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SOS prairies en danger

Article publié le 16 mars 2009

Oubliées du droit et des politiques publiques, mais amplement étudiées sous les angles écologiques et agricoles, les prairies sont mal en point. Etat des lieux et propositions succinctes.

SOS prairies en danger

Les prairies, oubliées du droit et des politiques publiques ?

Dans la palette des milieux naturels qu’il faut s’efforcer de protéger, il en est un que la fréquentation quasi quotidienne et la familiarité font paradoxalement oublier : la prairie. Moins photogénique peut-être que les fonds marins, moins précieuses à première vue que les forêts ou que les zones humides, les prairies sont les grandes oubliées du droit de l’environnement. Sur les quelques trois cent « accords environnementaux multilatéraux » dédiés à l’environnement – les AEMs, pour reprendre le jargon des juristes – aucun n’est spécifiquement dédié à la protection des prairies, même si l’on peut estimer, ne fût-ce qu’à première vue, que certains textes abordent incidemment le sujet (par exemple : une assez exotique « Convention pour la protection de la nature et la préservation de la vie sauvage dans l’hémisphère occidental » de 1940, entrée en vigueur deux ans plus tard mais peu connue pour son dynamisme ; ou encore la Convention ‘Benelux’ sur la chasse et la protection des oiseaux de juin 1970). Il en va de même au niveau européen. Il existe bien une « Convention européenne du paysage » du 20 octobre 2000, dite « Convention de Florence » mais, outre le fait qu’elle ait été adoptée sous les auspices du Conseil de l’Europe –ce qui la distingue radicalement du droit communautaire – on voit immédiatement que, là encore, le texte ne saurait concerner spécialement les prairies. La situation est quelque peu étonnante, car il existe en revanche et à titre de comparaison une convention internationale consacrée aux zones humides et aux marécages : la fameuse Convention de Ramsar du 2 février 1971 que pas moins de 158 pays ont ratifié[1]. Quant au droit communautaire, il témoigne de la même généralité : la protection des prairies en tant qu’espaces écologiques ou écosystèmes ne peut relever au mieux que de la directive « habitat » du 21 mai 1992 ou encore du réseau « Natura 2000 », lequel comporterait il est vrai, au dernières nouvelles, pas moins de 26.000 aires protégées .

Négligée par le droit international et communautaire, la prairie le serait-elle également par les politiques publiques ? Tout porte à le croire, encore qu’il faille faire preuve ici de circonspection. On sait par exemple qu’il existe, en France, une « Stratégie nationale de la biodiversité » adoptée en février 2004 et pour laquelle un bilan à mi-parcours avait été dressé par le ministère de l’environnement – aujourd’hui le MEEDDAT – au printemps 2008[2], sans que cet instrument complexe n’aie franchement attiré l’attention des médias entre-temps (pour en savoir plus, consulter notre article descriptif ici). Or cette stratégie nationale est en fait articulée autour d’une dizaine de plans d’action ministériels – sept adoptés en novembre 2005, trois adoptés un peu plus tardivement en septembre 2006. Et bien qu’il existe parmi eux un plan d’action « forêts », force est de constater qu’il n’existe pas d’équivalent pour les prairies. En fait la question semble relever à la fois du plan d’action ministériel « patrimoine naturel » et du plan « agriculture », respectivement pilotés, comme on sen doute, par les ministères de l’environnement et de l’agriculture.

Un lieu ambigu mais intensément étudié.

C’est qu’en effet la prairie est un espace ambigu en ce qu’elle relève à la fois de l’écosystème naturel et du paysage façonné de main d’homme dans un souci d’exploitation agricole. Le vocabulaire employé suffit généralement à traduire cette ambivalence, même là où on serait tenté de raisonner avant tout en termes d’espaces naturels. Il suffit de considérer le cas de la démesurée Mongolie, dont un célèbre site encyclopédique nous dit qu’elle comporte « 80% de pâturages permanents » pour 9% de forêts. Les prairies assimilées d’emblée à des « pâturages », donc à un usage humain : voilà précisément l’ambiguïté qui place les prairies à mi-chemin de l’écologie et de l’agriculture.

