l’homme ne sera pas aussi grave que redouté. La tendance générale au réchauffement est seulement couverte par une oscillation de période longue, ce qui pourrait conduire dans les prochaines années à une faible augmentation de la température considérée en valeur nette." Et son collègue, le Dr. Johann Jungclaus du MPI énonce : "C’est comme si vous vous rendiez de la côte à un haut massif montagneux en traversant constamment les montagnes des contreforts et des vallées, avant d’arriver au sommet. Au plus tard dans quelques années, lorsque les tendances des deux phénomènes s’ajouteront, les températures augmenteront de nouveau plus fortement".
"Avec de telles prévisions, vous n’allons certes pas prédire s’il y aura de la neige à Noël en 2012 en Allemagne du Nord, nous pouvons cependant déjà déterminer une tendance en estimant si certaines décades seront plus chaudes ou plus froides que la moyenne, à condition que les prévisions ne soient pas remises en cause par d’autres effets imprévisibles, comme des éruptions volcaniques, par exemple", résume le Prof. Latif.
- Prof. Dr. Mojib Latif - IFM-GEOMAR, Kiel - tél : +49 431 600 4050 - email : mlatif@ifm-geomar.de
Article original : Keenlyside, N. S., M. Latif, J. Jungclaus, L. Kornblueh, and E. Roeckner, 2008 : Advancing Decadal-Scale Climate Prediction in the North Atlantic Sector. Nature, 453, 84-88.
Code brève
ADIT : 54527
Source :
- Communiqué de presse de l’IFM-GEOMAR - 30/04/2008
Süddeutsche Zeitung - 02/05/2008
Rédacteur : Claire Nicolas, claire.nicolas@diplomatie.gouv.fr
Origine : BE Allemagne numéro 384 (7/05/2008) - Ambassade de France en Allemagne / ADIT - http://www.bulletins-electroniques....










