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Le climat sauvé par les villes ?

Article publié le 21 février 2012

Les villes sont au cœur du problème climatique. Elles produisent l’essentiel des gaz à effet de serre, mais possèdent également des marges de manœuvre extraordinaires et trop souvent ignorées. Comment expliquer sinon qu’Oslo produise 10 fois moins de gaz à effet de serre par habitant que Melbourne, malgré des niveaux de vie comparables ? Les pouvoirs publics peuvent agir sur le climat, à toutes les échelles, nationale comme européenne, y compris dans une période de pénurie des finances publiques, sans remise en cause aussi radicale des modes de vie que certains le sous entendraient.

Le climat sauvé par les villes ?

Les villes accueillent la moitié de la population mondiale mais consomment plus de 2/3 de l’énergie et produisent 4/5 des gaz à effet de serre. C’est là leur paradoxe. Car les villes ont toujours eu pour vocation de réaliser des économies d’échelle et non de gaspiller les ressources communes. L’histoire des villes, c’est l’histoire d’une humanité qui progressivement se sédentarise, se regroupe, organise sa protection et son développement. Pour cela, elle a constitué des lieux d’échanges, de commerce et de services, des lieux de rencontres religieux, culturels, sociaux. En quelque cinq mille ans, les villes ont permis d’abandonner le schéma autarcique des premières sociétés sédentaires par une division du travail de plus en plus élaborée, une organisation des solidarités, la création de services collectifs.

Qu’en est-il aujourd’hui ? Les villes sont de plus en plus engorgées, souvent gagnées par une véritable thrombose plusieurs heures par jour, polluées au point d’être déconseillées aux populations fragiles, hyper consommatrices en ressources naturelles. Bien souvent, elles ne créent plus la valeur ajoutée liée aux économies d’échelle et à la proximité des acteurs, compte tenu de l’éparpillement aléatoire des activités, des valeurs foncières exponentielles et de la difficulté à circuler. Elles demeurent certes des lieux de décision et d’échanges culturels inégalables. Mais les activités, équipements et habitations sont progressivement implantés à l’écart des villes et de leurs centres, sans coordination, à une distance en automobile qui permet de profiter des services urbains sans en subir les contraintes. C’est la cause principale de l’étalement urbain, d’un extraordinaire gâchis d’espaces naturels et d’une production exponentielle de gaz à effet de serre.

Mais le paradoxe des villes est double : non seulement elles produisent un gâchis, là où on les attendrait économes et efficaces, mais les pouvoirs publics s’en satisfont globalement, au-delà de discours convenus. A tel point que la gestion bioclimatique des villes n’est pas apparue comme incontournable parmi les multiples solutions évoquées pour freiner le changement climatique, malgré leur responsabilité majeure dans le phénomène . Quand il est question des villes, c’est pour évoquer le sort des centaines de millions d’habitants des cités côtières directement concernés par l’élévation du niveau des eaux. Avec l’espoir que des digues permettront d’attendre l’aboutissement de solutions technologiques adaptées. Mais sans s’interdire de continuer à construire.

Contre le changement climatique, on préfère organiser le stockage du carbone dans des puits (à l’instar des déchets nucléaires), miser sur d’hypothétiques nouvelles technologies énergétiques comme les combustibles décarbonés (électricité, hydrogène), solutions expérimentales, aléatoires et coûteuses. Des solutions individuelles culpabilisantes sont également diffusées, des plus sérieuses sur les économies d’énergies dans le bâti ou les voyages en avion, aux plus anecdotiques comme les douches préférées au bain, les photocopies recto verso ou l’usage des rollers en ville . Enfin, chaque jour apparaissent des solutions loufoques, comme la production en masse de phytoplanctons dans les océans, la dissipation des nuages par envoi de gaz dans la couche atmosphérique, la pose de vastes panneaux réfléchissants dans les déserts ou encore le traitement médical de la digestion des bovidés pour éviter la propagation de méthane. Les pouvoirs publics naviguent à vue, cherchant une voie médiane entre un catastrophisme raillé par les climato sceptiques et une tentation décroissante, porteuse de plus d’interrogations que de promesses.

