Article publié le 30 mai 2008
Comment s’est comportée, depuis longtemps, une grande majorité de l’humanité vis-à-vis des mers et océans ?
De façon très systématique, routinière mais hautement organisée, comme une cueilleuse avide, un prédateur destructeur, un ravageur, comme le riverain d’une décharge qui avait l’agréable propriété de n’émettre aucune odeur putride.
Nous connaissons maintenant depuis assez longtemps les divers résultats de ces comportements : mers et océans sont des milieux pollués, de façon plus ou moins intense, plus ou moins visible selon les lieux, et de plus en plus dépourvus de vie.
Nous connaissons... ou nous ignorons parfois les conséquences de certains comportements : quels impacts a pu avoir l’abandon aux fonds marins de dizaines de milliers de tonnes de déchets radioactifs, parfois à 2 encablures de nos côtes ?
Une question parmi tant d’autres...
Aujourd’hui la hausse des cours du pétrole " jette les pêcheurs dans la
rue ", en France d’abord puis peut-être bientôt dans toute l’Europe.
Ils bloquent les ports, les dépôts de carburant, se permettent de
détruire du poisson en pillant des commerces, ou de distribuer ce
poisson " au public ", de distribuer parfois le carburant de stations
service qu’ils investissent : des actions de vol et de recel auxquelles
" l’état de droit " dans lequel nous sommes supposés être ne trouve
apparemment rien à redire...
On comprend la détresse financière d’une profession dont la rentabilité
est depuis longtemps menacée par la raréfaction des " stocks "
d’espèces marines et par la hausse des prix du carburant.
Mais il ne faudra pas oublier que ces mêmes pêcheurs n’ont rien fait de
probant pour n’être pas équipés de " godasses " flottantes aux qualités
hydrodynamiques déplorables alors que les charpentiers de marine savent
depuis fort longtemps concevoir des carènes fort bien profilées, alors
que nous disposons depuis maintenant une trentaine d’années de
logiciels capables d’optimiser encore plus ces carènes et les divers
facteurs qui influencent le rendement des bateaux.
Ah ! Le charme d’un moteur " puissant ", éventuellement plus " puissant
" que celui du voisin (et la " fierté " qu’on en tire alors !) !
On s’est bercé à son vacarme, on dormira à son silence forcé !
Il y a eu pourtant quelques " chocs pétroliers " qui auraient dû
inciter à penser que le prestige de la puissance devrait un jour faire
place à la satisfaction d’une plus grande efficacité, d’une meilleure
optimisation...
Avons-nous pu compter sur les pouvoirs publics, sur les politiques, pour voir plus loin que le nez de nos pêcheurs ?
Assurément non : ils ont tenté de résoudre les crises successives en se
gardant surtout du risque de perdre des électeurs, en ne cherchant
jamais à optimiser quoi que ce fût, en évitant tout produit de quelque
imagination, nous conduisant ainsi à la situation actuelle, désastreuse
à de nombreux points de vue.
Car, prenant un peu de hauteur, la question du revenu des pêcheurs peut
être considérée comme un épiphénomène dans une défaite globale, si l’on
considère l’état déplorable des mers et océans, la déconfiture du
vivant dans ces milieux.
Nous sommes dans le cours de la toute première extinction majeure
d’espèces, une extinction provoquée par l’homme et qui affecte autant
les milieux marins que terrestres.

Les pêcheurs ont été parmi les premiers à constater que le volume de
leurs captures s’amenuisait, en dépit d’équipements de plus en plus
performants, les scientifiques n’étaient pas loin, les politiques non
plus pour partager ce constat.
Qu’a-t-il été fait ?
On a élaboré des réglementations diverses, imposé des contraintes et
des limitations sans jamais songer un instant infléchir cette attitude
de cueilleur effréné, en feignant d’ignorer des champs de possible dont
de nombreux exemples bien connus auraient pu nous mener à un présent
bien différent.
