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Troublante vivacité

Article publié le 18 février 2008

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photographie : Olivier Martin Delange

ci-dessous, un petit texte à paraître dans nukemag, magazine de la génération polluée...

Notre appartement déborde… Il n’y a plus de place. Pas surprenant dans l’agglomération parisienne où le prix du mètre carré monte autant que la surface totale des logements diminue. Mais des familles parviennent bien à s’aménager un endroit fonctionnel dans des surfaces équivalentes à celle dont nous disposons à deux… Qu’est-ce que nous avons bien pu mettre de si encombrant que le soleil a toutes les peines du monde à se glisser au cœur des pièces à travers le maillage de notre aménagement ? Bien peu de meuble. En fait, on préfère même abandonner les anciens meubles et se débarrasser du trop plein d’objets inutiles aussi superflus que les souvenirs futiles de l’adolescence. Alors voici mon inventaire :

Adiantum raddianum, Asplenium nidus avis, Anthurium scherzerianum , Bégonia Rex, Caladium, Chlorophytum comosum, Cyperus alternifolius, Echinocactus grusonii, Epipremnum aureum, Ficus benjamina, Ficus pumila, Hedera helix, Persea americana, Philodendron mandianum, Tradescantia fluminensis, Spathiphyllum wallsii, Zamioculcas zamiifolia...

La litanie des variétés végétales horticoles, rares ou précieuses peut être déclinée à l’infini au point de transformer un appartement en cabinet de curiosité du XVIIe siècle. Mais ce n’est pas ce rapport désuet à l’environnement qui a présidé à l’invasion d’êtres vivants, ou la colonisation tropicale de l’appartement…
Quel a été l’événement de transition qui a fait basculer notre logement du stade aseptisé et fonctionnel en écosystème ? Deux tendances simultanées ont progressé de concert.

La première fois que nous avons accepté le principe de laisser vivre les minuscules espaces extérieurs, les bords de fenêtres et les balconnières, nous avons ouvert grand la porte à la vie. Les premières générations spontanées (essentiellement des graminées sauvages) se sont manifestées en même temps que la prise d’assaut des lieux par une multitude d’animalcules aux populations habituellement régulées à coup d’insecticide. Nous avons opté pour la stratégie du mal pour le mal : à chaque parasite son prédateur… avec les premiers pucerons les premières larves de coccinelles, puis vinrent diverses espèces de scarabées, charançons et araignées… Tout ce petit monde s’organise et se régule autour de plusieurs centaines de pieds de plantes traditionnelles comme les Ipomoea, Mirabilis jalapa ou Tropaeolum et même quelques plantes plus originales comme L’Echium pinana. Vinrent ensuite les chenilles, surtout des pieris brassicae, dont je mets les chrysalides de coté dans l’appartement, jusqu’à ce que certains matins en ouvrant les fenêtres je libère une nuée de papillons.

Dans le même temps, l’écosystème intérieur se développait avec le premier élevage d’artémias salina pour nourrir les poissons et le recyclage des eaux usées de l’aquarium pour fertiliser les plantes d’intérieur…

Felis silvestris catus, Brachydanio Frankei, Brachydanio rerio, Rasbora heteromorpha, Pangio kuhlii, Hemigrammus bleheri, Hemigrammus erythrozonus, Paracheirodon axelrodi, Paracheirodon innesi, Kryptopterus bicirrhis, Ancistrus dolichopterus, Poecilia reticulata, Aphyosemion gardneri, Colisa lalia, Atyopsis Gabonensis, Macrobrachium lanchesteri, Pomacea bridgesi, Pleurodeles waltl...

Cette liste de poissons, gastéropodes, batraciens et crustacés regroupe une communauté dynamique, avec de nombreuses naissances sous l’œil avisé de notre représentante des Felis silvestris catus…
On pourrait croire que ces invasions vivantes de l’habitat humain sont troublantes par leur volume, mais en réalité il ne s’agit pas simplement d’un agrégat de curiosité. La démarche est celle de la transformation des espaces en écosystèmes. Avec la chaleur permanente et l’humidité relative des appartements relativement obscurs, c’est un lieu idéal pour les êtres issus des sous-bois de forêt tropicale. Les bouts de rivières tropicales que les aquariums représentent sont dans la même tonalité. L’extérieur et les bords de fenêtre bénéficient des conditions climatiques locales, et peuvent donc être naturellement colonisés par les essences et les espèces autochtones.

Habituellement, les espaces artificialisés empiètent sur les écosystèmes, cette fois, ce sont les écosystèmes qui s’immiscent en pleine métropole. Parfois même, des espèces en voie de raréfaction dans leurs territoires naturels peuvent trouver refuge chez les particuliers comme nos batraciens espagnols qui résident dans la chambre… parfois enfin, les espèces cultivées nous signifient à quel point le monde est en train de changer… Nous avons accueilli plusieurs espèces inadaptées au climat parisien, comme mes Echium pinana. Cette plante n’aurait pas du survivre à l’hiver, s’il avait fait assez froid. Elle fleuri au bout de trois ans en lançant vers le ciel une hampe richement fleurie sur parfois deux mètres… Le spécimen installé au bord de nos fenêtres a passé son second hiver. Il s’apprête à fleurir et d’ici quelques mois il ravira les abeilles du coin ! Malgré la beauté de cette floraison, elle résonne comme un chant funeste puisqu’elle démontre que le climat s’est déjà suffisamment réchauffé pour que des espèces telles que celle-ci, venue des Açores, s’installent durablement en île de France…
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commentaires
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par judel.66 (IP:xxx.xx7.12.40) le 18 février 2008 à 21H58

où voulez vous en venir ??????

bien du plaisir pour vos voisins ! ! ! ! !


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