Depuis la fin de la seconde guerre mondiale, l’agriculture française recourt massivement aux pesticides dans ses modes de production. Rien qu’en 2006, 70 000 tonnes de ces produits ont été utilisées en France. On connaît les conséquences de cette utilisation massive : les pesticides sont présents dans l’air, l’eau – plus de 90% des rivières sont touchées- les sols, les aliments… Peu de mesures ont été entreprises pour changer la situation - la loi sur l’eau, votée l’année dernière a été vidée de son contenu - et le statu quo est de rigueur depuis des décennies.
Les lignes commencent cependant à bouger. Au niveau de la recherche d’abord. Des alternatives aux pesticides existent dont l’efficacité est démontrée. Ces innovations concilient à la fois la préservation de l’environnement et l’efficacité économique sans laquelle notre agriculture ne survivrait pas. Par exemple, la stimulation des défenses naturelles des plantes par un processus du même type que la vaccination chez les hommes, permet aujourd’hui, de limiter l’emploi des pesticides.
Toutes les parties prenantes de la défense de l’environnement commencent également à s’intéresser de près au sujet. Le 23 janvier dernier, le Ministre de l’Agriculture Michel Barnier a lancé le plan Ecophyto 2018. Ce plan répond aux conclusions des groupes de travail sur l’agriculture et la santé constitués dans le cadre du Grenelle de l’environnement, pour réduire de 50% l’usage des pesticides d’ici 2018. Ceci suppose notamment d’introduire dans le règlement européen, en cours de négociation, le principe de substitution. Cet objectif ambitieux ne doit pas rester au stade d’annonce et les discussions post-Grenelle doivent s’accompagner d’une profonde réflexion sur les raisons d’une telle utilisation des pesticides par le secteur agricole français.
Dédouaner les agriculteurs
Avant toute chose, dédouanons les agriculteurs. C’est vrai : trop peu utilisent les alternatives aux pesticides, mais des études montrent que la majorité d’entre eux souhaitent sincèrement s’inscrire dans une démarche de développement durable et sont favorables au principe de substitution. Tout simplement parce qu’à service équivalent, l’agriculteur ‘citoyen’ préfère utiliser le produit le moins nuisible possible. Arrêtons donc de les brocarder et de les assimiler à des grands pollueurs à combattre. Le débat n’est pas là, le débat n’a jamais été là… En effet, les agriculteurs achètent et utilisent les produits que l’industrie de l’agrofourniture, la distribution agricole et les organisations professionnelles du secteur leur vendent et leur recommandent. Et il faut reconnaître que ces acteurs manquent d’une réelle pro-activité par rapport aux méthodes substitutives. D’abord parce qu’il n’est pas facile d’admettre que les substances qu’ils mettent sur le marché sont potentiellement dangereuses, ensuite parce que la réglementation génère et entretient cette situation.
Un système entier à revoir
Avant d’être vendu, distribué et utilisé, un produit phytosanitaire doit bien entendu être homologué. Or, ce mode d’évaluation – encouragé par la règlementation - présente un effet pervers. En effet, le système génère structurellement de la charge toxique. Il privilégie avant tout la capacité à tuer le pathogène et non le service rendu par le produit : économique, environnemental, contrôle suffisant du pathogène, santé de l’utilisateur, santé du consommateur …. Conséquence du système : une autorisation de mise sur le marché de produits que rien ne distingue ouvertement des autres du point de vue des effets secondaires. L’agrofourniture s’en accommode très bien et s’en tient au strict respect de ‘toute la réglementation, mais rien que la réglementation’. La profession, sans volonté de changement, se trouve confortée dans son immobilisme par une législation inadaptée.
Or l’urgence est réelle. C’est pourquoi l’introduction du principe de substitution dans le règlement européen est une nécessité, mais ne peut s’avérer suffisant en l’état. Pour s’assurer d’atteindre cet objectif, un certain nombre de pré-requis sont à prendre en considération.
Réglementer pour lever tout blocage
Pour être efficace, cette nouvelle réglementation sur l’application du principe de substitution devra privilégier la technique la moins nocive à service rendu équivalent. Ce principe pourra relever de la simple obligation ou d’un système d’incitation positive et négative suffisamment marqué.
Le législateur devra également introduire la notion de bénéfice / risque, notion qui sensibilisera les agriculteurs aux risques auxquels ils s’exposent en utilisant les pesticides et aux bénéfices qu’ils peuvent tirer des méthodes alternatives. Par bénéfices, parlons de protection du rendement final et non d’efficacité sur le parasite.
En d’autres termes, cette notion de bénéfice / risque aidera les agriculteurs à mieux choisir. L’étiquetage des produits devra donc être revu et adapté pour assurer une meilleure lecture des effets secondaires potentiels. Enfin, tous les moyens de promotion des méthodes alternatives à l’usage des pesticides doivent être mobilisés. Ces innovations sont en effet trop méconnues…
Les lignes bougent, un consensus se dessine. Ne passons pas à côté de l’opportunité que nous offre le Grenelle de l’environnement en faisant l’économie d’une réflexion approfondie sur la réglementation qui encadre l’usage des pesticides…
réponse point par point :
1/ associer barnier à la défense de l’environnement c’est faire de bush un prix nobel de la paix
2/ c’est parce qu’ils sont ignorants qu’il faut leur pardonner. ben tiens donc !
3/ des producteurs qui n’utilisent pas ces produits il y en a plein et ils sont pas en prison. seulement c’est plus facile de dire qu’il existent pas ...
