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Naissance de lions blancs en captivité : une fausse bonne nouvelle

Article publié le 30 mai 2007

La dépêche est tombée jeudi 24 mai, et sur Yahoo, elle fait presque instantanément partie des articles les plus envoyés. C’est vrai qu’ils sont mignons, ces petits lions tout immaculés ! Et lorsqu’on lit dans ladite dépêche : « un événement particulièrement rare, cette sous-espèce ne comptant plus qu’une trentaine d’animaux dans le monde », on se dit tout naturellement qu’il s’agit là d’une petite victoire contre la perte de la biodiversité apte à susciter une vague bouffée d’optimisme. Bien malheureusement, c’est tout le contraire, si l’on y regarde de plus près, il s’agit plus d’un avatar malheureux que d’un succès dans la sauvegarde de la biodiversité, tout au moins dans la biodiversité naturelle.

Naissance de lions blancs en captivité : une fausse bonne nouvelle

Je m’explique. Contrairement à ce que dit cette dépêche, les lions blancs ne sont pas une sous-espèce, mais une simple anomalie, comme il peut s’en produire à l’infini chez n’importe quelle espèce vivante en milieu naturel ou artificiel. Dans la nature, la sélection darwinienne tend à éliminer ces lions blancs, trop repérables pour leurs proies, d’où le fait que ce caractère ne se stabilise pas pour former une réelle sous-espèce, mais ne fait qu’apparaître sporadiquement ici ou là. Pour dire les choses plus abruptement, même si ces lions nous étonnent par leur rareté, du point de vue de la sauvegarde de l’espèce pure, il ne valent pas mieux que s’ils étaient couverts de poils longs leur cachant la vue comme de vulgaires bergers briards, difformes comme des teckels ou prognathes comme des boxers.

Et pourtant, ils ont du succès, ces beaux félins blancs... Il y a longtemps déjà (une bonne quarantaine d’années) que les tigres blancs ont été sélectionnés à partir d’un ou deux individus capturés en Inde, avant d’être répandus dans les zoos du monde entier. Ils font partie des attractions-phares du -par ailleurs excellent- zoo-parc de Beauval, l’un des plus beaux de France et les plus à la pointe de la sauvegarde des espèces menacées. Il y a déjà quelques années qu’ils y ont été rejoints par ces fameux lions blancs, maintenant imités par ceux du parc zoologique de Jurques dans le Calvados. Oui, mais voilà. La vocation de ces zoos -généralement bien remplie- doit être de montrer et sauvegarder les espèces telles qu’elles existent en milieu naturel, les formes artificielles étant présentes à la rigueur, à titre marginal, comme par exemple l’inévitable enclos à chèvres naines, qui font la joie des petits enfants.

Or, à Beauval, entre autres, on voit à présent plus de félins blancs que leur contrepartie authentique. Non seulement la place et les moyens énormes que réclament ces grands félins sont perdues pour la vraie sauvegarde de la biodiversité, mais en plus, même d’un point de vue purement esthétique, si l’on met de côté l’attrait subjectif de la rareté, la forme naturelle est autrement plus belle que l’anormale, en particulier chez le tigre : entre les fascinantes nuances fauves striées de noir du tigre naturel et le blanc pâle de leur pendant artificiel, il n’y a pas photo.

La différence esthétique est certes moins évidente chez le lion, mais le gaspillage de moyens n’en est pas moins patent. Et ce, d’autant plus que, comme le tigre, le lion possède des sous-espèces -des vraies- menacées de disparition totale. Plusieurs d’entre elles ont déjà disparu aux temps historiques, tel par exemple le lion du Cap ou le lion de l’Atlas, largement exploité par les Romains pour leurs jeux du cirque, sans parler du lion des cavernes d’Europe, qui était l’équivalent septentrional léonin du tigre de Sibérie et qui était le plus grand des félins connus (et qui, lui, était peut-être naturellement blanc pendant les périodes glaciaires, comme l’est l’ours polaire). Plus importante encore que le lion de l’Atlas, pour lequel il n’y a plus rien à faire, la sous-espèce indienne, qui diffère des africaines par une crinière moins développée laissant les oreilles apparentes, et la présence d’un pli de peau ventral. Le lion asiatique diffère également par la structure de son crâne, ainsi que par le comportement : les mâles défendent un territoire et des harems plus petits que ceux des sous-espèces africaines. Il ne reste plus que quelque 300 individus fortement consanguins de cette sous-espèce bien différenciée, autrefois répandue jusqu’en Asie Mineure, et s’il faut concentrer ses efforts sur la sauvegarde d’un lion, c’est bien sur celui-ci. Mais il n’y a pas que le lion asiatique qui soit injustement méconnu. Il existe de nombreuses espèces ou sous-espèces de félins dont la maintenance dans les zoos permettrait à la fois de constituer des pools de gènes utiles en cas de perte du milieu naturel -guerres et surpopulation galopante sont le lot des pays du tiers-monde qui abritent la plupart d’entre eux- tout en sensibilisant le grand public à cette immense richesse, de façon à lui permettre d’apprécier l’intérêt de leur sauvegarde pour les générations futures.

