Article publié le 24 septembre 2007
Près de 200 pays ont décidé à Montréal d’accélérer de 10 ans l’élimination de substances nocives pour la couche d’ozone, un important accord qui contribuera en même temps à la lutte contre le réchauffement climatique.
Montréal est à nouveau le théâtre d’un accord international intervenu entre les 200 pays réunis, dans le cadre de la Conférence des Nations unies sur la protection de la couche d’ozone, pour discuter de l’élimination de substances nocives pour la couche d’ozone. L’ozone, une molécule issue de l’oxygène, joue un rôle essentiel en filtrant les rayons ultra-violets B, responsables notamment des cancers de la peau. La bonne nouvelle est que ces pays acceptent d’accélérer de 10 ans le calendrier d’élimination des HCFC. En effet, c’est près de 190 pays, plus l’Union européenne, qui se sont mis d’accord à l’issue d’une conférence d’une semaine à Montréal pour geler puis éliminer plus tôt que prévu les hydrochlorofluorocarbones (HCFC), des substances nocives pour la couche d’ozone utilisées dans la réfrigération et la climatisation.
Il y a 20 ans, le 16 septembre 1987, Montréal était également le théâtre de la signature d’un accord en vue de la réduction de la production de gaz nocifs pour la couche d’ozone. Vingt neufs pays, ainsi que la CEE, s’unissaient pour interdire la production et l’utilisation des chlorofluorocarbones, décision qui faisait suite aux alertes des scientifiques : des trous étaient apparus dans la couche d’ozone en Antarctique. Utilisés entre autre comme gaz propulseur des aérosols, comme solvants… les CFC sont responsables de la dégradation de la couche d’ozone et au réchauffement climatique.
Entré en vigueur le 1er janvier 1989, le protocole de Montréal exigeait des pays signataires de ramener leur production et leur consommation de chlorofluorocarbones (CFC) aux niveaux de 1986 pour le 1er juillet 1989. Le protocole prévoyait ensuite une réduction de 20 % pour 1993, et l’atteinte des niveaux correspondant à 50 % de ceux de 1986 pour 1998. L’accord a permis de freiner l’amincissement de la couche d’ozone et l’élargissement des deux grands trous qui y apparaissent à chaque printemps. Depuis 2000, ces produits ne peuvent plus être vendus en Europe.
Stavros Dimas, commissaire européen chargé de l’environnement, déclarait, avant la Conférence de Montréal, que « l’approche efficace et cohérente adoptée par la communauté internationale pour lutter contre l’appauvrissement de la couche d’ozone montre ce qu’il est possible de faire lorsque la volonté de résoudre les problèmes environnementaux est là ». Le Commissaire s’était dit convaincu que « la souplesse et le dynamisme du protocole de Montréal se sont révélés efficaces au cours des 20 dernières années. Le protocole a largement contribué à la lutte contre le changement climatique et je suis convaincu qu’il continuera à évoluer pour nous permettre de surmonter les difficultés qui pourraient se présenter à l’avenir ».
Des scientifiques néerlandais et américains estiment qu’en 2010, l’élimination des CFC et autres substances qui appauvrissent la couche d’ozone permettra d’éviter chaque année l’équivalent de 11 gigatonnes de dioxyde de carbone. Cela ne représente cependant qu’une réduction d’une gigatonne par rapport aux seuils de 1990, fixée par le Protocole de Kyoto, ou de deux gigatonnes par rapport à ce qu’auraient été les niveaux de 2010 si on avait laissé s’accroître les émissions de façon incontrôlée. Ces mêmes experts ont calculé que, sans les décisions prises il y a 20 ans, les quantités atmosphériques de substances, qui appauvrissent l’ozone, auraient été multipliées par dix en 2050, ce qui aurait entraîné 20 millions de cas supplémentaires de cancer de la peau et 130 millions de cas supplémentaires de cataracte, sans parler des dommages infligés au système immunitaire de l’homme, aux espèces sauvages et à l’agriculture. (Bio-Frais).
Cette fois-ci, les 200 pays signataires ont uni leurs efforts pour limiter les dégâts des hydrochlorofluorocarbones (HCFC). Les HCFC sont actuellement utilisés dans des systèmes de réfrigération et de climatisation ou bien encore dans les mousses d’extinction des incendies. Ils ont succédé aux gaz CFC. Ces substances chimiques, moins stables que les CFC et moins destructeurs, ont cependant un impact qu’il ne faut sous-estimer sur la couche d’ozone en tant que puissants gaz à effet de serre (GES). Ils devraient donc être bannis au même titre que les CFC.
