Nous sommes souvent horrifiés par la présence de gros camions et de semi-remorques dans les villes. Ne devrait-on pas les tenir à l’écart des centres, réservés aux petits véhicules, voire aux circulations douces ?
Une idée de bon sens, qui ne résiste pas longtemps à l’analyse, tant en termes de consommation d’énergie que de bruit, de pollution, et d’encombrement. Un gros camion vaut cent fois mieux qu’une flotte de camionnettes, tout comme un train de marchandises ou une péniche valent bien mieux qu’une longue file de camion sur la route. Small n’est pas, ici, beautifull.
Vous avez quand même raison, les « gros culs » ne sont pas destinés à circuler librement dans les rues étroites et à faire vibrer les vieilles fenêtres. Comment sortir de cette contradiction, par le haut, forcément, si on veut être « durable » ?
Dans un premier temps, on a été tenté de repousser hors de la ville les entrepôts et autres aires d’échange, à la fois pour récupérer des surfaces libres dans les centres et pour en exclure des activités réputées encombrantes, gênantes et polluantes.
Ce choix, bien compréhensible, n’est
évidemment pas durable pour au moins deux raisons : ce n’est pas gentil
pour nos amis des banlieues, condamnés à recevoir ce dont les
privilégiés, habitants des centres, ne veulent plus ; l’éloignement de
ces services de logistique a un coût, en temps passé et en commodité,
mais aussi en consommation d’énergie et en environnement. On peut
ajouter que le développement du e-commerce accentue ce besoin de
disposer d’un potentiel efficace de livraison dans les centres-villes.
Nous voilà condamnés à trouver des solutions innovantes.
Comment ? En élargissant le champ du possible dans le temps et dans l’espace. Dans le temps, en se souvenant que les journées ont 24 heures, et dans l’espace en passant résolument en 3D, c’est-à-dire en incorporant les espaces souterrains à la réflexion. On voit ainsi se dessiner ce que l’on appelle une « logistique propre », organisée autour de deux composantes : l’apport massif, avec de gros camions, de marchandises au milieu des fortes concentrations d’habitants et d’activités, combiné à un système de diffusion locale fine et de livraison à domicile opérées avec des moyens silencieux et non polluants.
Plusieurs opérations de ce type sont en cours d’expérimentation à Paris depuis quelques années, dans des parkings souterrains dont une partie est réaménagée pour jouer ce rôle de plate-forme d’échanges. L’espace logistique de St Germain l’Auxerrois, installé dans le parking du même nom, a été investi par la société La Petite Reine. En 2006, 600 000 colis ont été livrés aux clients à l’aide de 35 cargocycles, tricycles à assistance électrique. C’est l’équivalent de 600 000 km parcourus en véhicules traditionnel qui est ainsi « effacé ». Dans le parking de La Concorde, c’est Chronopost qui traite 10% de ses flux parisiens grâce à 14 véhicules électriques spécialement conçus pour cet usage. Un nouveau centre vient de s’installer dans le parking de la porte d’Orléans, pour livrer des produits alimentaires frais achetés sur Internet avec des triporteurs électriques Natoomobiles.
Cinq autres
sites analogues devraient voir le jour au cours des prochains mois. Des
grandes entreprises créent leur propre système de distribution pour
leurs agents, comme le fabricant d’ascenseurs Schindler, qui livre à
ses techniciens réparateurs les pièces détachées dont ils ont besoin
dans des consignes automatiques réparties dans la ville.
Résultat ? Des tournées moins longues, organisées autour des points de consigne, pour permettre aux techniciens d’aller sur les lieux de leurs interventions sans moyens motorisés. Quel gain de temps et d’énergie par rapport à la situation précédente où les agents de Schindler étaient obligés de démarrer leur tournée, le matin, par un passage, avec la voiture, dans un entrepôt en banlieue avant de rejoindre leur territoire d’intervention. Le personnel est content car il est moins stressé, le patron aussi parce que cette organisation fait gagner beaucoup de temps, et chaque agent réalise en moyenne huit interventions par jour, contre sept précédemment.
L’environnement aussi est gagnant, avec moins de
bruit et de gaz à effet de serre émis, moins d’encombrement et de
pollution. Du gagnant – gagnant sur toute la ligne, économique, social
et environnemental.
Quand je vous disais que le mot Livraison cachait des trésors de durabilité !
merci pour cet article. juste une petit commentaire pour dire que le probleme de ces innovations est qu’elles sont réservées aux plus "riches". toute les entreprises ne peuvent pas s’offrir ce luxe (même si il peut faire faire qqs économies au final) d’autant plus que les espaces, comme vous l’avez dit, sont EXTREMEMENT rares. Certaine questions restent en suspend:le gain, de ces qqs exemples, est il significatif pour la collectivité ? comment généralise t-on à un cercle plus large d’entreprise ? au fond quelle politique d’aménagement pour optimiser les déplacement de marchandises ? Pour conclure : le développement durable au service de la com ou de la planète ?
J’ai une idée géniale (et "durable"...) on pourrait faire des grand dépots où les camions livreraient leurs marchandises. Les consommateurs pourraient ensuite se rendre dans ces dépots et faire leurs achats. Avantages multiples : toutes les marchandises seraient stockées au même endroit donc moins de déplacements, gain de temps, prix moins élevés, etc... On pourrait même appeller ces dépots des ... "Super-Marchés" !!!! :->
On pourrait aussi relocaliser l’économie, ce qui diminuerait de fait les besoins logistiques de transport et de livraison...
juste une info pour nourrir le débat :
La ville d’Amsterdam teste un projet visant à réduire les embouteillages et la pollution de l’air grâce à des trams de marchandises pour la livraison en centre-ville.
Amsterdam est confrontée à un certain nombre de problèmes.de transport parmi lesquels la livraison de marchandises. Ceux-ci sont notamment la conséquence des rues étroites et nombreux canaux qui sillonnent la ville.
C’est la raison pour laquelle le Conseil d’Amsterdam a décidé de développer le "tram cargo" au sein de la ville.