On sait que l’humanité est passée de la cueillette à l’agriculture, que
cette transition a profondément modifié, il y a fort longtemps, ses
horizons alimentaires et ses perspectives d’avenir.
On sait également que, depuis des temps anciens, de nombreuses sociétés
ont pratiqué l’élevage, ici extensif, ailleurs plutôt intensif, de
poissons d’eau douce.
Favoriser la croissance et la prolifération des espèces aquatiques
n’était donc pas hors du registre de nos connaissances, hors de portée
de notre intelligence.
Ah, objecterez-vous, un étang d’eau douce n’est pas la mer : j’en suis
informé, merci, tout comme j’étais informé il y a bien une trentaine
d’années au moins, par des articles de je ne sais plus quelles revues
(" Pour la Science ", " La Recherche ", " Science et Vie " ou
autres... ? je ne saurais plus dire, m’étant débarrassé de mes
collections...) que le Japon obtenait des résultats intéressants en
terme d’amélioration de la production des mers par l’utilisation de
récifs artificiels, une pratique qui remonterait au moyen-âge.
Si " moi ", petit français moyen, je disposais de cette information il
faut en déduire que toute autre personne pouvait en avoir facilement
connaissance et en tirer certaines déductions !!!
Comment comprendre que nous ayons persisté à cueillir sur un arbre aux
fruits de plus en plus rachitiques une récolte s’amaigrissant d’année
en année sans songer un seul instant à lui apporter quelques soins afin
qu’il produise plus et mieux ???
Que faire maintenant ?
Il est probablement encore temps de s’engager dans une politique de
préservation / restauration des ressources marines, de mettre en oeuvre
une politique très volontariste faisant largement appel à ces récifs
artificiels qui ont sans conteste prouvé leur efficacité.
Pour donner rapidement des fruits l’opération devra être menée sans
tarder, en faisant appel aux meilleurs spécialistes de la question
(probablement donc des japonais), en lui allouant des moyens
financiers, matériels et humains importants.
Tâche difficile pour un pays comme la France dont les caisses sont désormais connues pour être vides...
La France ?
Mais n’oublions pas que nos pêcheurs ne sont pas les seuls à écumer nos
côtes et qu’ils ne se contentent pas de nos eaux territoriales.
L’extension à l’ensemble de l’Europe des revendications parties il y a
quelques jours de France est là pour nous rappeler que la raréfaction
des espèces marines et l’expansion mondiale conjointe des méduses est
un problème typiquement international.
De ce point de vue " nos " pêcheurs sont les pêcheurs d’Europe, les pêcheurs du Monde.
Un élément significatif de solution doit donc intervenir plus que la
France : l’Europe, dans une politique coordonnée et concertée.
Il convient donc d’engager des investissements importants dont la
rentabilité ne sera pas immédiate, de raisonner à tous points de vue en
termes d’efficacité maximale, d’optimiser autant que faire se peut ces
investissements tout en garantissant aux professionnels de la pêche des
revenus immédiats – et des perspectives de revenus à long terme – qui
assureront correctement leur survie.
Un tel plan pourra donc exiger une reconversion profonde des mécanismes
de la profession, une reconversion au moins temporaire d’une part de
ses effectifs dans l’équipement des fonds en structures récifales
artificielles.
Différer un tel plan, à une époque où nous pouvons supposer que
matières premières et énergies risquent peu de voir leur coût baisser,
risque d’en rendre la réalisation de plus en plus coûteuse et nous
privera de ses bénéfices à concurrence du retard que nous prendrions :
on peut considérer que l’urgence est extrême.
Lorsqu’il s’agira d’optimiser chacun des paramètres nous devrons nous
poser la question des synergies qu’il serait possible d’imaginer afin
de mieux en amortir les coûts.
Nous voudrons implanter sur des fonds marins qui s’y prêteront des
structures correctement ancrées, d’importances diverses, qui
représenteront un investissement en quelques matières premières, en une
variété de types de travaux, ce qui rendra certaines zones marines
impropres à des techniques de pêche comme le chalutage.