Le Pnue (et les États-Unis) prônaient l’interdiction de la production et de l’utilisation des hydrochlorofluorocarbones (HCFC) en 2020 au lieu de 2030 pour les pays industrialisés et en 2030 au lieu de 2040 pour les pays en développement. À Montréal, tous les gouvernements viennent d’accepter de geler la production d’HCFC d’ici 2013. L’objectif est une suppression totale vers 2020. Les pays développés acceptent pour leur part de diminuer la production d’HCFC de 90 pour cent avant 2015. Dans leur cas, l’objectif est une suppression totale vers 2030.
Achim Steiner, le sous-secrétaire du programme environnemental de l’ONU, en vidéo-conférence de New York, jubile : « C’est peut-être l’avancée la plus importante dans un processus de négociations environnementales depuis au moins cinq ou six ans, parce que nous avons établi des cibles spécifiques et un échéancier ambitieux ». Plusieurs ont également salué le rôle constructif joué par la Chine. Pékin réclamait une aide pour faciliter sa transition vers des substances moins nocives pour l’environnement et son opposition aurait pu faire chavirer l’accord.
La Maison Blanche s’est félicitée de l’accord conclu à Montréal puisqu’elle estime que « ses bénéfices potentiels seraient équivalents voire supérieurs à ceux auxquels pourrait parvenir le protocole de Kyoto ». Qualifiant l’accord d’ « historique », la présidence américaine s’est enorgueillie que près de 200 pays, « sous la direction du président Bush », aient « adopté la proposition des États-Unis d’accélérer de dix ans l’élimination de certaines substances appauvrissant la couche d’ozone ».
Tout n’est pas gagné pour autant, comme l’indique Le Monde. « C’est un très bon pas dans la bonne direction », estime Janos Maté, de Greenpeace, et cela sera bénéfique pour la couche d’ozone. « Cependant, la question de l’impact sur le climat des substituts n’est pas du tout réglée ». En effet, un substitut possible des HCFC est la famille des HFC (hydrofluorocarbures) : dénués de chlore, ces produits n’affectent pas la couche d’ozone, mais ils ont un puissant pouvoir d’effet de serre, donc contribuent fortement au réchauffement planétaire. Les HFC 152 ont ainsi un coefficient de réchauffement 140 fois supérieur à celui du gaz carbonique (CO2), et tandis que celui des HFC 23 est... 11 700 fois supérieur. Il n’y a pas eu encore un engagement ferme pour promouvoir le gaz carbonique, l’ammoniac, ou le butane, plutôt que les HFC.
Jean Langlois, du Sierra Club du Canada, considère cet accord comme une bonne chose, mais il somme le gouvernement canadien d’aborder une approche similaire, incluant des cibles précises et un échéancier, pour la question des gaz à effet de serre.
Janet Bornman, coprésidente du Groupe d’évaluation des effets environnementaux du Programme des Nations unies pour l’environnement (PNUE), a présenté à Montréal un vaste rapport qui montre l’augmentation fulgurante des cas de cancer de la peau au cours des dernières décennies. Quoique prudents dans leurs prédictions, les auteurs estimant que chaque personne peut avoir une incidence sur l’impact réel qu’auront les rayons solaires au cours des prochaines décennies. Dans les pays où la population est majoritairement de peau blanche, comme le Canada, l’incidence de ce type de cancer pourrait ainsi doubler entre 2000 et 2015.
très bon article , j’ai lu que les cancers de la peau sont devenus une telle menace que de nombreux australiens ont renoncé à se ballader torse nu ( on verra plus les plaquettes de chocolat de crocodile dundee ? ;-) ).
La planète devient de moins en moins vivable , et tant que le fric régnera , certains n’hésiteront pas à scier la branche sur laquelle nous reposons pour en gagner un pu plus .. :-((
@ Le Chat
Merci de ce commentaire fort pertinent.
Pierre R.
ont cependant un impact qu’il ne faut sous-estimer sur la couche d’ozone en tant que puissants gaz à effet de serre
.......
Ne serions nous pas encore dans la même logique où l’industrie produit ses solutions pour nous "protéger", (de qui d’ailleurs sinon de celle-ci ?)
Les produits vont-ils défiler les uns après les autres, avec leur cortège de conséquences imprévues mais pas imprévisibles ?
Personne n’a donc vu que les interdictions ont porté sur des produits en fin de brevet (C.F.C.) ?
Les représentants de ces industries (nos élus) ont encore de beaux jours....










