Article publié le 4 décembre 2007
Bali rêve d’un accord planétaire sur le climat. Mais la conférence devrait aboutir au mieux à une « feuille de route ».
C’est une phase cruciale pour le climat planétaire qui s’amorce ce lundi, à Bali. L’île indonésienne accueillera pendant deux semaines la conférence annuelle des Nations unies sur les changements climatiques. Gigantesque par le nombre des délégués attendus – 10.000 en provenance de 180 pays – ce sommet sur la fascinante « île des dieux » tentera de tracer la route d’un accord international susceptible de limiter le réchauffement à 2, voire 3 degrés, d’ici la moitié du siècle. En voici les grands enjeux…
1Une feuille de route pour l’après-Kyoto. Placée sous la bannière de la convention des Nations unies sur les changements climatiques, cette conférence aura pour principal objectif de tracer des perspectives pour la période suivant la première échéance du protocole de Kyoto, en 2012.
« Le challenge principal, c’est d’arriver à la fin des deux semaines à une feuille de route pour les deux années suivantes, observe ce négociateur belge. Elle devra décrire les éléments du futur régime de lutte contre les changements climatiques. Ce sera procédurier, mais déterminant. La référence, c’est Berlin, en 1995, dont le mandat a permis d’aboutir au protocole de Kyoto en 1997. »
2Les Etats-Unis un pied dedans, un pied dehors. Ce n’est pas un mystère, l’administration Bush, qui a rejeté le protocole de Kyoto, demeure hostile à tout engagement international contraignant qui lui imposerait une réduction (drastique) de ses émissions de gaz à effet de serre. Toutefois, l’attitude des Etats-Unis, qui représentent près du quart des émissions polluantes mondiales, s’est assouplie ces derniers mois face aux nombreuses prises de position « dissidentes » sinon volontaristes d’États comme la Californie. La semaine dernière, le président Bush s’est exprimé à ce propos : « Nous devons prendre l’initiative dans le monde pour réduire ces émissions et le faire sans pénaliser l’économie. Les Etats-Unis comptent bien parvenir à un consensus avec leurs partenaires… »
3L’Europe, fer de lance. Comme de coutume, l’Europe sera le fer de lance de ces négociations multilatérales. Pour l’Union, les objectifs de réduction d’émissions de gaz à effet de serre doivent viser à limiter le réchauffement à 2 degrés en 2050. Mais de nombreuses projections montrent qu’une hausse moyenne de minimum 3 degrés est très probable à cette date. Soucieuse d’exemplarité, l’Allemagne devrait annoncer une série de mesures visant à réduire ses émissions domestiques de 40 % d’ici 2020 ! de son côté, la discrète délégation belge sera conduite par le ministre fédéral de l’Environnement Bruno Tobback (SP.A), en affaires courantes. Il sera accompagné par la ministre régionale bruxelloise Evelyne Huytebroeck (Écolo), en charge du volet intra-européen.
4 Les voix discordantes des pays pauvres. Face à la position volontariste de l’Europe, les pays en voie de développement devraient donner du fil à retordre aux pays riches. En passe de devenir le premier pollueur mondial (en valeur absolue), la Chine demande aux pays industrialisés, responsables à 80 % de la situation, des engagements plus ambitieux. Toutefois, selon une source citée par l’Agence France Presse, Pékin pourrait faire preuve de davantage de flexibilité que l’Inde et accepter des objectifs par secteur.
Par ailleurs (lire ci-contre), un important chapitre sera consacré à la déforestation, qui représente un cinquième des émissions de gaz à effet de serre au plan mondial. À ce sujet, le président brésilien Lula a tenu à être très clair la semaine dernière : « A Bali, nous allons discuter sérieusement du prix que les pays riches doivent payer pour que les pays plus pauvres puissent préserver leurs forêts. Personne ne convaincra un pauvre, de quelque pays que ce soit, de ne pas couper un arbre s’il n’a pas en échange le droit au travail, à la nourriture. »
Quel est le prix d’un hectare de forêt primaire ? Voilà une des questions épineuses auxquelles les négociateurs de Bali tenteront de répondre dans un pays particulièrement touché par la déforestation au bénéfice de la production d’huile de palme.
Au-delà de la valeur de ces puits de carbone, la conférence des Nations unies tentera surtout de s’accorder sur le mécanisme susceptible de récompenser les pays qui prennent des mesures volontaristes pour éviter une déforestation ravageuse.
L’enjeu est au moins double : d’une part, il s’agit de freiner un phénomène responsable de 20 à 25 % des émissions annuelles mondiales de dioxyde de carbone. D’autre part, en s’accordant sur les modalités de préservation de ces écosystèmes, la communauté internationale assurerait des ressources aux pays pauvres tout en pérennisant des forêts pillées (bassin du Congo, Amazonie, Indonésie…) dont la richesse faunistique et floristique est inestimable pour le bien-être de l’humanité et des populations locales.
Amorcée l’an dernier, à Nairobi, la discussion sur ce thème envisageait d’inclure la préservation des forêts primaires dans les mécanismes de développement propre reconnus par les Nations unies.
D’autres pistes sont aujourd’hui avancées, notamment via un fonds spécial dédicacé aux forêts.
La conférence de Bali sur le climat. Elle se déroulera du 3 au 14 décembre et réunira quelque 180 pays autour de la prolongation du protocole de Kyoto après 2012. C’est une première : les ministres du Commerce (8 et 9) et des Finances (10 et 11) sont attendus avant l’entrée en scène des ministres de l’Environnement (12 au 14).
Le protocole de Kyoto. C’est le seul outil international de lutte contre l’effet de serre. Il ambitionne de réduire de 5 % les émissions des 38 pays industrialisés d’ici 2012. Les Etats-Unis n’ont pas ratifié Kyoto. L’Australie vient cependant d’annoncer qu’elle ratifiera le protocole. L’effort cumulé des pays riches dépasserait à peine 3 % en 2012 !
Les impératifs de la science. La communauté scientifique (Giec) vient de rappeler un impératif : il faut réduire de 80 % les émissions des pays riches d’ici 2050 pour éviter des conséquences irréversibles. L’Europe s’est engagée à diminuer de 20 % ses émissions d’ici 2020 et est prête à s’engager à 30 % moyennant un accord international.
"fonds spécial dédicacé aux forêts"
"dédié" est la bonne traduction ;-)
Il fait quelle température à Bali en ce moment ? Quelqu’un a pensé à couper la clim pendant les négociations ?










