Première partie de la revue de presse scientifique de Jean Zin. Spécial Climat : l’invasion des méduses, les feux de forêts qui améliorent les puits de carbone, le stockage du CO2 dans le béton, la confirmation de la "Terre boule de neige", ... .

On en a déjà parlé mais si le réchauffement climatique peut y participer, il serait prématuré de lui imputer ce qui est un phénomène périodique qui a été signalé dans les périodes bien plus fraîches du petit âge glaciaire... (cela n’empêche pas que c’est sans doute "favorisé" par le réchauffement, tout comme les ouragans par exemple, mais c’est toute la difficulté d’attribuer des cycles à moyen ou court terme à des évolutions de plus long terme).
Pour la huitième année consécutive, les pélagies envahissent des plages méditerranéennes, entre Cannes et Cagnes-sur-mer. Le phénomène semble exceptionnel. Réchauffement des eaux, réduction du nombre de prédateurs (thons et tortues) ou pollution chimique, les causes sont inconnues mais les activités humaines sont pointées du doigt.
Les statistiques et les modèles mathématiques réalisés à partir des données obtenues depuis deux cents ans sur la mer Ligure par le laboratoire d’océanographie de Villefranche-sur-Mer montrent que ces animaux gélatineux apparaissent tous les douze ans, et se maintiennent entre deux à sept ans.
Moins de prédateurs, davantage de nourriture et des eaux plus chaudes, voilà de quoi favoriser les populations de méduses. Reste qu’il est difficile d’extraire une tendance générale de phénomènes cycliques dont la régularité n’est pas absolue.

Les commentaires des sceptiques montrent en général beaucoup de confusions, s’appuyant sur de fausses certitudes et une véritable croyance à laquelle ils tiennent plus que tout. Il est vrai que c’est compliqué, entre hausse des températures actuelles et augmentation du CO2 annonciateur de hausses futures bien plus importantes, entre incertitudes (réelles) et ignorance complète du devenir du climat, entre variations naturelles et la part humaine qui s’y ajoute au plus mauvais moment, etc.
Le site ci-dessus répond à la plupart des questions, hélas en anglais. En français ce site (déjà signalé) est utile mais beaucoup moins fourni. L’image du toboggan illustre bien la différence entre l’imprévisibilité des trajectoires exactes malgré une quasi certitude de leurs bornes hautes et basses.
Ce qui est le plus absurde c’est cette espèce de théorie du complot qui suppose une alliance contre-nature des écologistes et des gouvernements de toute la planète pour imposer des restrictions inutiles et nous culpabiliser, sans parler de cette stupide assurance qu’il ne pourrait arriver aucune catastrophe, protégés par une sorte de providence divine hélas introuvable tout au long de l’histoire de la Terre et de l’humanité. Il y a un côté qui se voudrait héroïque à résister à une supposée folie collective et qui n’est en fait qu’une prétention ridicule à en savoir plus que tout le monde, véritable folie cette fois, refusant de voir les risques effectifs même s’il reste bien difficile d’en évaluer la gravité.
La contradiction est nécessaire et les hypothèses scientifiques doivent être examinées, comme l’ont été les arguments des sceptiques qui ont pu être jugés très pertinents comme le rôle ambigüe de la vapeur d’eau. Il n’y a ni dogme venu d’on ne sait où, ni certitude, mais des recherches et les nouvelles sont presque toutes mauvaises. On aimerait qu’il y en ait plus mais les seules bonnes nouvelles ont concerné la fonte du permafrost qu’une étude minimisait (ce qui est contesté depuis) et la résistance de certains planctons à l’acidification de l’océan. Pas de quoi mépriser toutes les autres alertes, mais il est sûr que notre ignorance est encore immense en ces affaires où personne ne détient la vérité et où il faut progresser rapidement (en monopolisant pour cela une bonne part de la recherche). En voyant les nouvelles du mois on s’étonne surtout de tout ce qu’on ignorait encore jusqu’ici et du nombre de catastrophes (climatiques, volcaniques, astéroïdes) qui ont forgé la vie telle qu’elle est aujourd’hui (ce qui n’est pas une raison pour attendre la prochaine catastrophe sans rien faire) !
En s’intéressant aux utilisations possibles d’un traceur géochimique peu employé, l’oxygène 17, des chercheurs viennent d’apporter un argument supplémentaire à la théorie dite de la Terre boule de neige. Comme celle-ci le prévoit, une brusque augmentation de la teneur atmosphérique en gaz carbonique aurait bien eu lieu à la fin de la période de glaciation du Cryogénien.
Dans un article publié dans Nature, Bao et ses collègues montrent justement que l’analyse des sulfates présents dans des évaporites, ainsi que des barites, montre un brusque baisse de la présence de l’isotope de 17O à la fin du Cryogénien, il y a 635 millions d’années environ.
Or, d’après les chercheurs, cet appauvrissement peut s’interpréter naturellement comme une brusque augmentation du taux de méthane ou de CO2 dans l’atmosphère de la Terre. Les valeurs observées pourraient même indiquer un taux près de 40 fois supérieur au taux de gaz carbonique actuel, ce qui suffirait effectivement à mettre fin à la période glaciaire globale de l’époque.
Voir aussi Futura-Sciences