 Du coup, il est également délicat de définir ou de désigner la prairie. Mais il y a là un paradoxe : car si les politiques publiques ont du mal à se saisir de la question, il n’en va pas de même des scientifiques, observateurs, experts et autres statisticiens qui ont développé en la matière un « tableau de bord » assez complet. Qualitativement et quantitativement parlant, on sait donc de quoi on parle lorsqu’on évoque la problématique de la conservation des prairies en France. Le rapport d’activité 2007 de la Stratégie nationale pour la biodiversité, déjà évoqué, comporte à cet égard des informations précieuses. Il y est expliqué qu’en métropole, les espaces agricoles couvrent 55% du territoire, soit un peu plus de 300.000 km2. Or sur cette surface, la même source indique que 18% sont constituées de prairies, ce qui représenterait donc 54.500 km2. Voilà pour la surface ; reste à apprécier l’état de conservation. Sur ce point les prairies sont reconnues en tant que catégorie à part entière dans les dispositifs de Coordination de l’information sur l’environnement (CORINE) mis en place initialement par la direction générale du Conseil de l’Europe, et employés par la suite par l’Institut Français de l’Environnement (IFEN) pour suivre, parmi d’autres éléments, l’évolution des habitats d’une manière compatible avec la typologie dressée dans la directive « Habitats »[3]. Il existe ainsi, dans l’instrument de suivi « CORINE biotope », une catégorie regroupant les « Landes, fruticées et prairies ». De la même manière, l’IFEN et la direction générale de l’aménagement, du logement et de la nature du ministère de l’environnement (DGALN) proposent des données sur les « formations herbeuses naturelles et semi-naturelles ». Enfin, il existe pour l’aspect « productiviste » des instruments statistiques permettant de suivre le rendement des prairies fourragères, comme l’indicateur ISOP qui fournit chaque année, pendant la période de croissance végétale, des estimations du volume de matière sèche produit à l’hectare. Comme on le voit en somme, on ne manque pas de tableaux.

Un patrimoine botanique varié et incroyablement utile.

Ce qu’illustrent ces tableaux, c’est notamment la variété et l’utilité du patrimoine botanique.

Une prairie, c’est bien évidemment et avant toute autre chose une surface investie par les plantes, la « végétation prairiale », que celle-ci soit présente spontanément ou introduite par l’homme. Ce patrimoine botanique des prairies, notamment tempérées, est extraordinairement varié. Il faut toutefois l’aborder sous deux aspects : sa diversité proprement dite et sa fonctionnalité.

Sous l’aspect de sa diversité, on peut constater que les prairies sont ordinairement couvertes d’un mélange associant des plantes spontanées ou « adventices » (souvent assimilées aux « mauvaises herbes »)[4], des « plantes messicoles » (cultivées, à l’inverse des précédentes), des plantes dites « rudérales »( investissant les décombres ou les terrains vagues), ou encore des plantes mellifères (attirant les butinants). Ce paysage botanique est déjà complexe, mais il le devient plus encore quand on considère l’origine géographique des plantes en question. Prenons un exemple familier, ou plutôt deux : les très populaires coquelicots et bleuets qui animent si joliment prés et talus. Ces espèces, dont il est régulièrement affirmé qu’elles sont en danger, ne sont cependant pas indigènes ; elles ne viennent pas d’Europe occidentale mais y ont été introduites à partir du bassin méditerranéen en même temps que l’agriculture. Aussi peut-on se demander s’il ne faut pas préserver prioritairement les plantes vraiment indigènes, sans forcément tenir compte de leur valeur esthétique.

Sous l’aspect « Fonctionnalité », la végétation prairiale se prête à de nombreux usages. Associée à des pratiques agricoles comme la jachère, elle participe à l’enrichissement des sols fréquemment épuisés par l’agriculture moderne, sous l’aspect assez familier des « engrais verts ». Cette technique consiste à cultiver des plantes sur un sol, à les couper et à enfouir sur place la forte quantité de matière organique obtenue, laquelle comporte des engrais naturels qu’on peut du reste choisir ou privilégier en sélectionnant soigneusement les plantes en question. Les résidus organiques obtenus sont abondants : pour chaque hectare, on obtient 5 à 6 tonnes de matière hautement fermentescible, donc rapidement dégradée. D’ordinaire cet usage permet de produire du carbone et de l’azote, mais d’autres substances sont obtenues par la prolifération des vers de terre, des microbes et des bactéries dans la biomasse fraîche : il en va ainsi du phosphore et du potassium. Un avantage dérivé de cette pratique réside dans la circonstance qu’une « ceinture » de prairie plantée en « engrais vert » fournit ce qu’on appelle une coupure sanitaire : c’est-à-dire qu’elle empêche, par exemple, la propagation des maladies ou des parasites des céréales aux parcelles voisines. Les légumineuses, très efficaces en tant qu’engrais vert – on peut penser à la bonne vieille moutarde ou à la vesce – bloquent ainsi les champignons parasites des céréales. D’autres plantes présentent carrément des propriétés insecticides (en l’absence d’OGMs, s’il vous plaît !) : c’est le cas de la phacélie à l’égard des nématodes. Cs approches permettent dans le même temps de lutter contre les processus d’appauvrissement de la terre : lessivage mais encore érosion éolienne. Sans compter enfin que certains de ces engrais vert ont le bon goût d’être dans le même temps des plantes mellifères, autrement dit d’attirer les butinants : c’est le cas de la moutarde, du sarrasin ou du melilot…