Nous doutons de la portée réelle des différentes politiques actuelles , car non seulement elles ne sont pas ou peu mises en œuvre dans les faits, mais surtout elles ne s’attaquent pas au premier moteur du réchauffement, notre mode d’organisation dérégulé, dont les villes sont aujourd’hui au cœur. Un cœur battant mais toujours en limite de syncope, du fait du surpoids et des toxines accumulées. Comment ne pas voir un problème dans l’utilisation progressive des terres pour l’urbanisation dans la majeure partie de la planète, le plus souvent au prix de déforestation massive et d’abandon de terres agricoles ? Nous avons gardé l’esprit pionnier qui anime l’homme depuis toujours face à une nature rebelle, mais avec les moyens extraordinaires que permettent les technologies modernes. Alors que nous commençons à percevoir les limites des ressources énergétiques fossiles, dont toutes les générations actuelles auront à souffrir , l’espace naturel continue à être considéré comme la dernière frontière qui s’offre à nous. Au point que la plupart des européens se considèrent en échec s’ils n’ont pas bâti leur propre maison individuelle, si possible sur un terrain vaste et donc en grande périphérie, en l’attente de la résidence secondaire, dans le Lubéron ou le Sussex pour les plus chanceux. Quant aux entrepreneurs, artisans ou industriels, ils considèrent que leur activité doit être libérée des contingences spatiales. Pourquoi se priver d’une richesse apparemment illimitée comme l’espace ?

Face à cela, nos représentants, en déficit de légitimité dans un cycle libéral, s’avèrent le plus souvent impuissants. A défaut de pouvoir réguler en profondeur l’organisation et le développement des villes, systèmes éminemment complexes, les pouvoirs publics, affichent des ambitions, communiquent en experts, mais n’agissent qu’en surface des phénomènes, à défaut de pouvoir peser sur les déterminants. Ainsi, ils administrent, sur administrent bien souvent les villes par des normes multiples et étanches entre elles qui ne font que freiner leur adaptation, accélérer leur péremption. Sans réellement organiser les conditions d’une urbanisation raisonnée mais dynamique, sans créer toutes les synergies nécessaires entre habitations, transports, services, activités et espaces naturels, par un usage sobre des ressources et un recyclage permanent.

Or, c’est une clé essentielle du changement climatique. Il suffirait que les villes réduisent de moitié leur contribution à l’effet de serre pour que les objectifs particulièrement ambitieux fixés par l’Union européenne pour 2020 et 2050 soient largement respectés.

L’échelle européenne est la plus pertinente pour agir. Par son unité géographique et culturelle, son unité politique qui s’affirme, et son semis de villes moyennes de taille comparable, l’Europe peut produire en quelques années, sans coût extravagant, un modèle de développement de villes durables en réseau à même de relever un défi climatique qu’elle s’est lancé sans en définir à ce jour les modalités pratiques.

Pour cela, trois objectifs majeurs s’imposent : plus de sobriété dans l’usage des ressources, plus de recyclage des villes, plus de connections entre les différentes activités. Le tout pour mieux articuler tous les éléments épars des agglomérations urbaines, dans une logique d’économie circulaire et de villes en réseaux.

Nous proposons d’agir dans le même temps en cinq directions différentes :
-  Un recyclage urbain généralisé : des démolitions sans tabous, une gestion énergétique globale en réseau, des innovations technologique gérées à l’échelle des agglomérations, des acteurs publics dotés d’outils opérationnels efficients

-  La dépollution des villes : décongestion automobile, lutte contre les ilots de chaleur urbaine, nature et biodiversité en ville, des villes accueillantes pour tous

-  L’articulation des villes avec leur territoire : des relations d’échanges équilibrées et non plus prédatrices des villes avec leur région, une économie de proximité restaurée, une économie des ressources à l’échelle des régions urbaines

-  La mise en réseau des villes à l’échelle européenne : un maillage serré de villes moyennes en réseau en alternative à l’hyper consommation des hyper mégalopoles, avec création de corridors de développement coordonnés à échelle européenne

-  Le développement d’une croissance verte d’origine urbaine : prendre appui sur les formidables synergies permises par les villes, lieux d’innovation par excellence, pour construire les bases d’une croissance économe en ressources, une croissance verte qui ne soit plus simplement le « toujours plus » de l’actuel produit intérieur brut.