Les récifs artificiels partagent-ils ces caractéristiques avec un autre domaine d’activité ?
Assurément oui : les fermes éoliennes offshore monopolisent des zones marines de même typologie.
A moins qu’il ne s’agisse d’éoliennes sur corps flottants (il existe de
tels projets, et il faudrait vérifier s’ils seraient incompatibles avec
le concept de récif artificiel) les éoliennes offshore doivent être
posées sur un socle rigide solidaire du plancher océanique.
Y aurait-il un inconvénient majeur à ce que ces socles soient équipés
des systèmes d’alvéoles appropriés à une bonne colonisation par une
grande variété d’espèces ?
Je n’en vois pas, et un secteur marin dédié à la production d’énergie
éolienne (électricité directe ou indirecte par vecteur d’air comprimé)
pourrait également un site parsemé de récifs artificiels, optimisant
ainsi l’utilisation à la fois des espaces marins, des matériaux qu’il
faudra mettre en oeuvre, des financements...
On m’objectera que l’énergie éolienne est intermittente : nous sommes
aujourd’hui contraints de mettre au point des solutions énergétiques
mixtes, faisant appel à une grande variété de sources, ne considérons
donc pas ce que une seule éolienne ou une seule ferme.
La restauration des ressources océaniques impose des actions bien au delà du seul littoral national.
Raisonnons donc dans un ensemble d’un niveau de grandeur à l’échelle de
l’enjeu, englobant au minimum les côtes atlantiques et méditerranéennes
de l’Afrique, de l’Europe et du Moyen Orient.
La multiplication des fermes éoliennes offshore sur de telles
extensions littorales garantira un fond de production électrique
régulier, les crêtes trouveront leur utilité dans une intégration avec
des sources non éoliennes au sein de vastes réseaux inter connectés
(courant continu à haute tension par exemple).
Un tel programme constituerait un complément très opportun au projet
TREC, qui vise à la production conjointe d’électricité et d’eau douce
par la technique du solaire thermique par concentration.
Ohhhhh... je vous vois venir : combien de milliards ?
Il y aura effectivement un coût, élevé bien entendu.
A combien estimez-vous le prix d’une mer saine et productive par rapport à celui d’une mer essentiellement peuplée de méduses ?
A combien, le prix de ces " oméga 3 " si indispensables à votre santé et bien meilleurs sous forme de poisson qu’en pilules ?
Mais à combien aussi le prix d’une société dans laquelle chacun, et
n’oublions pas les pêcheurs, trouverait sa place et vivrait
correctement ?
Souvenons-nous par ailleurs que, de toutes façons, nos sociétés sont
contraintes d’investir dans des systèmes de production d’énergie, et
notamment d’électricité.
Des choix sont inévitables et nous pouvons les poser dans différents termes, les baser sur différents critères.
Nous pouvons par exemple nous demander si nous voulons produire de
l’électricité et des déchets toxiques sous différentes formes pour des
durées plus ou moins longues avec des conséquences plus ou moins
coûteuses (charbon, nucléaire...) ou si nous voulons mettre en place
des synergies pour produire de l’électricité, de l’eau et obtenir des
surfaces cultivables nouvelles (solaire thermique par concentration) et
/ ou si nous voulons produire de l’électricité et " du poisson " avec
une régénération des milieux marins...
Chaque solution aura des impacts géopolitiques, politiques, financiers,
environnementaux, sociaux... fort différents et nous pouvons encore
effectuer des choix.
Produire en co-génération de l’eau douce là où elle fait cruellement
défaut, régénérer les milieux marins, cultiver des zones arides ou
désertiques à l’ombre des miroirs procurera des avantages aux multiples
facettes, aux conséquences assurément positives dont il est à peu près
impossible de traduire les bénéfices en chiffres : ils sont de toutes
façon énormes.