Comme si ces bienfaits n’étaient pas suffisants, la prairie en offre encore un autre, à priori évident : elle est un lieu de nourrissage par mise à disposition de pâtures à la belle saison. C’est aussi l’usine naturelle fournissant la matière première de l’ensilage, lequel n’est autre qu’une méthode de conservation du fourrage par fermentation lactique, obtenue soit par mise en silo (d’où le nom…), soit par emballement direct des meules oudes bottes de foin dans des films plastiques. Des associations d’engrais vert (comme le trèfle violet) et de graminées fourragères fonctionnent bien et fournissent une matière première favorable à l’ensilage, bien qu’il faille souvent additionner ces préparations de conservateurs

Périls sur les prairies.

1) un espace grignoté.  Les dangers pesant sur les prairies consistent d’abord en une diminution sensible des espaces correspondants. Comme l’affirme le rapport d’activité 2007 de la Stratégie nationale, « les pelouses et prairies (…) sont en état inadéquat à mauvais en domaine continental et atlantique, ceci étant lié notamment à une réduction des surfaces couvertes par ces habitats » (p.8). Cette diminution obéit à des facteurs qui, à première vue, évoquent peu une catastrophe écologique : il faut savoir par exemple que la forêt, qui s’est agrandie de 1,7 millions d’hectares au cours des deux dernières décennies, a gagné une part de ces superficies additionnelles sur les « terres délaissées par l’agriculture » (même source, p. 6). Mais le facteur le plus inquiétant est naturellement l’urbanisation, que les statistiques officielles qualifient plus volontiers d’« artificialisation des terres ». D’après justement CORINE land Cover, les zones urbaines ont progressé de 11,4% de 1990 à 2000 tandis que les prairies, dans le même temps, perdaient plus de 3% de leur surface ; le grignotage périurbain, là encore, est à l’œuvre. Le même constat est illustré par AGRESTE, le système statistique du ministère de l’agriculture, qui présente quant à lui l’intérêt de fournir des données annuelles[5].

2) Une biodiversité attaquée. Chez nos voisins helvètes, qui observent attentivement le phénomène, la rétractation des prairies prend des proportions dramatiques puisque l’Office Fédéral Suisse de l’Environnement (OFEV) estime qu’au cours des 60 dernières années, pas moins de 90% des prairies et pâturages secs auraient disparu de la surface du pays. Le botaniste suisse Christian Purro, qui officie dans le canton de Fribourg, y observe effectivement la réduction de ces espaces mais fait aussi observer que le surpâturage, associé au piétinement des bulbes, compromet la reproduction de nombreuses plantes comme les narcisses. L’OFEV gère une « liste rouge des fougères et plantes à fleurs » sur laquelle 30% des espèces étaient déjà considérées comme menacées en 2002, contre 25% dix ans plus tôt, ce qui témoigne de l’aggravation du problème[6]. Pour en témoigner, l’Office publie désormais un bulletin spécialisé, le « courrier des prairies sèches ». 

 A l’instar de la flore, la faune présente dans les prairies est à la fois abondante et fortement menacée. Un exemple frappant en est fourni par les papillons. On estime qu’en France, la moitié environ des papillons de prairies ont disparu en quinze ans ce qui, s’agissant d’un ensemble regroupant pas moins de 160.000 espèces (familles des lépidoptères) ne va pas sans interpeller – d’autant que la plupart des espèces de papillons étant « monophages », donc vouées à la consommation exclusive d’une seule espèce de plante, on peut en déduire ce qu’on imagine quant à l’évolution de la flore. Au reste, le mouvement paraît plus avancé en Angleterre où 71% des papillons auraient disparu au cours des deux dernières décennies[7].

 Un autre exemple d’espèce animale en danger, un peu plus inattendu, est fourni par notre bon vieux lapin de garenne, certes assez abondant encore aux abords des aéroports ou des autoroutes, mais paradoxalement en situation de raréfaction dans son habitat le plus naturel. Ceci s’explique par la chasse, la myxomatose, la mortalité routière et – probablement – par l’influence des engrais et des pesticides dans l’agriculture. Les populations de la péninsule hispanique, dont notre familier Oryctolagus Cuniculus est originaire, sont les plus touchées, au point d’ailleurs que ses prédateurs comme le lynx ibérique s’y trouvent eux-mêmes menacés. Des opérations de réintroduction sont testées un peu partout en Europe, mais cela revient à pallier une perte de biodiversité par des moyens somme toute artificiels.

