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Un discours-réquisitoire

Article publié le 14 décembre 2007

Un discours-réquisitoire
Environnement Al Gore dénonce les blocages américains à Bali

Le prix Nobel de la Paix parie sur les élections US pour sortir de l’impasse. Avant une nouvelle alliance planétaire.

Nusa Dua (Bali)

De notre envoyé spécial

En nage, la main sur le cœur, le doigt pointé et le verbe de plus en plus puissant au fil des minutes : c’est un Al Gore aux accents churchilliens qui s’est exprimé, ce jeudi soir, au sommet des Nations unies sur les changements climatiques devant une salle comble. Plus de place disponible ? Les écrans disséminés dans le centre de conférence sont alors pris d’assaut pour boire les paroles du nouveau sage planétaire dans un silence quasi religieux.

«  Je veux vous parler en tant que personne, père et grand-père (…). Je ne suis pas un officiel et je ne suis pas lié par les convenances diplomatiques, lance-t-il au tournant de son discours. Je vais donc vous dire une vérité qui dérange : mon propre pays, les Etats-Unis, est le principal responsable de l’obstruction à tout progrès ici à Bali. (…) Vous pouvez vous sentir en colère et frustrés et vous retourner contre les Etats-Unis. Ou bien vous pouvez faire un second choix, décider de progresser et de faire tout ce qu’il y a à faire. »

« Contourner l’obstacle » des négociations sur la feuille de route qui doit guider la communauté internationale dans la lutte contre le réchauffement : tel est en substance le second choix proposé par Al Gore, si les Etats-Unis s’obstinent à refuser, d’ici vendredi soir, toute référence à une diminution chiffrée des émissions de gaz à effet de serre pour atténuer le réchauffement.

Comment ? En laissant les Etats-Unis de côté pour un temps, si nécessaire. Une hypothèse qui circulait hier soir dans les couloirs de Bali, vu l’impasse dans laquelle les négociations se trouvaient. «  Nous sommes au début d’un processus qui doit s’achever à Copenhague en 2009, note Gore. Dans les deux années qui viennent, les Etats-Unis iront là où ils ne sont pas pour le moment. » Les applaudissements fusent, il tempère : «  Il reste un an et quarante jours, sourit-il. Je ne peux pas certifier qui sera président des Etats-Unis. Mais il est clair que la majorité des candidats d’un camp (NDLR : Démocrates) ne défendent pas la même position que celle de l’autre camp (NDLR : Républicains). (…) Et si je pouvais changer la position américaine d’un claquement de doigt, je le ferais tout de suite »…

Citant sans filet Orwell, Dickens, Gandhi, des proverbes africains et divers poètes, Gore s’étonne alors, presque candide. «  Quand un enfant a une forte fièvre et que plusieurs médecins diagnostiquent la même maladie, les parents prennent leurs responsabilités et décident de le soigner. La Terre a de la fièvre, le diagnostic est infaillible et cette fièvre ne cesse de monter (…) au risque de menacer la civilisation humaine. (…) Et que font les parents…  ? » De l’humour à la gravité, Al Gore placera chaque gouvernement, chaque décideur et chaque être humain devant leurs responsabilités : «  C’est bien à notre génération à faire face à ce défi de civilisation. (…) Demain, nous devrons répondre aux questions de nos enfants sur la manière dont nous avons résolu ou non ce problème. (…) Nous sommes souvent enfermés dans l’illusion qu’il n’y a rien n’a faire. Mais c’est également à chacun d’entre nous de décider ce que l’on peut faire pour la planète et ne pas attendre que l’on nous dise ce que l’on peut faire pour elle. »

Evoquant l’Amérique qui a secouru l’Europe après la Seconde guerre mondiale, Gore contemple enfin le chemin parcouru. Et salue la liberté de cette Europe qui imprime une vision d’avenir et d’espérance à Bali. «  Les êtres humains sont reliés et nous sommes à l’aube du premier mouvement planétaire. L’opportunité de cette crise n’est pas de déployer de nouvelles technologies. Mais bien de transformer notre rapport au monde en nous inspirant de la vision d’avenir qui a émergé il y a cinquante ans au travers du plan Marshall et des Nations unies. »

Il est 8 h 30, « l’ex futur président des Etats-Unis » sort de scène après une heure d’un discours enlevé et acclamé. En coulisses, les questions « politiques » paraissent alors plus enlisées que jamais. Du côté de Washington, une réaction fuse de la Maison Blanche : «  Al Gore a tort de faire des Etats-Unis un obstacle au succès de la conférence… »

Un succès, vraiment ? La conférence de Bali jouera sans doute les prolongations jusqu’à samedi.

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commentaires
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par Kilroy (IP:xxx.xx6.63.175) le 14 décembre 2007 à 13H53

A chaque fois que je vois une intervention d’Al Gore, je ne peux m’empêcher de penser que si le système électoral US avait fonctionné correctement en 2000, le monde serait sur d’autres rails aujourd’hui.

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par merlinbreizh (IP:xxx.xx7.54.44) le 14 décembre 2007 à 18H31

Al Gore aime bien manier le ton incantatoire, l’envolée lyrique. Lors de l’annonce de son Prix Nobel, tous les prétendants démocrates ont tremblé. Tous les sondages US donnaient Al Gore largement favoris au cas où il se lancerait dans la course à l’investiture. Al Gore n’a pas fait ce choix,. C’était pourtant le seul possible pour faire avancer vraiment les choses.

A moins bien sûr, que Monsieur Gore n’ait aucune réelle envie de changer les choses, et que les shows qu’il propose de ci de là aux quatre coins de la planète ne soit qu’une entreprise de spectacle.

http://www.reflex-vital.com

http://www.lepilori.net/2007/12/sac...

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(IP:xxx.xx3.65.100) le 16 décembre 2007 à 11H58

@merlinbreizh Le terme "entreprise de spectacle" est bien vu. Mais Al Gore n’est pas seul dans la troupe. Nous pouvons y ajouter Hulot,Borloo, et tous ceux qui sont allés à Bali.. en avion pour y séjourner dans des hôtels climatisés. Tant que la distribution ne comprendra pas les responsables politiques américains, russes, chinois et indiens, ce spectacle restera une farce, à moins que cela ne soit la bulle que certains financiers craignent déjà de voir rapidement exploser.

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par Celtitudebe (IP:xxx.xx5.155.41) le 16 décembre 2007 à 16H00

En tant qu electron libre, Gore a probablement une plus grande marge de maneuvre, selon moi... Etre president des etats-unis est un exercice de style,de la figuration sans plus.


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