Un changement climatique global expliquerait l’explosion de la biodiversité marine il y a 460 millions d’années. En effet, un refroidissement progressif des océans d’environ 15°C sur une période de 40 millions d’années au cours de l’Ordovicien vient d’être mis en évidence par des chercheurs de Lyon et de Canberra (Australie). Cette période géologique était jusqu’à présent considérée comme une période où notre planète était soumise à un "super effet de serre".
L’ère du paléozoïque, commencée il y a 540 millions d’années, n’a pas été de tout repos pour la vie terrestre. Tout a bien commencé avec une période, le Cambrien, durant laquelle apparaissent rapidement les grands groupes d’animaux connus aujourd’hui (mollusques, arthropodes, annélides...). Mais cette époque se termine mal. Il y a 480 millions d’années, au début de l’Ordovicien, la Terre, dont l’atmosphère est riche en gaz carbonique, subit un effet de serre énorme à côté duquel celui que nous connaissons actuellement fait figure de plaisanterie.
Les chercheurs ont mis en évidence des eaux marines dont la température très élevée (environ 45°C) exclut le développement d’organismes vivants complexes au début de l’Ordovicien (480 Ma).
Le refroidissement progressif (en 44 millions d’années) des eaux marines coïncide avec l’explosion de la biomasse et de la biodiversité marines (trois à quatre fois plus de genres et de familles d’êtres vivants que précédemment). Cet événement eut lieu au cours de l’Ordovicien supérieur (il y a environ 460 millions d’années) quand les températures devinrent comparables à celles des eaux équatoriales actuelles. Non seulement les faunes marines se diversifient mais elles conquièrent également le fond des océans et les premiers récifs coralliens voient le jour.
Le refroidissement des eaux marines est couplé à celui de l’atmosphère, il s’agit donc d’un changement climatique global et celui-ci pourrait avoir eu un rôle majeur dans l’augmentation, sans précédent, de la biodiversité à l’Ordovicien. Le vivant va alors entrer dans le règne de la modernité : les êtres vivants se diversifient et se complexifient.
Un peu plus tard, une autre crise, il y 438 millions d’années, provoquera une nouvelle extinction massive (entre l’Ordovicien et le Silurien), décimant une centaine de familles d’animaux

L’extinction survenue il y a 93,5 millions d’années parmi la faune et la flore marines aurait été causée par une importante activité volcanique dans les océans. Leurs eaux seraient devenues anoxiques.
Des fontaines de laves sous-marines colossales auraient surgi pendant cette période dans la région des Caraïbes, entraînant d’une part une modification de la géochimie des océans et d’autre part la libération de nutriments favorables au développement du plancton. Dans un premier temps, les eaux océaniques auraient subi, par effet direct de la géochimie, une diminution de leur taux d’oxygène. Les nutriments supplémentaires ayant rapidement conduit à augmenter la biomasse, la décomposition des animaux et des plantes, grande consommatrice d’oxygène au fond des océans, a secondairement poussé les eaux océaniques vers l’anoxie. La chute du taux d’oxygène provoquant à son tour la mort des êtres vivants en masse dans certaines régions, le processus se serait encore amplifié jusqu’à devenir global et affecter tous les océans de la planète.
Paradoxalement, alors que le taux de gaz carbonique augmentait dans l’océan, celui dans l’atmosphère a diminué entraînant un refroidissement. En effet, le carbone s’est retrouvé piégé au fond des océans avec les animaux et les plantes en décomposition qui donneront ultérieurement des gisements de pétrole. Toutefois, 10.000 à 50.000 ans plus tard, le taux de CO2 dans l’atmosphère est remonté à nouveau.
On avait vu le mois dernier qu’après un réchauffement très rapide à la
fin de la dernière glaciation, il y a 14 700 ans, il y avait eu un
refroidissement et un nouvel épisode glaciaire de 12 900 ans à 11 700
ans. Cet épisode, sans doute responsable de la disparition des
mammouths entre autres, aurait bien été provoqué par une chute
d’astéroïde en Amérique du nord.
Il y a environ deux ans, le géophysicien Allen West avait proposé avec ses collègues que l’extinction des mammouths et la glaciation du Dryas récent avaient une seule et même cause : la chute d’une comète provoquant la vidange du lac Agassiz dans l’Atlantique nord. Des découvertes faites dans l’Ohio et l’Indiana tendent à accréditer cette théorie controversée.