 En France, on cherche semble-t-il le moyen de mesurer l’ampleur du phénomène par des moyens plus « fins » et plus proches du terrain que les tableaux statistiques mentionnés plus haut. Certaines écoles d’ingénieurs agronomes ont un rôle utile à jouer dans cette matière. Celle de Clermont, l’ENITA, avait lancé un programme de ce genre au milieu des années 2000 dans la région de la chaine des puys. L’opération consistait simplement à déployer des observateurs chargé, par voie d’observation et de comptage, d’établir un « diagnostic » des prairies examinées au moyen d’une notation allant de 0 (niveau écologique d’un parking…) à 54 (plus proche de la forêt amazonienne). L’examen devait porter sur les oiseaux, papillons et autres orthoptères (groupe associant les mantes, grillons et autres sauterelles).

Quelle réaction ?

Compte tenu de ces pressions, que faire pour protéger les prairies – par exemple à l’échelle européenne ? Quelques suggestions peuvent être avancées.

- un travail analytique doit être effectué afin d’y voir clair sur les plans juridiques, réglementaires et administratif. Il s’agirait d’examiner les conventions internationales pertinentes ainsi que les directives de l’Union (habitat, oiseaux…) pour bien définir le cadre normatif commun dans lequel devra s’inscrire l’action. 

- les instruments statistiques auxquels on a fait allusion (CORINE en France, instruments de l’IFEN, de l’ISOP, etc) doivent être recensés par pays et les Etats qui en sont dépourvus doivent se munir d’outils équivalents, dont il faudrait autant que faire se peut assurer la compatibilité (par exemple sur le plan méthodologique). Il conviendrait d’interroger notamment les ministères de l’agriculture des 27. De manière plus ambitieuse, un programme visant à établir une cartographie évolutive des prairies en Europe pourrait être mis sur pied, en s’inspirant par exemple des travaux effectués en Suisse où l’OFEV propose un inventaire dit « inventaire PPS ».

- A une échelle peut-être plus modeste – par exemple celle de la région – on peut songer à organiser des tables rondes des acteurs les plus impliqués afin d’alimenter une « boite à idées » collective. Pourraient y être conviés les agriculteurs, les écoles et instituts d’agronomie, les associatifs (associations de protection de la nature, randonneurs…), des personnalités scientifiques, des représentants des services décentralisés des ministères de l’environnement, ainsi que des représentants es collectivités locales et territoriales.

- Les propositions dégagées sur ces bases devraient recevoir à leur tour un encadrement réglementaire, mais dans un premier temps le plus « léger » et le plus adapté aux conditions locales possibles (par exemple par voie d’arrêté, ou équivalent). Sur la base des inventaires évoqués plus haut, des programmes de réintroduction d’espèces pourraient être envisagés.

 

 Il ne s’agit évidemment là que d’indications très grossières, le rôle de bon nombre d’institutions devant encore être « calé » sur ce schéma : on songe par exemple à l’Agence Européenne pour l’Environnement (AEE). Reste que nombre d’outils sont déjà à notre portée : encore faut-il passer à l’action…

 

 



[1] Le dernier en date étant… l’Irak, au mois de février 2008.

[3] On distingue un peu plus précisément « CORINE Biotope » et « CORINE landscape ». Pour une description de ces systèmes ainsi que leur contribution à la protection des habitats, on peut se référer à l’Inventaire National du Patrimoine naturel INPN (http://inpn.mnhn.fr/inpn/fr/biodiv/habitats/index.html) ou au site de l’IFEN lui-même, à la page « données essentielles sur les espaces naturels » : http://www.ifen.fr/donnees-essentielles/nature-et-biodiversite/espaces-naturels.html .

[4] En réalité l’expression provient du latin « adventium », qui signifie : supplémentaire. Il s’agirait donc, étymologiquement, de plantes ayant la « mauvaise » habitude de s’implanter en l’absence d’invitation humaine …

[6] On peut consulter les listes rouges de l’OFEV à l’adresse : http://www.bafu.admin.ch/artenvielfalt/01010/index.html?lang=fr .

[7] Chiffre rapporté par Noé conservation, rapport annuel 2006.

Thèmes

Biodiversité Animaux Ecologie Développement durable Agriculture Pesticides Campagne rural Paysage

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commentaires
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par zelectron (IP:xxx.xx6.207.2) le 17 mars 2009 à 10H52

Bravo à l’auteur : cet article est un avertissement grave.

Pour se détendre relire "le sous-préfet aux champs" d’Alphonse Daudet pour un peu de nostalgie.

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(IP:xxx.xx1.247.243) le 17 mars 2009 à 18H26

Bonjour Monsieur. Vous sous présentez comme étant : ’ Docteur en droit international ’ , comme je vous plaints de devoir supporter tous ces égoïsmes qui nous écrasent. En tout cas, MERCI de savoir et d’écrire aussi bien ce que beaucoup pensent tout bas.

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par highrestgakil1974 (IP:xxx.xx6.61.25) le 3 juin 2013 à 17H19

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par zeytelsuverb1984 (IP:xxx.xx6.60.28) le 23 août 2013 à 07H00

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