Article publié le 4 juin 2008
Le peuple Shiwiar vit depuis toujours au cœur de la forêt primaire amazonienne, sur un territoire de plus de 210.000 hectares entre Equateur et Pérou. Il fait partie de l’ensemble des ethnies longtemps désignées sous le nom de Jivaro, rendu célèbre en Europe par le rituel de la Tsansta (tête réduite), aujourd’hui abandonné.
Notre monde occidental convoite maintenant le territoire des indiens Shiwiar qui regorge de ressources naturelles. La menace la plus forte vient des compagnies pétrolières qui attendent le prochain appel d’offres du gouvernement pour acquérir des concessions d’exploitation au cœur de la forêt. Le bloc 37, lieu de vie des derniers indiens Shiwiar (900 personnes en Equateur), devrait être mis aux enchères d’ici 5 ans. Depuis cette annonce, une course contre la montre s’est engagée pour éviter ce qui signifiera sans doute l’arrêt de mort de cette ethnie et de leur forêt.
Né d’une amitié fraternelle ente l’association Arutam et le peuple Shiwiar d’Equateur, Zéro-Déforestation est un programme établi conjointement pour éviter ce désastre. C’est un grand élan de solidarité afin de recueillir les 70.000 € nécessaires pour atteindre trois objectifs :
1. La restitution légale de près de 127.000 hectares des terres ancestrales Shiwiar, toujours en possession du gouvernement équatorien (Bloc 37),
2. La possibilité pour les indiens d’une gestion durable de ce territoire entièrement couvert de forêt primaire,
3. Le développement socio-économique de la région respectueux de l’environnement et de l’identité de ses habitants.
L’équation est simple : Avec une donation de 5 € au projet Zéro-Déforestation, ce sont 10 hectares de forêt amazonienne qui seront protégés de l’exploitation industrielle.
Autre équation simple : Chaque hectare de forêt amazonienne sauvé permet de stocker 650 tonnes de Carbone, soit 24 millions de kilomètres avec une voiture de petite cylindrée ou 150 années d’émissions de CO2 d’une famille française !
En Equateur, toutes les terres frontalières avec le Pérou ont été nationalisées suite à la guerre qui opposa ces deux pays en 1945. Plus de dix ans après l’accord de paix signé en 1995, ces terres sont toujours attribuées au Ministère de la Défense. C’est lui qui décide de l’avenir de ces forêts et de leurs habitants.
Riche en pétrole, l’Equateur, étouffé par sa dette extérieure, ne voit
qu’une solution pour sortir de la crise : se développer économiquement
grâce aux revenus pétroliers. Le contrôle de ces ressources est
d’ailleurs la raison principale de la guerre qui l’opposa au Pérou et
qui eut pour conséquence la perte d’une grande partie du territoire
amazonien équatorien.
La majorité des hydrocarbures se trouve dans le sous-sol de la forêt
amazonienne. Cela fait plus de 30 ans que ce plan de développement
fondé sur l’extraction du pétrole équatorien est soutenu par la Banque
Mondiale et le FMI. Les résultats sont désastreux. Le pays s’est
appauvri. Celui-ci ne touche qu’entre 2 et 20 % des bénéfices (selon
les concessions) et doit employer la moitié de son budget annuel pour
le remboursement de sa dette : l’industrie pétrolière l’a rendu
largement déficitaire. Ironie de l’histoire, en 30 ans d’activités,
l’entreprise équatorienne Petroecuador ne possède pas une seule
raffinerie.
Au delà du constat financier, l’exploitation intensive et déraisonnée
du pétrole en Equateur a aussi de tragiques conséquences écologiques et
sanitaires. En 30 ans, des millions de tonnes d’or noir ont été
accidentellement déversés dans les rivières. Le scandale le plus connu
est celui de la compagnie américaine Texaco qui a laissé s’écouler
quelques 70 millions de tonnes de pétrole brut contaminant directement
plus de 50.000 personnes. Les cancers sont trois fois plus nombreux
dans cette région (5 fois plus chez les enfants). Les familles
sinistrées par cette marée noire ont intenté un procès contre Texaco
aux Etats-Unis qui traîne depuis 2001. Pire encore, les compagnies
pétrolières ne veulent pas prendre les mesures nécessaires quant à la
protection des riverains des zones de forage. Ainsi, un rapport de
l’ONG Accion Ecologica
dévoilait que sur la seule année 2001, ce sont 31.398 barils de pétrole
qui ont été malencontreusement répandus dans la nature. Et ces
accidents sont en perpétuelle augmentation : + 500% en sept ans !
A cela s’ajoute la violence physique à l’encontre des peuples de la
forêt largement utilisée par les compagnies pétrolières et le
gouvernement lorsqu’ils s’opposent à l’implantation d’un nouveau site
d’extraction.