Evaluons et choisissons !
A propos des récifs artificiels :
"Gîte et couvert à la japonaise" : reportage de Thalassa sur les récifs artificiels au Japon
"Les Récifs Artificiels" : un article qui présente de nombreux aspects de ces structures
"Les récifs artificiels : un terrain de jeu à aménager" : un point de vue de l’Ifremer
"Un aménagement possible du milieu côtier : récifs artificiels et repeuplement" : quelques autres lignes de l’Ifremer...
Sur l’interconnexion des réseaux Afrique / Europe / Moyen Orient et le solaire thermique par concentration : TREC-France
L’exploitation des ressources maritimes s’est transformée en pillage aveugle. On en est arrivé à un tel degré d’absurdité que nourrir des poissons d’élevage comme par exemple le pangrassus au Viet-Nam, on pèche du petit poisson pour en faire des granules pour nourrir les premiers. On prive ainsi les animaux marins sauvage de leur ressources alimentaires, bref, on fonce contre un mur.
Pour moi, l’augmentation du pétrole, la crise des pêcheurs, je ’ai pas honte de le dire, même si j’ai conscience que ça doit être dur pour eux, eh bien c’est une bonne nouvelle.
le temps est venu pour l’homme de remettre profondément en question son mode de vie. Il ne veut pas de la simplicité volontaire, il ne veut pas de la décroissance ? Qu’à cela ne tienne, elle lui sera imposée par la force des choses : l’augmentation du pétrole n’est pas un effet de la spéculation mais la conséquence d’une pénurie réelle. Ce ne sont donc pas seulement les marins pêcheurs mais tous ceux qui utilisent le pétrole qui vont devoir repenser la société.
Entre le pillage de la nature et la pollution, la fin du pétrole bon marché est donc une aubaine, une très bonne nouvelle. cela va évidemment bouleverser la société, son organisation, la voiture va devenir un objet de luxe et bientôt une honte pour qui osera encore dépenser pour polluer…
Sur AgoraVox, un sondage demandait la semaine dernière « Soutenez-vous les blocages des ports par les marins-pêcheurs qui protestent contre la hausse des prix des carburants ? » et 58% ont répond oui.
Moi j’ai voté non : il veulent le beurre, l’argent du beurre et le droit de ontinuer à piller les ressources marines qui n’en peuvent plus !
Quand le poissons sera devenu intouchable parce que hors de prix les gens vont se rabattre sur la viande qui va évdemment aussi devenir intouchable et au final, l’humanité s’acheminera vers le végétarisme. Cette crise est une bonne chose.
bravo. Je n’ai rien à ajouter. La hausse du prix du pétrole est une bénédiction pour la nature
Désolé, j’ai proposé une épreuve qui contenait encore quelques erreurs, les rectifications :
"Nous sommes dans le cours de la toute première extinction majeure d’espèces, une extinction provoquée par l’homme et qui affecte autant les milieux marins que terrestres. devient : "Nous sommes dans le cours de la toute première extinction majeure d’espèces provoquée par l’homme et qui affecte autant les milieux marins que terrestres."
"Un élément significatif de solution doit donc intervenir plus que la France : l’Europe, dans une politique coordonnée et concertée." devient : "Un élément significatif de solution doit donc faire intervenir plus que la France : l’Europe, dans une politique coordonnée et concertée.".
"un secteur marin dédié à la production d’énergie éolienne (électricité directe ou indirecte par vecteur d’air comprimé) pourrait également un site parsemé de récifs artificiels..." devient : "un secteur marin dédié à la production d’énergie éolienne (électricité directe ou indirecte par vecteur d’air comprimé) pourrait également être un site parsemé de récifs artificiels...".
"ne considérons donc pas ce que une seule éolienne ou une seule ferme" devient "ne considérons donc pas ce que produira une seule éolienne ou une seule ferme".










