Giec, clap, troisième. Dans leur nouveau rapport, les experts du groupe intergouvernemental sur l’évolution du climat prescrivent une série de remèdes pour atténuer le réchauffement dans leur nouveau rapport. Le Soir s’est procuré ce document très axé sur les technologies et l’économie du carbone. Les changements de comportements sont peu mis à l’honneur…
Soufflé par les vents des changements climatiques, le projet de rapport à l’intention des décideurs a été porté à la connaissance du Soir. Nous vous livrons ci-dessous les grandes lignes de ce document qui sera âprement discuté. Il devrait servir de base de travail à la révision du protocole de Kyoto, dont l’échéance est fixée à 2012.
1. Une croissance possible des émissions de 90 %… d’ici 2030. Pour le Giec, « sans mesures additionnelles afin d’atténuer les changements climatiques et/ou des réglementations appropriées (…), les émissions de gaz à effet de serre continueront à croître les prochaines décennies ». Entre 1970 et 2004, ces émissions ont augmenté de 70 %. Et sans politiques appropriées, les scénarios projettent une augmentation de 25 à 90 %, d’ici 2030, par rapport à 2000. Les deux tiers, voire les trois quarts de ces augmentations devraient provenir des pays développés. Le rapport atteste que l’amélioration de l’efficacité énergétique ces trente dernières années a été annulée par l’augmentation des richesses au Nord et par l’augmentation de la population mondiale.
2. Une opportunité économique importante. Le Giec souligne « qu’il y a un potentiel économique significatif pour l’atténuation des émissions de gaz à effet de serre dans tous les secteurs (…) et suffisante pour neutraliser la croissance des émissions globales ou pour réduire les émissions en dessous des niveaux actuels ». Trois scénarios sont élaborés pour 2030. Ils sont basés sur le prix de la tonne de CO2 : dans l’hypothèse d’un coût inférieur à 20 dollars la tonne, les réductions possibles sont évaluées de 15 à 30 %. Si le prix de la tonne de CO2 augmente jusqu’à 100 dollars, la fourchette de réduction mondiale s’établirait de 30 à 50 % (voir notre infographie).
Cette dernière hypothèse signifierait une stabilisation des concentrations de CO2 autour de 550 ppm (parties par million) dans l’atmosphère alors qu’elles s’élèvent à 380 ppm aujourd’hui. Ce qui, dans un scénario moyen, signifierait une augmentation moyenne des températures d’au moins 2,5 degrés d’ici 2050. Les coûts de l’atténuation des changements climatiques à ce niveau sont évalués à quelque 0,6 % du produit intérieur brut en 2030.
Problème ? « Le potentiel du marché est beaucoup plus limité que le potentiel économique, constate le Giec. Un cocktail d’instruments réglementaires peut combler ce retard… »
3. Des gisements énormes par secteur. Si l’on s’en réfère aux émissions actuelles, les potentiels de réduction par secteur sont très importants. Ces gisements concernent par ordre d’importance : l’amélioration de l’efficacité énergétique des bâtiments ; une meilleure gestion du cycle du carbone dans l’agriculture ; le développement d’énergies renouvelables et de la cogénération (chaleur et électricité) ; le perfectionnement des procédés industriels ; le développement de moyens de transports plus propres ; la gestion durable des forêts principalement sous les tropiques et la gestion des déchets.
Le rapport note que la croissance dans le secteur des transports (3 à 4 % par an) est parmi les plus élevées. Mais « ce secteur est confronté à de nombreuses barrières ». Côté approvisionnement électrique, le rapport cite le nucléaire comme une option possible. Mais sur quatre simulations, un seul modèle donne au nucléaire une part supérieure au renouvelable en termes de limitation des émissions.
4. Des bénéfices pour la santé… et l’économie. Les coûts relativement faibles engagés par des politiques de réduction drastique des émissions (- 75 % en 2050) seront vite compensés par des bénéfices pour la santé publique, note le Giec. Outre l’impact sur la santé lié à l’intégration de mesures de lutte contre la pollution, la création d’emplois dans ce secteur devrait améliorer la performance des économies.
5. Des changements de comportement peu mis à l’honneur. Très axé sur les réponses technologiques et le marché, le projet de rapport évoque aussi la « large variété de réglementations et d’instruments à la disposition des gouvernements » pour créer des incitants afin d’atténuer les changements climatiques. « Les taxes et charges ne peuvent garantir un niveau (de réduction) d’émissions et peuvent être difficiles à intégrer », note le Giec. Voilà qui devrait susciter de vives discussions lorsque l’on sait que la taxe carbone est un des instruments prônés par de nombreux acteurs comme un remède miracle.
A contrario, les économistes parient sur la logique du marché des émissions (permis de polluer) et d’un prix plus élevé de la tonne de carbone.
Les accords volontaires entre l’industrie et les gouvernements sont également pointés comme une source importante et « mesurable » de réduction des émissions.
Enfin, le Giec évoque peu les modifications de comportement. « Les associations, les pouvoirs publics locaux, les ONG et les groupes civils adoptent une large variété d’actions volontaires et indépendantes des autorités gouvernementales, pointe le rapport. (…) En elles-mêmes, elles ont généralement un impact limité à un niveau national ou régional. » Cet aspect ne manquera sans doute pas de susciter d’autres critiques au sein des pays occidentaux. Et pour cause : la responsabilité de chacun face au devenir planétaire forme la trame de tous les discours politiques. Mais le Giec a visiblement du mal à « modéliser » la « prise de conscience ».
Eh oui, tout le monde est dans une optique du tout technologique et une démarche en silo, à l’ancienne.










