Bon, le titre est pas “sexy” mais ne fuyez pas je vous assure c’est intéressant !
Car ce petit post d’EcoloDuJour
à propos des liens entre répartition des richesses (inégalité des
revenus) et perte de biodiversité - m’a refait penser à cette info
parue au début du mois à propos de la recherche en sciences-sociales
sur le changement climatique…
Cette question est beaucoup plus souvent abordée du point de vue des sciences dures que des sciences humaines. Et pourtant, comme le rappelait alors Martin O’Connor, professeur d’économie à l’université de Versailles Saint Quentin en Yvelines (au Centre d’économie et d’éthique pour l’environnement et le développement - et au sein du Groupement d’intérêt scientifique “climat, environnement, société” tout juste créé aux côtés du CNRS, du CEA, de l’Ecole polytechnique, l’université Pierre-et-Marie-Curie et de l’Ademe) : “Le changement climatique est une question complexe, qui ne se réduit pas à des simulations numériques ou des calculs coût-bénéfice. Entrent en jeu le problème de la répartition du risque - inégale selon les régions du monde, le degré de développement des pays et le niveau de vie des individus -, celui de l’impact des politiques énergétiques mises en oeuvre - c’est-à-dire aussi de la justification et de l’acceptation de ces politiques -, ainsi que celui de la responsabilité collective et individuelle.
Tout cela relève des sciences sociales et des humanités : l’économie, la sociologie, la psychologie, la philosophie… sont en première ligne. La meilleure expertise scientifique, le meilleur rapport de synthèse ne suffisent pas : sans passerelles avec la société, le travail des scientifiques va tourner à vide.”
Il souligne que peu d’études existent sur la perception du changement climatique en France. Si “la tempête de l’hiver 1999, la canicule de l’été 2003 et la banalisation de températures saisonnières hors normes” ont sensibilisé à “l’idée que le climat est en train de se modifier”, il demeure que les Français présentent un paradoxe. Ils ne s’opposent pas “à l’engagement d’une politique volontariste de lutte contre l’effet de serre”, mais “ils restent plutôt fatalistes devant un phénomène “naturel” dont ils ont le sentiment qu’il leur échappe et qu’ils n’ont d’autre choix que de s’adapter, sont très récalcitrants devant des réformes politiques ressenties comme contraignantes ou injustes.”
Concernant les mesures découlant de la lutte contre le changement climatique (fiscalité écologique, diminution de la consommation d’énergie, modifications de nos habitudes et modes de vie), il souligne qu’“accepter la réalité du changement climatique et en accepter les conséquences pratiques sont deux choses totalement différentes. En France, l’administration et, au sens large, les décideurs pensent qu’une politique devrait être acceptée par le public au seul motif qu’elle est raisonnable. C’est-à-dire qu’elle correspond à un modèle de rationalité : des calculs scientifiques raisonnables, sur lesquels se fondent des scénarios climatiques raisonnables, qui légitiment eux-mêmes des politiques publiques raisonnables.
Mais ça ne fonctionne pas comme ça. En France, toute réglementation, dès lors qu’elle est subie, pousse à la résistance. Cette attitude est très hexagonale. Aux Etats-Unis par exemple, où l’individualisme est plus exacerbé, le citoyen n’agit pas en réaction à l’administration, mais parce qu’il se donne la liberté de suivre ses propres aspirations. Et en Afrique, où le pouvoir est à la fois plus coercitif et moins réglementé, chacun se débrouille pour s’aménager un espace de liberté.” Intéressant non ?
Du coup, quelle solution avons nous ? Comment pouvons nous faire dans ces conditions ? Selon Martin O’Connor : “la
lutte contre l’effet de serre ne peut être imposée par le haut aux
citoyens. Mais il est possible de faire en sorte qu’ils se
l’approprient. Cela suppose de garantir que l’effort sera partagé par
tous, riches et pauvres, puissants et faibles, sans tricherie. Qu’on ne décide pas par exemple de taxer les émissions de gaz à effet de serre, pour en exempter ensuite certains industriels. Cela demande, surtout, de développer une culture de base sur les causes et les conséquences du changement climatique, afin de combler le fossé qui existe aujourd’hui entre le scientifique et l’homme de la rue.” Respect, éducation, et régulation donc !