De nouvelles analyses ont trouvé les preuves d’un déluge acide sur la région de Toungouska, au-dessus de laquelle s’est désintégrée une météorite le 30 juin 1908, il y a cent ans.
Après la désintégration du corps (astéroïde ou comète) qui a touché la Terre en ce mois de juin 1908, on estime que quelque 200.000 tonnes d’oxyde d’azote se sont déversées sur la région. « Des températures très élevées ont été atteintes lors de l’entrée du corps dans l’atmosphère. L’oxygène a alors réagi avec l’azote. » Par réaction avec l’eau, le dioxyde d’azote (NO2) devient de l’acide nitrique (HNO3).

La déforestation de l’Amazonie brésilienne s’est poursuivie en mai à un rythme accéléré, la forêt ayant encore perdu 1.096 km2.
Plus de la moitié de cette déforestation (646 km2) a eu lieu dans l’Etat du Mato Grosso do Sul (sud de l’Amazonie), là où les pressions sont les plus fortes pour convertir la forêt en champs pour le bétail et le soja.
Ces chiffres, encore provisoires, sont à peu près identiques à ceux d’avril quand l’Inpe avait enregistré une déforestation s’étendant sur 1.123 km2, une superficie équivalente à la taille de la ville de Rio de Janeiro.
L’Inpe, qui utilise un système de détection par satellite, ne repère que les grandes surfaces déboisées en raison de la couverture nuageuse.
"La déforestation, comme toujours, continue à être très importante", a déploré lundi le ministre de l’Environnement Carlos Minc, avant de connaître les nouvelles données.

Goulden a comparé les données enregistrées depuis 1930 en 269 endroits différents de la forêt de Californie avec celles de 260 autres points de prélèvement effectués sur le même territoire à partir de 1990. Conformément aux estimations, le nombre d’arbres s’est accru de 4% durant cette période. Pourtant, dans cette zone précise, la quantité de carbone absorbée a, elle, diminué de 34%, indique l’article publié le 20 juin dernier par ce chercheur dans la revue Geophysical Research Letters.
Les auteurs concluent que la croissance des jeunes arbres est entrée en concurrence avec celles des plus vieux, rendant ces derniers plus sensibles à la sécheresse, aux vents, aux maladies et aux attaques des insectes, allant jusqu’à provoquer leur lente agonie. Et de souligner que la protection des forêts contre ce type d’incendies est contre-intuitif, car les arbres malades ou même mourants absorbent nettement moins de gaz carbonique.
On sait que les cimenteries sont parmi les principaux émetteurs de CO2,
le fait de stocker le CO2 dans le ciment lui-même serait donc un grand
progrès.
Une entreprise canadienne a mis au point un moyen pour les fabricants de produits préfabriqués en béton de prendre toutes les émissions de dioxyde de carbone de leurs usines, ainsi que les installations industrielles voisines, et les stocker dans les produits qu’ils produisent en exposant les produits de carbone - riches en dioxyde de gaz de combustion pendant le processus de vulcanisation.

Une équipe américaine a sérieusement étudié la possibilité d’enfouir de vastes quantités de gaz carbonique dans le plancher océanique de la côte ouest des Etats-Unis. Après avoir étudié une série de forages, les scientifiques affirment que l’on pourrait stocker là 120 ans d’émissions de CO2 des Etats-Unis.
Injecté sous pression, sous forme liquide, le gaz carbonique se répandrait dans les multiples pores et fissures que les géologues ont mis en évidence. Par contact avec les matériaux incorporés dans le basalte, il se transformerait en carbonate de calcium (la craie), de magnésium et de fer. Au total, affirment les chercheurs, cette plaque pourrait accueillir 250 milliards de tonnes de CO2, soit 120 ans d’émissions pour les Etats-Unis. La séquestration devrait se mesurer en siècles. Dans 500 ans, la zone étudiée s’enfoncera sous la plaque continentale.

