Article publié le 17 avril 2007
Certains échecs sont plus douloureux que d’autres et celui-ci en est un : mes quatre colonies d’abeilles sont mortes. Le plus désolant est que beaucoup de questions restent sans réponse. Il est vrai que je n’ai pas suivi la trace des apiculteurs du coin et ai essayé d’innover, mais mon incompétence n’explique pas tout.
J’ai décidé de me mettre à l’apiculture durant l’hiver 2005-2006, pour plusieurs raison : peur et fascination face à ces insectes, intérêt de pouvoir produire du miel, et de plus, le petit rucher fait partie de toute bonne installation en permaculture, les braves insectes étant responsable de la pollinisation d’une bonne partie des fruits et légumes que nous mangeons.
L’apiculture moderne, après en avoir étudié en long et en large les aspects théoriques, m’a étonné par la quantité et la diversité des manipulations à effectuer sur une ruche : changement et déplacement des cadres mobiles, traitements anti-parasitaires, nourrissement artificiel et j’en passe.
En faisant quelques recherches sur Internet, je suis tombé sur les ruches écologiques, et en particulier la ruche de l’Abbé Warré et ses déclinaisons. Leur mode de construction et d’exploitation m’a tout de suite séduit et j’ai décidé de m’y lancer. Les raisons principales étant la simplicité d’exploitation, cette simplicité entrainant bien sûr une diminution de la productivité, mais le bilan final restant en théorie tout de même très intéressant. J’ai même mis en ligne un site dédié à ce type de ruche.
Entre le printemps et l’été 2006 j’ai donc installé mes 4 colonies d’apis mellifera carnica dans 4 ruches neuves amoureusement construites de mes propres mains.
Les débuts furent très prometteurs et passionnants : une fenêtre à l’arrière de chaque hausse permettant de voir ce qui se passe à l’intérieur.
Durant l’été, une première ruche a cessé de croître, j’ai vite découvert que les ouvrières étaient en train d’essayer d’élever une nouvelle reine, mais que diable était-il arrivé à la reine ? Impossible de le savoir, mais ce sont des choses qui peuvent arriver. Malheureusement aucune nouvelle reine n’est venue remplacer l’ancienne.
Durant l’automne, les enfants ont trouvé le cadavre d’une autre reine à côté d’une ruche : fait rarissime et bien sûr inexpliqué.
Au printemps 2007, une des ruches est en activité. Il s’avère que l’autre est vide ! J’espère que la dernière ruche tiendra le coup, mais après quelques semaines, beau temps et fleurs disponibles, il n’y a plus d’abeilles. THE END
Mes collègues apiculteurs ne peuvent m’aider : j’utilise des ruches qu’ils ne connaissent pas et je n’ai pas fait les fameux indispensables traitements anti-varroa.
Le résultat est tout de même très bizarre :
- Il y a des réserves abondantes de miel et de pollen
- Il n’y a presque pas de cadavres d’abeille dans les ruches
- Les ruches vides ne sont pas pillées
- Il y a très peu de cadavres de varroa au sol
Ca ressemble assez aux symptômes du Colony Collapse Disorder [1], désastre de grande envergure qui a lieu actuellement aux USA mais touchant également la Suisse.
Le plus grave avec cette sorte d’épidémie, à part le fait quand dans certaines régions 100% des colonies disparaissent, est qu’on en comprend pas bien les causes, ou plutôt, il y en a plusieurs : alimentation, éléments pathogènes, pesticides, acariens, OGM et même ondes du téléphone mobile !
Chacun de ces facteurs ne peut expliquer à lui seul cette étrange disparition d’abeilles, mais à eux tous ils peuvent mettre suffisamment de pression pour les détruire.
Il est vrai que depuis que j’ai ces abeilles, j’ai été plus attentif à mon environnement, j’ai remarqué à quel point, dans ma région, les monocultures règnent, à quelle vitesse les rares prairies fleuries sont fauchées, même en montagne, pour nourrir les vaches, à quel rythme les insecticides et fongicides sont pulvérisés.
On entend souvent une citation d’Einstein disant que l’humanité ne survivrait pas 4 ans à la disparition des abeilles. Je ne sais pas si elle est vraie ni si c’est grave à ce point, mais ce dont je suis sûr, c’est que si les abeilles disparaissent à cause d’une dégradation de l’environnement, c’est le signe évident du début de notre longue agonie.
Notes
[1] Syndrome d’effondrement de colonie
:-O S’il s’agit bien du CCD, c’est grave ! Avez-vous connaissance d’autres disparitions similaires en Europe ? J’aimerais resté informé de tout ce qui touche à ces disparitions : évolution en Europe, état des connaissances, ... Connaissez-vous un site qui suive l’actualité sur le sujet ?
Je n’ai pas connaissance d’autres disparitions similaires. Lors de la dernière assemblée de la société d’apiculture locale, les ruchers n’avaient pas encore été examinés.
La station de recherche de Libefeld a produit un document qui parle de ce phénomène de manière assez détaillée : http://www.alp.admin.ch/themen/0050...
Le varroa semble être "La goutte d’eau qui fait déborder le vase". Ils mentionnent également le fait qu’on a sélectionné les colonies plus pour leur douceur et leur productivité alors qu’on aurait du le faire sur l’hygiène.
A noter que la même station de recherche organise le 21 avril prochain une journée d’information sur la mort des abeilles, à surveiller la page http://www.alp.admin.ch/themen/0050...
La sélection évoquée des colonies pour leur douceur et leur rendement m’inspire un parallèle avec les productions agricoles : les cultivars modernes, sélectionnés pour leur rendement et leur esthétique (si si !), sont plus vulnérables aux agressions extérieures : parasites, plantes concurrentes, variations climatiques, ... Si bien que certains cultivateurs reviennent à des espèces rustiques donnant moins de bénéfices mais demandant également moins d’entretien.
Ces espèces anciennes sont parfois difficiles à trouver. Je me demande si une démarche semblable serait possible pour les abeilles.
Le parallèle avec les cultivars agricoles est évident, il existe même des abeilles hybrides (buckfast).
Il y a plusieurs initiatives pour la conservation des abeilles locales (http://en.wikipedia.org/wiki/Apis_m...) en Europe, je vais d’ailleurs faire un essai avec elles cette année.
Einstein a dit :
« Si l’abeille disparaissait de la surface du globe, l’Hommen’aurait plus que 4 années à vivre ; plus de pollinisation, plus d’herbe, plusd’animaux, plus d’hommes.... »
à mèditer !
Pour parachever le tout dans le sud ouest de la France il est signalé le Frelon Asiatique dont la propagation ne pourrait être endiguée http://khate09.canalblog.com/archiv...
quelques info sur ce blog pour nous rassurer et importer des abeilles japonaises
sayonara










