Article publié le 7 mai 2007
Pourquoi les bio carburants n’ont rien de bio et risquent au contraire de polluer davantage...
L’inauguration en octobre 2005, « en grande pompe », d’une pompe E85 de biocarburant par le ministre de l’économie présageait mal de l’avenir car la pompe était… vide ! Mais, à l’époque, alors que le prix du pétrole atteignait les sommets, les biocarburants apparaissaient encore comme le produit miracle, capable à la fois de relancer l’agriculture, de réduire la dépendance énergétique de la France et de sauver la planète.
« Le rendement énergétique de la filière éthanol-betterave est de 2,3 fois plus élevé que celle de l’essence ! Cette filière rejette également 2,5 fois moins de gaz carbonique. Mais le vrai jackpot est décroché par le biodiesel tiré du colza et du tournesol : un rendement 3,3 fois plus élevé et cinq fois moins de CO2 ! » signalait à l’époque le magazine Le Point.
Las ! Les scientifiques qui se sont repenchés sur les chiffres on découvert, pour commencer, que les biocarburants produits en Europe ou aux Etats-Unis ne seraient finalement pas rentables énergétiquement. « Selon l’Ademe, l’éthanol de blé a un rendement énergétique de 2 (c’est à dire 2 fois plus de carburant produit que de carburant utilisé). Mais pour l’Inra, le rendement ne serait que de 1,19. Entre les deux chiffres, l’intérêt écologique de l’E85 s’écroule. » souligne la magazine Marianne. Au final, il faut de 0,8 l à 1 litre de pétrole pour produire 1l d’éthanol, pour un rendement moteur ensuite inférieur…
L’approvisionnement en matière première est également problématique. Jean-Marc Jancovici se charge de ramener les rêveurs sur terre : « Pour produire l’équivalent du pétrole consommé par les transports en France, il faudrait planter du colza ou des betteraves sur 50 millions d’hectares » Or, l’Hexagone en compte 55 millions… On comprend néanmoins l’intérêt des agriculteurs : la promesse de nouveaux revenus est conséquente !
« Le soutien aux céréaliers et betteraviers est en fait la vraie raison de l’accélération du plan gouvernemental. D’ailleurs, la FNSEA, syndicat majoritaire, milite avec ferveur pour leur développement. La confédération paysanne […] y est en revanche franchement opposée. Preuve que les biocarburants profitent plus à l’agriculture industrielle qu’à ceux qui pratiquent une agriculture durable. » précise le magazine Que Choisir. On l’aura compris, les biocarburants n’ont en l’état rien de bio ! Au contraire, cette culture intensive risque d’entraîner un surplus de pesticides et d’OGM. « Ce sont des produits issus de l’agriculture la plus chimique, la plus intensive, le plus productiviste. » dénonce le magazine Quelle Santé. Nous voilà bien loin de l’idée généreuse des carburants verts…
Sans intérêt chez nous, les biocarburants en auraient-ils au moins à l’étranger ? La canne à sucre utilisée au Brésil présente déjà plus d’intérêt : elle se plante tous les dix ans, réclame peu d’engrais et fournit son propre combustible pour la production de l’éthanol. Ce qui fait dire au directeur de l’Agence internationale de l’énergie, le Français Claude Mandil, que « la France ferait mieux d’importer de l’éthanol du Brésil que d’en produire au prix fort ! »
Le Brésil est ainsi le premier producteur de biocarburants au monde. Cela ne s’est toutefois pas produit sans heurts : « Les immenses fazendas des riches propriétaires expulsent les petits paysans qui vivaient de la culture vivrière. Dans le Nordeste du Brésil, des centaines de milliers de familles sont tombées ainsi dans la misère, perdant leur source de revenu. » précise le journal La Décroissance.
