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Changement climatique et forêts : un futur encore très incertain selon Vincent Gitz 2/2

Article publié le 8 mai 2007

Vincent Gitz soutenait en 2004 une thèse sur l’amplification du taux de CO2 atmosphérique due au changement d’usage des terres, et notamment à la déforestation. Alors qu’il vient de recevoir, pour sa thèse, le prix Le Monde de la recherche universitaire, il réagit aux derniers éléments disponibles sur le sujet.

Changement climatique et forêts : un futur encore très incertain selon Vincent Gitz 2/2

En 2004, votre thèse partait du constat qu’il existait une divergence d’opinion au sujet de l’utilité des puits de carbone. Vous montriez notamment que le carbone fossile ne pouvait être comptabilisé de manière équivalente au carbone issu des forêts. Vous préconisiez d’attendre avant de planter de nouvelles forêts mais aussi de cesser la déforestation.

Entre la fin de votre thèse et aujourd’hui, la place réservée au stockage de carbone, au sein des négociations sur le climat, a-t-elle évolué ?

Vincent Gitz : Des premiers pas ont été faits pour que le problème de la déforestation tropicale, grand absent de Kyoto en 1997, intègre les instruments de la convention climat. Pour les pays du Nord, les accords de Marrakech ont défini, en 2001, les montants de puits forestiers et agricoles entrant dans la comptabilité de Kyoto. Par contre, pour ce qui est des pays du Sud, le revirement majeur vient de la proposition de la Papouasie-Nouvelle-Guinée, suivie par le Brésil. Ces deux pays souhaitent discuter sur l’introduction d’un mécanisme permettant de valoriser la « déforestation évitée ». Ce terme recouvre essentiellement les mesures de conservation de forêts menacées plus ou moins directement par la déforestation. Les négociations sur ce point vont débuter en 2007, mais l’issue est encore incertaine. Les débats, sur l’efficacité d’un instrument valorisant la déforestation évitée, sont notamment loin d’être clos. Une des propositions est, par exemple, de trouver un mécanisme économique qui permette de créer des incitations afin d’éviter la déforestation, ou afin de conserver les forêts menacées. Cependant, malgré des intentions louables, un tel instrument pourrait se révéler contre-productif : comme le suggère, par exemple, Alain Karsenty, du Cirad, l’attribution de crédits carbone pour des réductions fictives d’émissions pourrait, en effet, créer des flux financiers associés qui ne seraient pas forcément dirigés vers des politiques efficaces de maîtrise des déterminants de la déforestation*.

Quelle est votre position à la lumière des informations apportées par le dernier rapport du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (Giec), au début de cette année ?

V. G. : Personne ne doute plus, aujourd’hui, de la nécessité de conserver les forêts tropicales qui jouent, en quelque sorte, le rôle de «  stabilisateur » du cycle global du carbone. La plupart des modèles mettent en évidence l’impact négatif des scénarios de déforestation tropicale à grande échelle sur le climat global et régional. En revanche, pour les zones tempérées et boréales, les conclusions sont moins tranchées : le débat scientifique se déplace vers la prise en compte des autres effets de la déforestation sur le climat (albédo, évapostranspiration, effet sur la couverture nuageuse). Un récent article, très discuté, indique même que ces effets biophysiques pourraient « plus que compenser » l’effet du déstockage de carbone, du moins dans les hautes latitudes**.

Dans le même sens, les interactions entre cycle du carbone et cycle de l’eau, et finalement le climat, ne sont pas à négliger, notamment dans le cas de plantations d’espèces à croissance rapide qui vont chercher l’eau plus profondément dans le sol, ceci ayant des conséquences sur les disponibilités en eau... et donc sur le cycle de l’eau et sur le climat***.

Comment voyez-vous l’après-2012 ?

V. G. : Le statut des forêts, notamment tropicales, dans le futur de la convention climat, ne pourra être négocié indépendamment de la question de l’entrée des pays du Sud dans des régimes d’émissions contraints. Or, il y a un risque à ce que l’accord sur la forêt serve une nouvelle fois de variable d’ajustement sur le plan diplomatique, au détriment de l’efficacité du dispositif. Dans ce jeu, paradoxalement, les études décrivant des évolutions très pessimistes des surfaces de forêt tropicale, ou le « catastrophisme » des ONG, pourraient se retourner contre l’efficacité d’un éventuel dispositif qui valoriserait la déforestation « évitée ».

Une question majeure sera la fongibilité ou non d’un tel système avec le marché du carbone mis en place par le protocole de Kyoto. Le Brésil pousse pour que les deux instruments ne soient pas fongibles, sur fond d’argument d’intégrité environnementale. Le but est d’éviter que les accords éventuels sur les forêts tropicales n’allègent d’autant les nécessaires efforts de réduction d’émissions fossiles des pays du Nord. Mais cet argument peut cacher des considérations stratégiques : si les trajectoires de déforestation de référence sont habilement négociées comme étant très pessimistes, tout accord sur la forêt se traduira en pratique par une arrivée de devises, et il y a tout intérêt pour certains pays à ce que cette opération soit sécurisée « indépendamment », par une comptabilité séparée de celle relative à d’éventuelles contraintes sur les émissions fossiles.

* A. Karsenty, R. Pirard, 2007. Conservation Incentives Agreements and “Avoided Deforestation” crediting scheme : the challenge of implementation. In : Financing Forest Conservation : Payment for Environmental Services in the Tropics, Yale Chapter of the International Society for Tropical Foresters, Yale University, New Haven, USA, 2-3 mars 2007.

** G. Bala et al., Combined climate and carbon-cycle effects of large-scale deforestation, PNAS, 17 avril 2007.

*** R. Jackson et al., Trading Water for Carbon with Biological Carbon Sequestration, Science, vol. 310, n° 5756, p. 1944-1947, 2005.

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par Alain Karsenty (IP:xxx.xx0.29.34) le 11 mai 2007 à 11H42

Pour aller plus loin, cet article sur Telos à propos de la "déforestation évitée" :

www.telos-eu.com/2007/04/la_...


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