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Patrick Blandin : cette crise de la biodiversité est un phénomène sans précédent !

Article publié le 24 février 2010

Patrick Blandin est président d’honneur de l’UICN France et chercheur. Il nous livre son avis et parle de ses travaux sur les enjeux de la biodiversité, en cette année où elle est à l’honneur !

Patrick Blandin participait la semaine dernière au Muséum d’Histoire Naturelle à la finalisation d'un document de référence pour l’Ethique de la Conservation de la Biodiversité. Son livre, Biodiversité, l’Avenir du Vivant, tente de proposer des clefs pour comprendre ce qu’est la Biodiversité et quels sont les enjeux de sa conservation, alors que s’ouvre 2010, l’Année de la biodiversité.

 

1- Patrick Blandin, faisons-nous aujourd’hui face à une extinction sans précédent ? 

L’histoire de la vie est faite de transformations permanentes. Il y a toujours eu des disparitions d’espèces, des périodes de fortes accélérations de disparitions, ce que les paléontologues ont appelés les « crises ». Mais aujourd’hui il y a un changement d’échelle complet. Dans un laps de temps ridiculement court par rapport à toutes les échelles des processus antérieurs, nous, êtres humains, une espèce parmi d’autres à l’échelle globale, nous modifions en profondeur l’organisation de toute la planète. C’est pour ça que j’ai insisté sur l’idée de "Premier Bouleversement" dans mon livre : nous faisons définitivement face à un autre type de phénomène que ce qui a pu précéder.

 

2- Pourquoi préserver la biodiversité ? Quel est son enjeu majeur ? 

Aujourd’hui, il y a deux constats à faire : tout d’abord que les espèces disparaissent du fait de l’activité humaine et qu’il y en a de plus en plus qui sont en situations précaires. Ensuite, que les écosystèmes disparaissent et que d’autres, sans disparaître complètement sont réduits, fragmentés et pollués : la variété du monde vivant se réduit et se fragilise. Or nous vivons dans un monde qui change, et savons par ailleurs, par toutes les données des sciences de l’évolution, que la vie ne peut se maintenir que si elle peut s’adapter et donc changer. Mais elle ne peut s’adapter que si elle est suffisamment diverse ! A mon sens l’enjeu majeur est donc la réduction de la capacité d’adaptation des espèces, des écosystèmes et globalement de la biosphère, nous y compris en raison de la perte de diversité des espèces et des milieux.

 

3- Préserver la biodiversité c’est donc préserver notre capacité d’adaptation ? 

Oui. Qui dit adaptation dit éventuellement changement et donc évolution. Il faut bien se rendre compte que l’enjeu de la biodiversité n’est pas tellement de garder la biodiversité dans un état figé mais c’est la garder de telle sorte qu’elle offre le maximum de possibilités de changement en réalité. C’est un peu paradoxal, mais c’est fondamental en réalité.

 

4- Vous parlez d’une éthique de la biosphère qu’entendez-vous par là ? 

Se poser la question de l’adaptabilité de la biosphère donc du maintien de la diversité du vivant c’est se poser la question suivante : voulons-nous laisser à l’humain les chances de continuer à exister. Le problème est éthique car il est lié à notre vision de nos rapports à la nature, et à sa partie vivante. C’est que j’appelle l’"Ethique de la Biosphère".

 

5- Percevoir la biodiversité comme « utile » à l’homme suffit-il à la préserver ? 

Les espèces, les écosystèmes nous offrent beaucoup de choses sans lesquelles on ne pourrait pas vivre et fonctionner : des molécules pour les médicaments, du bois pour la chaleur ou pour construire, des fibres pour faire des tissus. Tout ça ce sont des valeurs d’utilités qui sont très importantes. Mais on s’aperçoit que ce n’est pas parce que l’on a prétendu pendant des décennies qu’elle, la biosphère, était utile qu’on n’a pas continué de l’abîmer.

 

6- Devons-nous donc changer notre regard sur la planète ? Est-ce ce que propose l’UICN ? 

Au-delà de ces valeurs d’utilité, il y a toute les questions suivantes : « est-ce que nous respectons la nature ?  », « est-ce que nous l’aimons ? ». Quels types de rapports peut-on entretenir avec elle, de façon plus large. Donc l’hypothèse que nous faisons avec ce travail à l’UICN sur l’éthique de la biosphère c’est qu’il faut redonner de l’importance aux valeurs morales. Cela correspond au regard de respect que nous portons sur la nature, à l’amour pour la nature et à l’amour de sa diversité. J’ai envie de dire que ce qui doit être le plus valorisé aujourd’hui, c’est ce qui permet à la nature d’être la plus diverse possible.

 

7- Comment transmettre ce message ? 

Depuis très longtemps, c’est-à-dire depuis la formation de l’UNESCO et la formation peu de temps après de l’UICN sous l’égide de l’UNESCO, l’accent a été mis sur la nécessité d’éduquer.C’est un point évidemment très important, que l’on a l’impression de souvent répéter aujourd’hui. Le problème que cela met en évidence c’est que : cela n’a pas dû être fait suffisamment avant puisque les dégâts sont là malgré tout ! Donc il faut que l’éducation, soit un effort de tous les jours. Il faut labourer sans cesse, et surtout ne pas se dire qu’il suffit d’éduquer les enfants, et que cela ira mieux ainsi après… ! D’autant que quelques enquêtes ont montrées que la plupart des gens ne savent pas bien ce qu’est la biodiversité.

 

8- L’éducation c’est aussi ce qui pourra permettre de trouver des solutions globales, viables pour tous ? 

Dans mon livre (sous le titre « Les tronçonneuses de l’Alto-Mayo »), je parle de ces gens qui quittent des zones très pauvres où ils ne peuvent plus vivre pour venir dans des forêts protégées, puis qui se mettent à les cultiver et donc à la défricher… Peut-on leur interdire ? Est-ce si simple, et pourquoi font-ils ça ? N’aurait-on pas pu trouver des solutions pour eux dans leurs régions ? Trouver des solutions viables pour tous en matière de biodiversité c’est très difficile. Mais… un des messages de notre éthique c’est que : si les gens sur place comprennent l’importance de la diversité biologique, avec laquelle ils coexistent et dont ils dépendent… Les choses pourront évoluer. Bien sûr leur dire : « la biodiversité à côté de chez vous c’est important », ne suffira pas. Il faut qu’ils s’impliquent eux-mêmes dans cette protection, qu’ils comprennent que c’est leurs conditions de vie qui se dégradent directement.


Auriella Claudi-Mabire, sur Greenzer.fr

Source image : http://media.paperblog.fr

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