Le WWF dénonce aussi le développement inconsidéré des plantations : « A l’heure actuelle des millions d’hectares de forêts tropicales sont détruits pour faire place à des plantations de palmiers à huile, de soya ou de canne à sucre (…), ce qui met gravement en danger la diversité biologique. L’utilisation d’OGM et de pesticides dans de telles plantations est elle aussi néfaste pour la diversité biologique, notamment par la pollution des sols et des eaux. »
Bref, les biocarburants ne solutionnent rien. Au contraire, les voilà qui posent de nouveaux soucis éthiques : pouvons-nous tolérer, par exemple, que les terres des pays pauvres servent à approvisionner les pays riches en carburants au détriment des cultures traditionnelles et alors qu’une partie de leur population a faim ? Déjà, 80% des terres cultivées dans le monde le sont pour l’exportation. Est-ce bien raisonnable ?
Le Mendiant
Le pire n’est pas une fatalité. Parlez-en autour de vous…
Le site du Mendiant : www.lemendiant.fr/ Le conte à rebours du système...
Le blog du Mendiant : http://lemendiant.over-blog.com/ Un scandale par jour !
Sources :
Le Point N°1783, 16 novembre 2006, Frédéric Lewino, p.78
Pourquoi la « taxe carbone » est inévitable : Vivre sans pétrole, Le Nouvel Observateur N°2197, 14 décembre 2006, Jean-Marc Jancovici, p.34
L’arnaque du carburant vert, Marianne N°508, 13 janvier 2007, Hervé Nathan, p.35
Le grand bluff des biocarburants, Que Choisir N°444, Janvier 2007, Elisabeth Chesnais, p.44
Biocarburants : pas écolos du tout, Quelle Santé N°12, Janvier 2007, p.4
Les biocarburants colonisent le monde, La Décroissance N°31, Avril 2006, Sophie Divry, p. 6
Thèmes
Biodiversité Planète Ecologie Développement durable Agriculture Bio Pollution Gaz à effet de serre Agrocarburants Energies renouvelables
Les biocarburants sont séduisants, à condition de ne pas regarder le bilan énergétique de leur production, ni la surface de terres cultivables à utiliser pour remplacer une partie seulement du pétrole utilisé à ce jour en France. La situation est identique dans le reste du monde, sans doute pire dans les régions tropicales. Celles-ci permettent un meilleur bilan énergétique à court terme (en utilisant beaucoup de produits chimiques pétroliers), mais les sols de ces régions sont fragiles et deviendraient rapidement stériles, sans compter les ravages de la déforestation.
Lorsque l’on étudie la consommation de pétrole (carburants, engrais et autres produits pétrochimiques) utilisée pour produire l’équivalent en biocarburants, on constate qu’il faut, sur un hectare de culture, en tonne équivalent pétrole (tep) :
huile de colza : 0,50 tep consommée pour produire 1,37 tep = 0,87 tep à l’hectare,
huile de tournesol : 0,29 tep pour 1,06 tep = 0,77 tep / ha,
éthanol de betterave : 3,22 tep pour 3,98 tep = 0,76 tep / ha.
Pour produire l’équivalent des 49 millions de tonnes de pétrole consommées par les seuls transports (sans compter les autres usages) il faudrait utiliser dans le meilleur des cas (huile de colza) 56.400.000 hectares (564.000 km2) soit plus que la superficie de la France et 3,6 fois la superficie des terres cultivées en France.
Lire La fin progressive du pétrole
A partir de 2007 ou 2008, la production mondiale de pétrole va décroître à un rythme de plus en plus important, le pétrole conventionnel facile à extraire comme le pétrole dont l’extraction est difficile et très coûteuse.
Selon une estimation raisonnable, nous aurions une production limitée à 80 % dans 12 ans et à 50 % dans 20 ans de celle d’aujourd’hui, car les réserves de pétrole ont été surestimées.
Le nucléaire, les piles à combustible et les biocarburants sont des solutions illusoires.