Puis il énumère quelques initiatives allant dans ce sens : l’outil multimédia conçu par le Joint Research Centre de l’Union européenne - “qui permet d’évaluer sa contribution individuelle (logement, transport, habitudes de consommation…) aux émissions de gaz à effet de serre” -, ou encore “les expériences de “quartiers durables” où sont repensés la conception énergétique des bâtiments, les modes de déplacements, l’organisation de l’espace”.
Conclusion ? “Il faut d’abord permettre aux citoyens de comprendre, puis s’appuyer sur leurs initiatives pour trouver des solutions qu’ils auront eux-mêmes validées. Une politique de contrôle à sens unique par une administration centralisée ne peut être que contre-productive.”
Thèmes
Climat Changement climatique CO2 Environnement Gaz à effet de serre Empreinte écologique Société
Bonjour,
Cette dimension socio-économique du réchauffement climatique est tout à fait pertinente. Les scientifiques ont fait leur estimation, maintenant, c’est à la société de prendre des décisions concernant ces résultats scientifiques : quelle priorité accorder au réchauffement, quels moyens consacrés à la réduction des émissions, quels moyens consacré à combattre la vulnérabilité face au climat (la première source de vulnérabilité étant la pauvreté), quelle est l’efficacité en terme de moyen et d’effet chaque politique, quel est le gain par rapport au scénario "business as usual", quelles sont les risques d’une récession mondiale suite à une réduction de la consommation d’énergie, quelles sont les conséquences de cette récession...
Tant qu’on décide d’en haut d’adopter Kyoto (qui concerne uniquement la réduction des émissions) sans informer les gens, tant qu’on ne leur dit pas ce que la réduction des émissions apporte, les gens ne verront en premier que les inconvénients de Kyoto, à savoir une hausse du coût de l’électricité, du carburant, des produits importés, des tensions diplomatiques... et on n’est qu’au début de Kyoto. Pas étonnant que le protocole court à l’échec vu que l’Europe n’a aucun moyen de restpecter ses engagements malgré les belles déclarations incantatoires des politiques.
D’un autre côté, si on dit ce que Kyoto rapporte, à savoir une réduction estimée 0,05°C de la température terrestre d’ici 2100, alors que ça coûte au moins 120 milliards d’euro par an (source GIEC) je ne suis pas sûr non plus que les gens aimeront ce genre d’opération vérité.
Tout a fait d’accord... le pb est de rendre un sens polymorphe (écolo, économique et social) à chaque situation quotidienne SANS TROP CULPABILISER ET SANS SE BRAQUER SUR LES EXTREMES. (article du papillon a l’imondice). J’essaie d’initier une sorte de projet "la terre vue de la terre " dans lequel la photo ne serait pas prise depuis des hélicoptères et tirée sur papier glacé. D’ailleurs s’il y a de moins en moins d’étudiants en sciences, ce n’est pas seulement parce que leur enseignement est mal assuré (c’est ce qu’on essaie de faire croire), mais c’est aussi (et surtout ?) parce que les étudiants sont las de voir les andouilleries - parfois dangereuses - qu’on leur demande de mettre au point à partir de ce type de savoir.
Le travail de prise de conscience n’a pas été fait à temps par l’ensemble politiques-médias-éducation nationale. Avoir laissé passer l’occasion unique de le faire qu’était la canicule de 2003 est criminel.
Maintenant, c’est trop tard. Les catastrophes climatiques imposeront avant 2015 des mesures "d’en haut" brutales et désagréables.