Les indiens d’Amazonie sont donc largement défavorables à l’expansion pétrolière. Pour faire valoir leurs droits, ils peuvent s’appuyer sur la constitution équatorienne qui stipule que les peuples autochtones doivent être consultés avant l’exploitation des terres pour lesquelles ils ont un titre de propriété. Ainsi, posséder un titre de propriété est de loin l’outil juridique le plus efficace.
En
1992, à l’occasion des célébrations des 500 ans de la découverte de
l’Amérique, une longue marche des indiens sur Quito (représentant 45 %
de la population équatorienne) a eu pour résultat la restitution aux
indiens Shiwiar de 89.000 hectares. En 1998, le gouvernement a créé une
nouvelle institution pour les peuples autochtones : le Conseil National
des Nationalités et Peuples Indigènes d’Equateur (Codenpe). Les
Shiwiar, au nombre de 900 seulement, ont réussi à se faire reconnaître
par le gouvernement en tant que nationalité autochtone à part entière.
De ce fait, ils constituent la plus petite nationalité des treize
reconnues en Equateur. Ce statut est la reconnaissance d’une identité
culturelle, linguistique, historique et politique propre et de leur
droit à vivre sur un territoire déterminé selon leurs formes
traditionnelles d’organisation sociale, économique, juridique,
politique et d’exercice de l’autorité. Cependant, pour asseoir ses
droits face au gouvernement et au secteur privé, la nationalité Shiwiar
d’Equateur manque cruellement de moyens.
La restitution de l’intégralité des droits de propriété de leur territoire ancestral reste leur priorité.
Pour prouver à l’Institut National de Développement Agraire (INDA) que
le territoire revendiqué est bien une terre ancestrale, il leur faut
effectuer un recensement socio-économique et une étude scientifique sur
la situation écologique du territoire à légaliser. Le coût important de
ces études est à la charge des indiens, d’où l’appel à la solidarité
lancé à la communauté internationale par le biais du programme
Zéro-Déforestation. Leurs principales sources de revenus sont
l’artisanat et l’écotourisme, des activités qui respectent leur
identité, leur mode de vie et sont un hommage à leur culture et à leur
environnement.
A leur demande, Zéro-Déforestation propose des voyages solidaires dans
les communautés Shiwiar. Un bénévole français vivant sur place
accompagne les visiteurs lors de cette rencontre en forêt d’une dizaine
de jours et facilite la communication et la compréhension entre les
hôtes et les visiteurs. Sur le plan financier, 50 % du prix de ces
voyages va aux Indiens : une façon de donner une autre dimension à la
solidarité envers les hommes et la nature.
Car l’Equateur a le triste record de la déforestation en Amérique de Sud, devant le Brésil, avec un taux de 2,4 % par an. A ce rythme, en 2070 les forêts primaires équatoriennes auront totalement disparu, avec de graves conséquences pour les peuples qui les habitent : acculturation, maladies, perte d’identité, pauvreté, racisme, violence, alcoolisme, prostitution…
Les
forêts primaires de Haute-Amazonie sont le résultat de centaines de
milliers d’années d’évolution. Elles renferment la plus forte
concentration de biodiversité du monde. La déforestation de ces vastes
étendues ne conduit pas seulement à la disparition de milliers
d’espèces, mais surtout à un changement climatique qui affecte la
planète entière.
Ces forêts sont habitées depuis des millénaires par des hommes
respectueux de la nature. Loin d’être des prédateurs, ils ont joué un
rôle bénéfique sur leur environnement. Ainsi, les jardins abandonnés
par les indiens d’Amazonie depuis plus de quarante ans sont deux fois
plus riches en espèces sylvestres que la forêt voisine. Leur système de
gestion traditionnelle de la forêt est de loin le plus efficace. Une étude menée en 2006 au Brésil montre que la vitesse de déforestation est 17 fois plus élevée dans les zones non-indiennes que dans les territoires autochtones.
Depuis toujours, ils vivent de la forêt, avec pour objectif la
durabilité de cette relation. Au fur et à mesure que la forêt primaire
disparaît, les peuples premiers d’Amazonie disparaissent.
Les Indiens Shiwiar et l’association Arutam veulent démontrer au
travers du programme Zéro-Déforestation que cela n’est pas une
fatalité.
Ensemble, nous pouvons agir et faire changer les choses.
Pour participer avec nous à la protection de la diversité et de l’équilibre de notre planète,
rendez-vous sur www.zero-deforestation.org !
© Julie Forissier – Arutam
Thèmes
Bonjour,
Juste pour info, le journal Mediapart a publié ce matin un entretien avec Yolanda Kakabadse, la nouvelle présidente du WWF international, ancienne ministre de l’environnement équatorienne et grande figure des luttes écologiques latino-américaines, sur les certificats de "non-émission" de CO2.
Lien article : http://www.mediapart.fr/journal/int...