Une idée proposée en 1995 pour lutter contre le réchauffement climatique causé par les émissions humaines de CO2 est à nouveau étudiée sérieusement par quelques scientifiques, avec le soutien de la compagnie pétrolière Shell. Ces chercheurs proposent de déverser de la chaux dans les océans pour absorber l’excès de gaz carbonique...
L’idée était simple : déversée dans les océans, de la chaux (c’est-à-dire de l’oxyde de calcium) réagirait avec le gaz carbonique en solution pour former du bicarbonate de calcium qui précipiterait en calcaire.
Dans la région de la plaine de Nullarbor en Australie existe un gisement de 10.000 km3 de calcaire dans une zone où l’énergie reçue du Soleil par jour est de 20 mégajoules/m2 . Le chauffage du calcaire pourrait alors être effectué à l’aide de fours solaires. Mais on pourrait aussi le réaliser en utilisant du méthane (le gaz naturel) car, tout calcul fait, sa combustion permettrait toujours de produire moins de CO2 que n’en absorberait la chaux déversée dans l’océan.
Un diaporama est disponible sur Internet, précisant les réactions chimiques proposée et quelques chiffres. Plus généralement, l’idée est développée en Open source à l’adresse suivante : http://www.cquestrate.com.
Attribuer la multiplication des méduses au climat me parait plus qu’incertain.
Par contre, la surpêche de poissons (qui mangent du plancton) provoquent la multiplication des planctons car ils restent non mangés.
D’autres espèces , comme les méduses , se retrouvent face à une quantité anormale de plancton. Cette profusion leur profite et elles se développent tant en nombre qu’en taille.
Le climat joue certainement un rôle dans le développement des planctons, mais l’origine de l’anomalie ne peut pas être attribuée directement au climat.
""les arguments des sceptiques qui ont pu être jugés très pertinents comme le rôle ambigüe de la vapeur d’eau""
A chaque fois que je lis ça je m’énerve. L’eau est un vecteur de régulation climatique : elle se vaporise sous l’effet de la chaleur, et la vapeur a la propriété de se condenser quand il fait froid, tout le monde sait ça.
Le CO2 qui n’a aucune propriétré comparable, aurait (selon moi) l’inconvénient d’inhiber en partie ce rôle régulateur de l’eau (nuages, pluies, neiges, ...).
En somme, le CO2 serait de l’anti-vapeur d’eau.
Il ne faut pas s’énerver ! Il y a de véritables questions car les nuages bas ont un effet refroidissant alors que les nuages hauts (cirus) renforcent l’effet de serre. On est encore incapable de modéliser ces différences, ce qui fait dire à certains que les modèles sont complètement faux, sauf que l’équation réchauffement=refroidissement ne tient pas et que les modèles actuels sont malgré tout capables de rendre compte des évolutions passées.
à Jean Zin, je ne sais pas ce que valent les modèles. En revanche, je suis sûr que si la nature a inventé des cumulus, des cirrus et des stratus, ce n’était pas pour embêter les hommes. Les phénomènes météorologiques naturels sont une chose : les perturber en est une autre.
Je ne comprends pas ce que vous voulez dire par "sauf que l’équation réchauffement=refroidissement ne tient pas". Y aurait-il des gens pour croire que le CO2 améliore le climat ?
@ ceux qui ont peur de la vapeur d’eau :
Supposons que la vapeur d’eau d’un moteur à hydrogène ne se condense pas immédiatement. Supposons qu’une voiture produise en vapeur l’équivalent en eau de 10 litres pour 100 km parcourus.
Il y a en France peut-être 20 millions de voitures qui font en moyenne 18 000 km par an. Cela fait 1 milliard de km parcourus par jour soit 40 millions par heure. La production de vapeur en équivalent eau sera de 4 millions de litres soit 4000 m3.
L’équivalent d’un ruisseau large de 2 m, profond d’un mètre qui coule peinard à 2 km/h.
Bonjour, Il ne serait pas étonnant que le climat ait joué un rôle dans la disparition de plusieurs espèces animales. Je vois à cela une explication plausible : pour certaines espèces (le crocodile par exemple), le sexe est déterminé par la température d’incubation des œufs. Certaines grandes espèces n’auraient-elles pas eu les mêmes caractéristiques ?
Pour les méduses j’en ai vu aussi ce week-end en Bretagne, et pourtant je vous assure que lorsque vous êtes dans l’eau vous regrettez que le réchauffement climatique ne vienne pas jusque la. :-))
Malgré le réchauffement global, nous sommes une année froide (La nina), peut-être encore l’année prochaine mais on s’attend au retour probable des grosses chaleurs en 2010 !











