NaturaVox : partager pour préserver
ConsoSociétéAlimentationSantéBiodiversitéClimatÉnergies
Record de pollution de l'air dans les stations de la RATP

Article publié le 7 avril 2008

Aimer la ville, c’est bien... mais aimer voir ses usagers et ses employés en bonne santé, ce serait mieux...

Record de pollution de l'air dans les stations de la RATP
Si le problème était déjà connu(*), il a fallu attendre le cri d’alarme d’Ecologie sans frontière (ESF) suivi d’un reportage de Canal+ diffusé le 26 juin 2007 pour dénoncer des taux de microparticules très élevés à l’intérieur des stations de la RATP. En réaction, la régie a alors présenté pour la première fois en juin les données collectées sur la qualité de l’air de son réseau souterrain.

En novembre, la RATP s’est alors engagée à publier dès janvier 2008 sur son site Internet les résultats des mesures établies à partir de son réseau de stations fixes. C’est chose faite... à condition d’éplucher son site et de se contenter du minimum : 3 stations de mesures en continu à Châtelet (ligne 4), Franklin D. Roosevelt MBA-Presidents Sep-07 image (ligne 1) et Auber (ligne A) : un peu faible au regard des quelques 300 stations que compte le réseau, avec des données brutes placardées sans explication ! Cliquez sur www.ratp.fr/corpo/air/mesures.shtml pour y accéder.

Pour mieux comprendre ces mesures, je vous propose un petit rappel des faits. Notez pour les non-franciliens que ces problèmes de pollution sont susceptibles de toucher tout réseau de transport souterrain...


Quelles sont les sources de pollution ?

La pollution incriminée est le taux de microparticules, constituées essentiellement de poussières d’hydrocarbures aromatiques, du toluène, du fluoranthène, des particules de plomb, nickel, cadmium, arsenic, chrome, fer et manganèse dont le diamètre est inférieur à 10µm. Le taux de dioxyde d’azote est, lui, similaire à celui de la surface et le taux d’ozone est quasi nul. Elles sont générées avant tout par le freinage mécanique des rames en station et par le meulage des rails (pour éviter les crissements). À chaque passage, les trains soulèvent donc ces microparticules et les remettent en suspension, exposant ainsi les usagers et les employés.

Bien que présentes également en surface, ces particules sont présentes en quantités bien plus importantes en souterrain. Si la RATP annonce des taux de l’ordre de 300 µg/m3 (microgramme/m3) avec des pic de 500 µg/m3 dans le métro et 800 µg/m3 dans le RER sur 2h, le documentaire de Canal + indique des taux atteignant 1200 µg/m3 d’air à Châtelet-les Halles et 2400µg/m3 à Gare de Lyon entre 17 et 19 h !

Explication de la RATP : les ventilateurs étaient certainement en panne ce jour-là... Ah oui ? Et combien de fois par an sont-ils en panne ??? Ces mesures sont 24 à 48 fois plus que la norme de l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) fixant un seuil d’exposition tolérable à 50 µg/m3 d’air de PM10 en moyenne sur 24 h pas plus de 3 jours par an, à l’extérieur !!!

A l’extérieur... Voilà bien le coeur du problème car il n’existe aucun norme en France ou dans l’Union Européenne - qui devrait cependant bientôt fixer des sueils pour la pollution en intérieur (pour l’extérieur, c’est déjà fait avec un maximum de 50µg/m3, comme l’OMS).


Quels effets sur la santé ?

Si la RATP cherche à rassurer (le seuil maximum de 347 µg/m3 préconisé par le Conseil supérieur d’hygiène publique de France (CSHPF) est soi-disant respectée), il s’agit avant de moyennes - loin des mesures faites par les journalistes de Canal+ en période de pointe, notamment dans le RER. De surcroît, cette valeur de 300 µg est à respecter par rapport à un voyage de 2 heures dans le métro, la RATP précisant que la durée moyenne serait plutôt de 50mn. Fort bien pour les usagers, mais quid des employés et des commerçants ?

Or, une étude menée par l’équipe du professeur Michel Aubier, chef du service pneumologie à l’hôpital Bichat pendant 2 ans conclut que des phénomènes inflammatoires apparaissent sur des poumons de souris et des cellules humaines in vitro plongés dans des échantillons d’air du métro et du RER. Si le professeur refuse de se prononcer sur les effets possibles pour les usagers et les employés, nous avons tous en mémoire le scandale de l’amiante, où des années de tergiversations ont considérablement entravé la mise en place de mesures préventives, avec les conséquences que nous connaissons maintenant. Rappelons que l’on sait pertinemment que ces microparticules pénétrent profondément dans les poumons (pensez aux effets du tabagisme), ce qui provoquerait chaque année 348 000 décès prématurés en Europe.

La RATP a affirmé qu’elle présentera en 2008 un récapitulatif des expositions des citadins selon les modes de transport... qu’elle cachera dans un obscur recoin de son site ?