A ces conditions, l’Europe pourra atteindre les objectifs climatiques prométhéens qu’elle s’est fixés, à échéance 2020 pour les plus cosmétiques, à échéance 2050 pour les plus structurants, en commençant tout de suite à réorganiser ses politiques régionales, ses financements et ses normes, avec la complicité des divers pays à l’échelle nationale. Moyennant quoi elle pourra retrouver crédit, pour promouvoir auprès des pays émergents un modèle alternatif à celui qui nous a conduits à épuiser presque toutes les ressources communes, en seulement quelques générations.

Alain CLUZET Docteur en Aménagement DGS de Collectivité locale Vient de paraître : « Le climat sauvé par les villes ? » L’Harmattan 2012

Thèmes

Climat Recyclage Ville

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commentaires
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(IP:xxx.xx1.157.170) le 12 mars 2012 à 08H12

Voilà un message pas très bien illustré. La ville semble présente avec des immeubles bancals bien sûr mais surtout la terre autour est devenue stérile...A quoi bon alors ? Il n’y a plus de vie sur ces terres...nous vivons en équilibre les uns par rapport aux autres DONC nous nous condamnons si nous détruisons l’équilibre.

A quoi bon aller chercher sur le climat puisque nos politiciens nous condamnent bien avant que les conséquences de l’activité humaine sur ce climat ne soient perceptibles ?

Vous écrivez : "réorganiser ses politiques régionales, ses financements et ses normes, avec la complicité des divers pays à l’échelle nationale."...Et bien, pour la France, nous avons signé ’pour’ l’Europe contre la volonté des Français mais c’est signé...donc, l’Europe dirige notre Président de la République et son staff, qui envoient aux régions dirigées par un vrai Préfet actuel . Les préfets savent obéir et prendre des initiatives. Puis, les communautés de commune semblent être l’organisation la plus proche et la plus économe pour faire passer les messages à notre niveau.

Avec un tel exemple d’organisation dans notre pays ruiné ET qui ne sait plus se reprendre, nous pourrions de nouveau retrouver un espoir pour l’avenir de nos enfants. Je précise qu’il n’y est plus question de ministères, de préfectures, sous-préfectures, conseils général, mairie et même de nos parlementaires nationaux....’Les finances sont les finances’ semble être le message de notre administration !

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(IP:xxx.xx3.144.147) le 20 juin 2012 à 05H28

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Attentivement ce que nous espérons pour manger un peu comme beaucoup d’entre nous, en tant qu’individus, de grands efforts pour réduire les émissions de carbone personnelles, mais nous sommes une partie de notre santé et notre bien-être, ou la crise budgétaire permettra de résoudre ne feelhope affecte l’économie mondiale. Nous avons besoin d’une action collective. Gouvernement mondial, les élections ont été à venir. Nous avons un vote avant que toute politique énergétique en accordant une attention pour commencer. Nous sommes tous dans une seule table. Fait autour de ce temps il sera utilisé à bon escient.


Michael Dave @ www.master-essay.com

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par Emmanuel (IP:xxx.xx2.92.204) le 17 décembre 2012 à 22H12

Vous posez la question : "Comment expliquer sinon qu’Oslo produise 10 fois moins de gaz à effet de serre par habitant que Melbourne, malgré des niveaux de vie comparables ?" Telle que la question est posée on pourrait penser qu’un hatitant de Merbourne produit 10 fois plus de GES qu’un habitant d’Oslo. Or Oslo compte 600 000 habitants (http://fr.wikipedia.org/wiki/Oslo) et Merbourne en compte plus de 4 millions (http://en.wikipedia.org/wiki/List_o...). Donc en réalité un habitant de Melbourne ne produit que 50% de plus de GES qu’un habitant d’Oslo, ce qui est beaucoup moins catastrophiste que ce que votre texte peut laisser penser en première lecture.

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