Autant je suis d’accord avec l’article lui-même : les agro-carburants sont une vaste fumisterie, autant on ne peut laisser dire, sans commentaire et sans argumentation que le nucléaire est une solution illusoire, alors qu’elle fournit 78% de notre électricité et non 17% comme une candidate recalée l’affirmait récemment. Le nucléaire, surtout si on trouve le bon fluide caloporteur pour les ccentrales de 4ème génération est une source d’énergie très prometteuse, car on aurait alors de l’énergie pour des siècles, dans la mesure où la consommation d’uranium devient très faible. Et, de surcroit, les surgénérateurs ne produisent que très peu de déchets à période longue. Autant de raisons pour développer la recherche de ce côté. Quand aux anti-nucléaires et aux anti-OGM, je les mets dans le même sac, celui des gens dangereux pour l’environnement...
Juste un complement d’info : l’ethanol biocarburant est produit massivement à partir de grain et non de betterave. C’est dans ce cas que l’etude ademe de juillet 2006 montre le rapport de 1 à 1,9 de rendement energetique de cette filière. A noter que l’ethanol carburant produit au Bresil à partir de canne à sucre est plus de trois fois moins cher rendu port français. Il s’agit donc en fait d’une question d’indépendance economique nationale. Il faut peut etre recadrer le debat :-/
Bioéthanol – ce qu’il coûte et ce qu’il donne
Il faut un peu plus d’un litre d’équivalent pétrole pour produire un litre de bioéthanol. Ces chiffres s’entendent depuis les labours jusqu’à la dernière distillation. Il faut un 1,600 litre d’éthanol pour fournir la même quantité d’énergie qu’un litre d’équivalent pétrole. Où est la bonne affaire ? Ce n’est pas parce que le monde entier déraisonne qu’on doit refuser tout effort de réflexion, quelle que soit la position sociale ou politique.
Lorsque les centrales 4emes génération seront pretes et opérationnelles, i.e. dans une cinquantaine d’année, d’ici là, on aura tout juste consommé à peu près toutes nos reserves d’uranium dont les gisements peuvent approvisionner les centrales actuelles pendant 50 ans...
L’électricité nucléaire ne représente que 17% de l’énergie finale en France et 6% dans le monde (encore moins si l’on compte l’auto-consommation de bois et produits assimilés).
Une pénurie d’uranium se produira en 2015. La consommation actuelle est de 67.000 tonnes par an dans le monde et la production de 42.000 tonnes. La différence de 25.000 tonnes vient des stocks civils et militaires qui seront épuisés en 2015.
L’uranium est une ressource limitée dont le maximum de production mondiale se situe vers 2020 (hypothèse la plus probable) ou 2025-2030. C’est comme le "peak oil" pour le pétrole vers 2010 (ou un plateau de 2006 à 2010) avant une diminution de la production.
Voir ce graphique : Fin de l’uranium, fin du nucléaire
C’est la même chose pour le gaz naturel et le charbon (2030-2040).
Les travaux officiels de prospective énergétique indiquent un maximum de la production d’électricité nucléaire vers 2020 en France, puis une diminution à partir de 2030.
Les anciennes centrales vont être arrêtées à partir de 2015-2020 et la puissance totale des nouvelles centrales prévues sera inférieure à celle des centrales arrêtées (si elles sont construites, ce qui n’est pas certain).
Le prix de l’uranium a été multiplié par 10 en 4 ans (de 22,4 dollars/kg à 249 dollars/kg entre janvier 2003 et avril 2007. C’est une bonne indication de l’épuisement des stocks et aussi de la difficulté à trouver de nouveaux gisements et à mettre en exploitation de nouvelles mines.
Pour les réacteurs de génération 4, un modèle expérimental sera peut-être construit en 2030 et les premières séries industrielles ne sont pas attendues avant 2040. Trop tard.
Mieux vaut ne pas gaspiller les crédits de recherche et les investissements dans le nucléaire, mais au contraire développer les économies d’énergie et les énergies renouvelables sous toutes leurs formes, y compris les moyens économiques de stockage.
Par exemple, le coût de l’électricité photovoltaïque pourrait être compétitif avec celui du nucléaire d’ici 2020-2025.
Sans pollution et sans risques.










