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Calme

Article publié le 30 novembre 2009

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Comme chacun sait, le silence peut être pesant. L’absence totale de bruits, de sons de toutes natures, est aussi redoutable que le vacarme, à ceci près qu’il ne laisse pas de séquelles physique irréversibles. Le silence aussi, qui parfois fait le plus grand bien, doit être consommé avec modération. Les bruits sont des signaux, ils nous informent, ils nous donnent des repères, et comme toujours c’est l’excès de bruit, ou le désordre qui empêche de reconnaître le Paysage sonore, qu’il faut éliminer. Nous avons vu les ravages que les tondeuses à gazon provoquent, à la fois pour le bruit et la pollution de l’air, et le choix du Grand Lyon de confier la tonte de certains parcs à des Moutons. Les soufflettes, instruments barbares pour pousser les feuilles tombées, sont maintenant souvent abandonnées au profit du bon vieux balai, également pour cause de bruit et de pollution de l’air. On voit aussi des chevaux revenir en ville, pour des travaux d’entretien ou l’enlèvement des déchets, toujours pour les mêmes raisons. Et maintenant, revoilà le faucheur. C’est à Lausanne que ça se passe. Les talus de la ville seront dorénavant passés à la faux, et non plus au débroussailleur. 40 jardiniers municipaux volontaires ont été formés cet été, et ont été armés d’une faux à leur main. Une étape de plus vers la gestion écologique des pelouses, amorcée à Lausanne dès 1991. Les gazons entretenus ras dans les années 1970 sont aujourd’hui des prairies fleuries, avec orchidées et papillons. Après la protection de la biodiversité, c’est le tour du paysage sonore.

A Montréal, un étudiant en électroacoustique au département de musique de l’Université Concordia a eu l’idée, avec son frère, de dresser une cartographie sonore de Montréal(http://cessa.music.concordia.ca/soundmap/fr/)
. Du parc Lafontaine à la rue Sainte-Catherine, en passant par le canal Lachine et la gare Bonaventure, chaque quartier a sa propre marque sonore, variant au fil des heures, des mois et des saisons. Le résultat est une carte sonore interactive où chacun peut apporter des sons, ou les télécharger pour les exploiter. Les séquences sonores produisent des spectrogrammes colorés directement lisibles sur la carte de la ville. Plus les couleurs sont vives, plus la fréquence est haute et plus le son est fort. En un seul clic, l’image sonore dévoile le rythme et l’intensité de l’échantillon sonore.

Autre initiative à Montréal, toujours pour redonner du sens à l’Ecoute dans la ville. La journée « en ville sans ma voiture », le 22 septembre dernier, a permis à une coopérative d’artistes Audiotopie (www.audiotopie.org ) de faire découvrir les bruits de la ville sans les voitures. L’objectif est de mettre en évidence les gains que le promeneur trouve à la disparition d’un bruit permanent et sans intérêt, qui masque les bruits témoins de la vie courante, et les émotions qui vont avec. Un audio guide est proposé aux promeneurs qui découvrent en déambulant le paysage sonore de leur ville sans voitures.

Plus que le silence, le calme est une qualité à rechercher. Il reste à le définir, ce qui n’est pas chose aisée. L’Union européenne a officialisé le concept de « zone calme », dans sa directive « sur l’évaluation et la gestion du bruit dans l’environnement », du 25 juin 2002. Transposée dans le code français de l’environnement (article L. 572-6), ce sont « des espaces extérieurs remarquables par leur faible exposition au bruit, dans lesquels l’autorité qui établit le plan souhaite maîtriser l’évolution de cette exposition compte tenu des activités humaines pratiquées ou prévues ». Une définition qui laisse de la marge d’appréciation. Plusieurs initiatives ont été prises, en Europe, à Florence, Oslo, Stockholm, Bristol, Hambourg, et en France, à Paris, Rennes, Strasbourg. Des enquêtes ont été menées pour appréhender l’attente du public. Les acousticiens étaient partis sur des mesures de niveaux sonores, en croisant différents indicateurs. Ils avaient bien du mal à se mettre d’accord. L’opinion du public enrichit sensiblement l’approche. Il ne s’agit pas que de décibels, mais aussi de qualités plus générales, relevant de l’environnement au sens large, physique et sociologique. Au-delà des caractéristiques physiques des lieux, nous sommes dans un domaine culturel. Etre au calme, c’est disposer à côté de chez soi d’espaces agréables au sens général, paysage, accès à la nature, présence de l’eau, etc. Tous les sens sont au rendez-vous, l’ouïe, bien sûr, mais aussi la vue et les odeurs, sans oublier la liberté de mouvement. Une exigence exclusivement acoustique accouche dans les faits d’une approche de qualité globale des espaces. On ne distingue pas les différentes dimensions, on en a une perception intégrée. Nul doute que le spectacle du faucheur en action participe autant au calme que l’absence de bruit de son geste. Les décibels émis par les sabots des chevaux sur les pavés troublent moins le calme que le passage d’une benne électrique à ordures, malgré ce que peut en dire le sonomètre. 
Le développement durable est bien la conjugaison des dimensions de la vie, certaines physiques et d’autres culturelles. Une exigence affirmée dans un domaine retentit sur tous les autres. Elle révèle une attente large, comme le concept de calme débouche sur une qualité totale. Tous les chemins mènent au développement durable, pour peu que l’on abandonne ses œillères.

NB. Pour plus d’informations sur les zones calmes, on pourra se reporter à l’article de Guillaume Faburel et Nathalie Gourlot « Un référentiel national pour définir et créer des zones calmes en vile », dans le numéro de juin 2009 d’Echo Bruit. On pourra aussi participer à la conférence internationale sur le sujet organisée le 12 février prochain par la Ville de Paris, le CIDB (centre d’information et de documentation sur le briut) et Bruitparif (renseignements : bouin@cidb.org )

 

Source image : http://www.linternaute.com/nature-a...

Thèmes

Environnement cadre de vie

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Les Auteurs deBiodiversité