Article publié le 7 juin 2007
Il n’est nul besoin, heureusement, de revenir aujourd’hui sur la réalité du réchauffement climatique à l’échelle planétaire. On se dispute encore quelque peu sur l’ampleur de l’augmentation des températures, les Chinois et les Etasuniens se battent pour que dans les rapports officiels soient nuancés certaines certitudes : des broutilles, en somme, on cherche à gagner du temps avant de se lancer dans l’inéluctable. Il est vrai que les chiffres avancés, constamment revus à la hausse depuis une bonne dizaine d’années, ont de quoi faire frémir : 12 degrés d’ici un siècle à Madrid, c’est le moment de se lancer dans l’élevage de chameaux en Espagne.
Des adaptations seront nécessaires, cela ne fait plus aucun doute. Mais si les grands responsables du changement de températures sont les pays riches (et quelques pays moyennement développés), les grands perdants seront les pays pauvres. Ce que les divers organismes scientifiques et écologistes s’époumonent à répéter, avec un succès en demi-teinte depuis quelques mois, mais un succès tout de même.
La coopération internationale Nord-Sud devrait atteindre des niveaux inégalés, si l’Occident souhaite s’épargner des catastrophes économiques et sociales. L’heure est pourtant, au contraire du bon sens, à la diminution : les budgets, nord de l’Europe mis à part, se voient réduits continuellement. L’Etat poursuit sont dégraissage, diminue son personnel, il rationalise : avec pour conséquence de devoir faire avec moins beaucoup plus.
Les pays du Sud, qui pour nombre d’entre eux vont être frappés de plein fouet par le bouleversement planétaire, se demandent comment répondre aux défis futurs. L’argent va immanquablement faire défaut, et ce très vite. Ordre de grandeur : les Pays-Bas, 16ème économie de la planète, s’apprêtent à surélever la plus grande digue du pays d’ici 2020. Petit pays qui lutte depuis toujours contre l’avancée de la mer, il envisage de débourser pas moins de 750 millions d’Euros ; c’est une somme colossale, si elle est rapportée aux économies du Sud.
Cette somme à elle seule représente plus que le Produit intérieur brut (PIB) de 26 pays de la planète [1]. Cette somme encore, c’est le 20 % du PIB de la Papouasie Nouvelle-Guinée, du Nicaragua ou de Haïti ; 30 % des Barbades, 33 % des Fiji, ou encore 95 % du Cap Vert. Ce sont des pour la plupart de petits pays, certes, pour lesquels on ne s’attendrait pas à voir une économie beaucoup plus développée dans le présent comme dans le futur… et c’est là que le bas blesse : pour la majorité, il s’agit d’îles, ou de pays bordés de mers, et seront les premiers à devoir faire face à l’une des nombreuses conséquences du réchauffement climatique : la montée des eaux.
Pour
s’adapter, il faudra de l’argent : et il se trouve que la majorité des
pays pauvres, qui n’ont pas “profité” de la pollution industrielle,
vont “profiter” des conséquences de celle-ci. Plus que jamais, il va
s’agir de renforcer la coopération internationale entre le Nord et le
Sud. Si le Nord, qui se transforme progressivement en forteresse
hermétique à l’immigration, et ne veut pas se voir débordé par les
réfugiés climatiques, il est urgent d’investir dans la coopération
internationale et de venir en aide au pays du Sud. La Suisse investit
moins d’un milliard d’euros [2]
dans ses actions dans le monde en développement ; c’est à peine de quoi
se payer un renforcement de digue aux Pays-Bas. Si le réchauffement est
attendu, les mouvements de populations risque bien d’être tout aussi
inévitable.
- Antigua and Barbuda, Bhutan, St. Lucia, Burundi, Guyana, Maldives, Djibouti, Seychelles, Liberia, Grenada, Gambia, St. Kitts and Nevis, St. Vincent and the Grenadines, Samoa, Comoros, Timor-Leste, Vanuatu, Guinea-Bissau, Solomon Islands, Dominica, Micronesia, Tonga, Palau, Marshall Islands, Kiribati, Sao Tome and Principe
- Soit 0,35 % de son PIB, la moitié du taux de l’aide au développement demandé par l’ONU aux pays industrialisés










