Article publié le 1er juin 2007
Si
vous participez à un congrès sur le développement durable, il est
aujourd’hui courant que vous l’on vous demande de compenser la
consommation de gaz à effet de serre que vous avez provoqué par votre
voyage, spécialement si vous êtes venu en avion. Il vous faut alors
cotiser à un fond qui replante des forêts pour piéger le gaz
carbonique que vous avez envoyé dans l’atmosphère en prenant l’avion [1]. C’est dire toute l’estime, toute l’attention, dont l’avion bénéficie dans les milieux
bien informés du développement durable.
Pourtant, il ne représente qu’entre 2 et 3% des émissions de gaz à effet de serre, moins que le transport maritime, soit dit au passage. Il y aurait mieux à faire que d’embêter le petit monde de l’aéronautique, qui fait d’ailleurs de gros efforts de modernisation de ses flottes. Les appareils ne consomment aujourd’hui 4 litres pour cent kilomètres parcourus par un passager, et ce sera bientôt 3 avec les prochaines générations d’appareils. Les grands constructeurs aéronautiques travaillent à la mise au point de nouveaux carburants à base d’algues pour diviser par deux leur contribution à l’effet de serre, et font des essais de moteurs alimentés par une pile à combustible.
Et
en plus, les transports aériens sont les seuls à s’équilibrer
financièrement. Pas de crédits publics comme pour les routes ou les
chemins de fer, ce sont les taxes payées par les passagers qui paient
les infrastructures. Les billets ne sont pas non plus subventionnés
comme dans le train. Il est vrai que l’aviation échappe à la taxe sur
le CO2, mais pour peu de temps, car elle sera intégrée dès 2011 dans le
système communautaire d’échange de quotas d’émissions de gaz à effet de
serre. Alors, pourquoi aller embêter ces gens là ?
La
part des émissions est modeste, mais il faut comparer à celle de
l’aviation civile dans le PNB mondial : 0,6%. Ajoutons que le transport
aérien se développe, que les émissions de gaz à effet de serre ont
doublé depuis 1990, date de référence du protocole de Kyoto, alors que
l’objectif est de les réduire de 8% d’ici 2010. Malgré des efforts des
avionneurs, la croissance continue du trafic conduirait à un triplement
des émissions d’ici 2050, alors que, nous le savons, il faudrait d’ici
là les diviser par quatre. Un grand écart difficile à justifier si on
limite le champ de l’observation au strict transport aérien. Une
première mesure pourrait consister en une information systématique du
voyageur sur ses émissions de gaz à effet de serre, évoquée ci-dessus,
juste pour que chacun évalue l’impact de ses décisions, et puisse
éventuellement comparer plusieurs choix.
La pollution la plus faible est cependant excessive si elle ne répond à aucun besoin.
Il faut revenir à l’utilité des choses, en l’occurrence d’un voyage en avion. Mis à part quelques vols de découverte, pour le plaisir de voler et de découvrir la terre vue du ciel, l’essentiel des vols présente une utilité sociale ou économique. La bonne manière de poser la question n’est donc pas l’évaluation du coût environnemental du déplacement, mais celle du coût de l’activité dont il n’est qu’une composante. Quel est la contribution à l’effet de serre par rapport au service rendu, à la richesse produite ? Bien sûr, ce ratio offre un élément de comparaison et un critère de choix pour le mode de transport, et l’avion se trouvera souvent en concurrence avec d’autres modes de transport, moins gourmands en énergie et moins polluants. A lui de faire la preuve de son utilité particulière dans les différents cas d’espèce qui se présentent. Cette utilité peut être d’ordre varié, économique, culturelle ou sociale, mais quand il s’agit d’aller déguster des tapas à Gérone pour 39€, comme le propose un voyagiste sur les murs de Paris, on peut douter du caractère « durable » du transport aérien…
Trop
souvent, on réduit la question du développement durable de l’aviation
aux problèmes posés aux riverains, bruit et pollution notamment. Il est
vrai que le développement du transport aérien est encadré par le degré
d’acceptation des riverains : on l’a vu à Strasbourg, quand l’action
des riverains a empêché DHL de s’installer, on l’a vu quand il a été
décidé d’instaurer un couvre-feu à Orly, conséquence d’une action
continue des associations et des collectivités voisines. Contrairement
aux modes de transports terrestres, chemin de fer, canaux et route,
l’avion n’a pas besoin d’infrastructures tout au long de son parcours.
Il ne provoque pas d’effet de coupure, avec les impacts écologiques et
paysagers qui en découlent. En dehors des grandes villes, et de leurs
aéroports saturés, il offre une souplesse d’adaptation du trafic sans
avoir à transformer l’infrastructure. Et l’avion est beaucoup plus sûr
que la route ! Ce sont de véritables avantages, à ne pas négliger.