Comment réduire la pollution ?

Déjà, la mise en place de grilles remplaçant les portes vitrées d’accès aux stations a permis de mieux ventiler les souterrains (bon sang, quels devaient être les taux d’antan ?). La RATP met ensuite en avant l’existence de trains aspirateurs passant sur les voies pour récupérer les déchets. Problème : il n’en existe que 3, souvent en panne, qui ne retiennent quasiment pas la poussière.

Une solution palliative consisterait à arroser les rails avant de les limer pour empêcher les particules de s’envoler - ce qui ralentirait le travail des équipes... ce qui ne semble pas faire l’unanimité à la Direction de la RATP qui annonce le développement de ventilateurs et le remplacement du freinage mécanique par un système électrique sur toutes les rames d’ici à... 2020 !

Si je n’apprécie pas du tout les méthodes habituelles de grèves de la RATP, dans ce cas de figure, j’encourage vivement les agents ET les commerçants dont les boutiques sont en sous-sol (et dont personne ne parle) à manifester en masse pour défendre leur santé !

(*) Dès 2000, les comités d’hygiène, de sécurité et des conditions de travail (CHSCT) du métro et RER s’étaient mobilisés sur le dossier et avaient alerté la direction de la RATP. Le Nouvel Observateur avait d’ailleurs publié un article dès 2003, relayé par Planète-info.

Sources :
- "La pollution de l’air dans le métro est très préoccupante", Planète-Info (26 juin 2007)
- "Polémique sur la pollution de l’air dans le métro parisien", Le Figaro (14 oct. 2007)
- "La RATP rendra désormais public les résultats de qualité de l’air intérieur du réseau francilien", Actu-Environnement (9 nov. 2007)
- "Les particules en ligne de mire", dossier spécial de la revue Airparif Actualité (n°30, sept. 2007 - ficher pdf)
- Enquête du Comité Régie d’Entreprise RATP

lien image : http://images.google.fr/imgres...

 

Thèmes

Transports Pollution Air

Bookmark and Share
37 votes

commentaires
votez :
(IP:xxx.xx3.225.49) le 7 avril 2008 à 14H20

Si au moins cela servait d’expérience , disons "grandeur nature et surtout gratuite" sur nos possibilités d’adaptation réelles et non déduites selon des critères biaisés . Il ne faut pas oublier que c’est dans tous les microbes rencontrés que les usagés trouvent en eux mêmes le moyen de résister aux épidémies les plus grandes et à certains nombres de maladies . Comme me disent un grand nombre, on est peut être pâle , triste mais " Jamais malade"comme vous à la campagne ( sauf en vacances) .

Alors, pour ces particules, si on les suivait sérieusement ? car il est très curieux de se souvenir que si nous n’utilisions pas notre plaque d’amiante sous notre bec bunzen donc sous notre nez , nous étions purement et simplement virés avec un zéro éliminatoire en travaux pratiques de fac. Je n’ai pas entendu un seul étudiant ou mieux professeur (ils étaient là tous les ans eux et toute leur vie active )être malade des poumons ! D’anciens ouvriers du flocage et déflocage selon les désirs des ingénieurs semblent très bien supporter ces traitements mais d’autres sont décédés suite de grosses maladies aux poumons ...qui pourra nous indiquer où est la différence ? De plus, pourquoi y a-t-il toutes ces sortes de particules dans les roues et ou dans les rails ? Les corps humains n’en rejettent-ils pas ? ou bien dans les circuits de ventilation ?? ce jour là, ils ne fonctionnaient pas ...mais...les autres jours ? Il faut bien pouvoir expliquer ces présences qu’en même.

votez :
par Oncle Sam (IP:xxx.xx6.115.193) le 8 avril 2008 à 09H23

Un article vraiment très intéressant.

La question est qu’est-ce-que l’on peut faire concrètement pour que cela aille mieux ? Il faudrait peut-être faire un débat sur le sujet (Chat avec des dirigeants de la RATP, des médecins, des usagers,...) sur NaturaVox ?

A bientôt,

Samuel

votez :
par Atlantis (IP:xxx.xx4.175.14) le 8 avril 2008 à 11H16

Pour les gros points sensibles : aspiration / filtration. Cela peut se faire facilement de nos jours avec des systèmes double flux (histoire de pas chauffer l’extérieur en hiver) munis de filtres/cyclones (histoire de pas déporter la pollution en surface) : certains industriels ont dans leur catalogue des CTA adaptées à ce genre de problématiques.

Rames de nettoyage pour les endroits où c’est pas efficace de mettre en place les méthodes fixes.

Les Auteurs deClimat
çaDérange - 299 articles
Dynamicsauto - 37 articles
Biosphère Blog - 57 articles
Laurie ALVAREZ - 1 articles
alain cluzet - 3 articles
rcoutouly - 65 articles
chems eddine Chitour - 2 articles
Mobilité durable - 178 articles