Tous les trois ans, l’UNESCO publie un état de situation des
ressources en eau douce de la planète (Rapport mondial des Nations
Unies sur l’évaluation des ressources en eau). Le dernier vient de
sortir, en amont du 5e Forum mondial de l’eau (Istanbul, 16 au 22
mars). Ce qui frappe, c’est de constater à quel point notre soif
d’énergie contribue à accroître la pénurie d’eau potable.
Un premier constat : la qualité de l’eau demeure un enjeu de santé
publique pour environ un demi-milliard d’êtres humains. Dans les pays
dits en développement, plus de 80% des maladies sont liées à l’eau.
Trois millions de personnes meurent prématurément chaque année de ces
maladies qui pourraient être évitées.
Mais de bonnes politiques et de bons programmes qui permettraient
l’assainissement de l’eau ne peuvent rien contre un phénomène
inquiétant : la demande en eau pour produire des biocarburants
s’intensifie de manière significative depuis quelques années. Il faut
de 1000 à 4000 litres d’eau pour produire un seul litre de biocarburant.
La moitié de la canne à sucre au Brésil et le quart du maïs aux États-Unis servent à produire de l’éthanol.
Nos choix alimentaires ne sont pas non plus sans conséquence sur l’eau.
La demande croissante en viande et produits laitiers dans les pays
émergents entraîne une forte demande en eau. Par exemple, faire pousser
un kilo de blé demande entre 800 et 4000 litres d’eau, alors qu’un kilo
de viande en demande de 2000 à 16000 litres.
En Chine, la consommation de viande a augmenté de 2,5 fois entre 1985
et 2009 pour passer à 50 kilos par habitant. Il n’est pas étonnant que
la Chine tienne tant au Tibet et à ses immenses réserves d’eau.
Imaginez si les Chinois consommaient autant de viande que les
Américains : 125 kilos par habitant !
Que ce soit l’énergie pour produire, se déplacer, faire fonctionner nos
appareils et autres usages, ou bien que ce soit l’énergie que nous
ingérons (les calories), le lien entre les pénuries d’eau potable et
nos habitudes de vie est évident.
Ajoutons à cela que le réchauffement planétaire a déjà et aura un
impact de plus en plus élevé sur les quantités d’eau disponibles pour
une part croissante de l’humanité. On estime qu’en 2030, dans à peine
20 ans, près de la moitié de la population mondiale vivra dans des
régions déjà soumises en 2009 à un fort stress hydrique (en langage
courant : en manque d’eau).
Il y a urgence d’agir pour palier au manque croissant d’eau. Le rapport
de l’UNESCO appelle d’ailleurs à des investissements majeurs dans les
infrastructures, tout en demandant aux pays de mieux gérer l’eau. Il
faudrait que l’ONU donne d’abord l’exemple : plus de 25 agences et
entités des Nations Unies composent l’ONU-Eau.
Que d’énergie éparpillée !
Rapport mondial des Nations Unies sur l’évaluation des ressources en eau.
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