Au-delà de l’effet de serre, il reste les problèmes locaux, concentrés
sur les habitants proches des points de départ et d’arrivée. Le bruit
est sans doute la nuisance la plus ressentie, et les réponses
(isolation, appareils moins bruyants, modes d’approche et trajectoires
mieux adaptés, etc.) sont loin de répondre aux exigences des riverains.
Comme pour l’énergie, les avions font des progrès. Chaque génération de
moteurs
gagne en décibels, et on pense installer prochainement leurs réacteurs
au dessus des ailes pour que celle-ci renvoient le bruit vers le ciel
au lieu de le rabattre sur la terre.
Il y a aussi la pollution de
l’air, qui reste significative autour des grands aéroports, et les
problèmes
d’eau : les grandes plateformes sont lessivées par les pluies et
entraînent hydrocarbures et produits de dégivrage vers les rivières,
nécessitant ainsi de puissantes stations d’épuration. Bref, ce sont des
questions traditionnelles d’environnement, bruit, pollution de l’air et
des eaux, qui se trouvent massivement posées autour des aéroports, et
dont la résolution conditionne le développement du trafic, même si les
aérogares sont HQE[2] et les véhicules de services électriques.
Pour conclure, il ne faut pas oublier les circulations automobiles induites par le transport aérien. Le bruit et la pollution des autoroutes d’accès sont parfois aussi importants que ceux des avions. Là encore, c’est sur toute la filière du voyage qu’il faut faire le bilan.
[1] Notez que le voyagiste voyages-sncf.com vous propose de calculer les émissions de gaz à effet de serre de vos voyages (tous modes) et de cotiser à l’association environnementale GoodPlanet pour les compensations que vous aurez à cœur de pratiquer.
[2] HQE : haute qualité environnementale
Thèmes
Climat Changement climatique Transports Déplacements Habitat Développement durable CO2 Environnement Pollution Tourisme Voyage Gaz à effet de serre Empreinte écologique Air
quand vous multipler 4l au 100 km (avion plein) par 14000 km, un paris new york aller retour,vous obtenez 560l !!! de plus sces chiffres sont atteints uniquement pour les plus gros avions, rempli totalement qui doivent correspondre à la louche à 2t de CO² soit a peu près la moitié de la production annuelle d’eq CO² d’un francais. bref l’avion reste malgré tout un moyen de transport très polluanten terme d’emissions de gaz a effet de derre !il il me semble normal qu’on a fasse prende conscience tout le monde, même les promotteur du developpement durable !
Quand à l’autonomie financière du transport aérien, c’est une fausse idée , la conception des avions étant largement subventionnée, des deux cotés de l’atlantique d’ailleurs.
A l’auteur,
Je ne sais si vous êtes spécialiste des pollutions avioniques ou spécialiste en aéronautique, mais prenez le temps d’additionner les pollutions annexes occasionnées par l’avion : aéroports, autoroutes qui y conduit(donc carburant), etc et vous verrez que vous êtes loin du comptec. De plus la pollution CO2 engendrée par l’aviation est plus près de 5% que de 3 %. Pour ce qui concernce l’illusion entretenue par les tenants du développement durable qui tentent avec un certain succès de faire croire que nous pouvons concilier développement matériel et technique partagé entre tous les peuples de la terre et la prolongation dans le temps de cette utopie marketing, sans réduire drastiquement notre consommation( je ne parle pas ici de la croissance de la population mondiale un facteur aggravant)elle relève de l’illusion que la technoscience pourra transformer un réacteur d’avion en un moteur à hydrogène ou à colza parce que nous aurions la capacité de" transmuter" la matière, d’accroître le rendement énergétique du méthanol sans additifs, de dresser le proton et le neutron,( de cloner le vivant aussi), etc... Je suis désolé, non pas que vous développiez votre point de vue sur un site dédié si je l’ai bien compris à la protection de la planète, mais parce que l’illusion que vous développer nous fait prendre du retard dans des décisions qui ne peuvent être reportées dans l’attente d’un monde de consommation soft, light, avec des avions qui ne dégageraient de leurs réacteurs que des effluves de bleuets et de pervenches. Soyons clair : l’activité avionique est essentielle à la croissance économique mondiale. Ce sont des 1000 milliards de dollars et des millions d’emplois en jeu. Il faut donc la sauver coûte que coûte même avec des illusions technologiques . Léonard
Quand j’pète, j’produit du méthane, gaz à effet de serrehttp://agoravox.fr/smileys/diable.png http://agoravox.fr/smileys/diable.png. Faudra t il payer pour compenser cette nuisance ?