4/ de la paperasse, des concepts flous, des façons de tricher inscrits directement dans la méthode, ça pue la méthode "OGM et pesticides permis dans le bio" version commission européenne.
et surtout, continuons comme ça hein. Le ministère va s’occuper de tout, pas besoin de bouger ... -_-
(de toute façon, à vouloir tuer les terres, l’eau et la biodiversité, les agri-industriels ne font que dilapider leur propre capital : tout comme pour les pécheurs, je viendrais pas les plaindre quand ils seront dans le trou, ça non !)
"dédouanons les agriculteurs".
Cher auteur,
Je pense que vous n’avez jamais vécu avec ou prêt des agriculteurs pour leur accorder avec autant de faciliter l’absolution de leurs"fautes passées" commises par leurs chapelles et caisses de raisonnance : FNSEA, chambres d’agriculture, DDA. Oui certains agriculteurs font vraimment une démarche de leur plein gré et avec conviction pour améliorer la qualité biologique de leurs sols, de leurs animaux et de leur cultures. Un grand nombre rejette cette démarche qui est à la fois contraignante et demande des sacrifices financiers, et donc une liberté financière qui implique une bonne connaissance de la gestion des coûts . Et puis il faut savoir dire non à la facilité de s’en remettre aux techniciens de la science agricole qui sont là pour favoriser une agriculture intensive sous le regard gourmand des firmes de pesticides, d’engrais et d’PGM. Vous oubliez qu’un grand nombre d’agriculteurs sont tenus ou se croient tenus par les conseillers agricoles et les banquiers de faire de la production intensive ce qui veut dire que tous les moyens sont utilisés pour accroître l’espace cultivable ou d’élevage avec pour objectifs de produire plus à l’hectare en utilisant plus d’engrais, plus de pesticides, plus d’espèces sélectionnées ou clonées. Cette logique demeure sur un grand nombre d’exploitations sans que les agriculteurs se soucissent des conséquences de ces pratiques catastrophiques pour la qualité biologique des terres et des "aliments"produits. Venez voir chez moi à la campagne comment l’on pique les vaches pour qu’elles ovulent avant de se faire inséminer. Allez en Bretagne voir comment on fabrique de la merde à la tonne(poulet, porc), dans le midi des tomates hors sol (ou en Espagne même en Hollande) qui n’ont plus rien à voir avec une tomate goûteuse et de belle qualité nutritive, ou dans l’Indre les blés et les colza traités 3 fois avant la récolte d’un grain pesticidé et gonflé à l’azote qu’il faudra encore traiter pour qu’il ne pourrisse pas dans les silos. Ceci n’est pas prêt de se terminer malgré le gentil Barnier qui, je vous le rappelle, a toujours été l’un des chantres à la commission européenne de l’agriculture intensive( recourant à des pratiques de fertilisation des sols appauvris et malades et à des traitements dits phytosanitaires incompatibles avec une agriculture "durable").
Pourquoi me direz-vous ? Et bien parce que la crise alimentaire annoncée depuis plus de 10 ans démarre et va s’amplifier(je suis sûr que connaissez les raisons objectives de l’affirmer) Elle exigera la surexploitation des terres cultivables et qui dit surexploitation dit techniques scientistes pour accroître rendement et production faisant fi de toute considération d’équilibre et de durée. Je suis triste de le dire car vivant dans un petit paradis campagnard je vois de jour en jour une progression rampante d’un système qui sous couvert d’un "développement durable"( impossible à réaliser sans remettre en question notre façon d’exister sur cette petite planète bleue) bouffe chaque jour nos chances de terriens à vivre une vie jouissive au contact de notre environnement( nature et êtres) celui dont nous ne pouvons ignorer la fragilité des équilibres dès lors que l’homme décide de le bousculer.
Bien à vous
Léonard Simon
Je complète :
Crise alimentaire conduisant à la mise en oeuvre d’une exploitation effrénée des terres arables qui restent encore exploitables de ce désert planétaire qui avance. Et bien entendu, adieu au respect des équilibres biologiques sol-plante,racine-bactérie, vers de terre-terre,plante-insecte, plante-plante pour une agriculture durable dans le temps et qui est un facteur de satiété et de santé( une parenthèse : curieux que l’on soit si étonné d’apprendre qu’il y a 10.000 nouveaux cas d’ALZHEIMER...chez les moins de 60 ans, qu’en peu plus d’une génération les cancers se sont accrus de 60 % en France et que de plus en plus de gamins grâce à l’agro-alimentaire et à leurs parents cyber-gédéon et turbo-bécassine mais aussi à l’appauvrissement des gens incapables financiérement d’acheter autre chose que de bouffe feront des adolescents pré-diabétiques et des adultes diabétiques sans que l’on se penche en profondeur sur ce que nous font manger les agricultueurs et éleveurs d’exploitation et d’élevage intensifs).
Bonjour, Juste une question de "détail" par rapport à un de vos derniers paragraphes. Bonne idée que de proposer une explication en termes de bénéfices / risques. Mais est-ce qu’un producteur de produit phytosanitaire peut réellement garantir un bénéfice donné en termes de gain de rendement (ou de non-perte de rendement) ? Le rendement est tellement fonction de plusieurs variables (climatiques, etc.) que ces producteurs se dédouaneront toujours, ne croyez-vous pas ? Cordialement, A.









