Article publié le 17 décembre 2007
Les négociations qui viennent de prendre fin à Bali ont démontré à quel
point la question du réchauffement climatique est intimement liée à
celle du développement. Les pays du Sud ont marqué un point en mettant à l’agenda l’impact des émissions de gaz
à effet de serre provenant du Nord sur leur propre environnement. Il
faut maintenant aller plus loin et répondre à la question fondamentale
que tout le monde semble vouloir éviter : le développement économique
du Nord comme du Sud est-il « écocompatible » ?
De plus en plus, on réalise que le PIB est un attrape-nigaud quand il
est question de progrès. Toute activité ayant un effet économique,
positif comme négatif, est mesurée. Prenons l’exemple de la production
de viande. Grosso modo, il faut cinq fois plus de céréales pour nourrir
le bétail qui servira à alimenter une personne qui mange de la viande
que pour nourrir une personne végétarienne, sans compter tous les
effets négatifs de la production animale sur l’environnement. Pourtant,
produire de la viande est meilleur pour le PIB que de produire des
céréales.
Le PIB est tel l’aveugle qui avance vers le précipice.
Au-delà du PIB, un autre problème majeur est que les statistiques de
nombreux pays ne sont pas fiables. Dans le domaine de l’exploitation
forestière, par exemple, il y a d’importants décalages entre les
statistiques de l’import et celles de l’export (Bulletin des négociations de la Terre).
Ce décalage n’est pas seulement dû au commerce illégal ; « des
divergences apparaissent même dans le cas de courants commerciaux
avérés légitimes et légaux. » (Alberto Goetzl, Incohérences des statistiques sur le commerce. OIBT Actualités des Forêts Tropicales. 13/1, 2005. Page 9)
De fait, globalement, il y a un véritable trou noir statistique qui
nous empêche d’apprécier les efforts réels consentis de part et d’autre
(du Nord comme du Sud) pour diminuer le prélèvement des ressources
renouvelables.
Chiffrer les émissions de gaz à effet de serre c’est bien, mais - outre
le problème de la cueillette de données fiables qui existe aussi pour
cette tâche - cela ne résoudra pas le véritable problème que pose le
développement économique dans sa forme actuelle.
Heureusement, il y a de l’espoir. Récemment, un article d’Info Chimie Magazine
nous apprenait que le Centre national de la recherche scientifique
s’implique depuis un an dans un programme interdisciplinaire répondant
à la chimie écocompatible.
Combien de programmes de recherche et d’initiatives débouchant sur des
activités humaines écocompatibles y-a-t-il dans le monde ?
L’enrichissement et l’appauvrissement ne sont présentement ni l’un, ni
l’autre, compatible avec l’environnement. Dans le cas de
l’enrichissement, c’est désolant parce que ceux qui s’enrichissent
auraient les moyens de renverser la vapeur. Dans le cas de
l’appauvrissement, c’est désastreux parce que les pauvres sont sans
moyens.
Saviez-vous que de 3 à 4 milliards de mètres cubes de forêt sont
exploités annuellement sur la planète, dont plus de la moitié l’est
sous forme de bois de feu (Préserver les ressources renouvelables).
Croyez-vous que ceux qui utilisent le bois de feu pour faire cuire
leurs aliments ou se réchauffer ont les moyens de cesser de le faire ?
Croyez-vous que ceux qui l’exploite pour s’enrichir font tous les
efforts nécessaires pour respecter les exigences de
l’écocompatibilité ?
Il est beaucoup plus facile pour les gouvernements de mettre l’accent
sur la réduction de l’émission des gaz à effet de serre que de remettre
en question toute forme de développement qui n’est pas écocompatible.
Il leur faudrait alors mettre de l’avant des politiques plus favorables tant à la nature qu’aux humains.
Le vrai progrès quoi !