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commentaires
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par LE CHAT (IP:xxx.xx1.75.49) le 30 mai 2007 à 09H44

Salut mon ami , tu as retrouvé le roi léo des dessins animés de ma jeunesse ? ;-)

cette anomalie est de même nature que celle qui transforme certains léopards en panthères noires . et il est certain que ces cas sont une minorité parmi une espèce ( sauf en 2005 où on a eu 55% de moutons noirs :-)) ) .

pour ceux qui aiment les félins , il y a le parc à félins de nesles 77 http://www.parc-des-felins.com/

bien à toi

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par Thucydide (IP:xxx.xx0.203.8) le 30 mai 2007 à 12H03

J’ai hésité à mentionner ce zoo de Nesles parce que je ne l’ai pas encore visité (ça ne saurait tarder). Et en fait, pour tout dire, je comptais sur toi pour le mentionner. ;-)

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par prgrokrouk (IP:xxx.xx7.79.15) le 30 mai 2007 à 10H38

Merci pour cet article. Près de chez moi, le zoo de http://www.zoolabarben.com/ héberge 120 espèces, un train etc. dont récemment un petit lion supplémentaire (à deux autres petits) qui se promenait dans la ville d’Avignon : le voici au moment de sa capture en vidéo : http://www.telechacals.info/article...

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par Angélie (IP:xxx.xx1.105.121) le 30 mai 2007 à 11H20

Tout à fait d’accord avec toi... Cependant, la présence d’un lion blanc (et non pas une ribambelle) peut néanmoins donner envie à certain d’aller dans un zoo qui, bon gré, mal gré, peut contribuer à sensibiliser ses visiteurs et leur apprendre à aimer la nature (évidemment, cela dépend fortement du type de zoo et des conditions de maintien des espèces...). Mais comme tu le dis, il est inadmissible d’en faire une sous-espèce (qui n’en est pas une) au détriment des vraies espèces en disparition.

Que veux tu... peut-être s’imaginent-ils que lorsque l’ours polaire aura disparu, on pourra le remplacer par un lion blanc ?

Soupire...

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par Thucydide (IP:xxx.xx0.203.8) le 30 mai 2007 à 12H08

Tout à fait. Qu’il y ait un individu ou deux est une bonne chose, ça suscite la curiosité. Qu’il y en ait tout une ribambelle par sélection, c’est moins bien. Et contrairement aux félins noirs (panthères et jaguars noirs), qui sont très abondants en milieu naturel, les spécimens blancs sont rarissimes, voire exceptionnels. Il existe d’ailleurs d’autres anomalies de la robe, comme la robe "royale" de certains guépards (forme qui a même été décrite comme espèce distincte sous Acinonyx rex, alors qu’il s’agit juste d’une mutation aléatoire, comme pour les lions blancs). Mieux vaut se concentrer sur la sauvegarde du guépard du désert, extrêmement rare, et dont personne ne parle jamais.

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par Pedro (IP:xxx.xx0.25.225) le 30 mai 2007 à 13H09

Juste un petit ajout : les lions blancs présentés en parc zoologique sont tous de la sous-espèce Panthera leo krugeri.

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par Le furtif (IP:xxx.xx5.129.56) le 30 mai 2007 à 13H44

Bonsoir Thucydide, toujours aussi passionnant.Si j’osais je vous passerais bien une commande. L’âne animal emblématique de ma région d’adoption ? Son origine, sa domestication , sa diversité....ses qualités...auriez-vous deux ou trois petits trucs à son sujet

mercci, cordialement

Le Furtif

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par Thucydide (IP:xxx.xx0.203.8) le 30 mai 2007 à 14H31

C’est flatteur de me demander ça, à l’heure où il suffit de taper "google" pour avoir réponse à tout. :-)

Pour rester dans le ton, je vais m’efforcer de répondre sans consulter quoi que ce soit : autant que je me souvienne, l’âne est originaire d’Afrique du Nord (Somalie, Nubie) où il a dû être domestiqué, je ne saurais dire à quelle époque, et a été largement répandu dans tous les pays méditerranéens pour sa robustesse et son adaptation aux plantes coriaces en climat aride à semi-aride. Pour combiner ces qualités à la puissance du cheval, il est souvent croisé avec ce dernier, le résultat étant généralement un mulet (âne x jument) ou un bardot (étalon x ânesse, plus rare, la parturition étant sans doute plus difficile pour la mère).

L’âne domestique présente souvent des traces de la robe originelle de l’âne d’Afrique, notamment la "croix de Saint André" sur le dos, et les zébrures sur les pattes. Lesquelles zébrures signent la parenté des ânes avec les zèbres, plus particulièrement avec le zèbre de Grévy, Equus (Dolichohippus) grevyi, qui a beau être le plus grand équidé sauvage, il brait comme un âne, contrairement aux autres zèbres qui hennissent.

Il existe une -ou plusieurs, selon les auteurs- espèce d’âne asiatique, de taille généralement plus grande et aux oreilles plus courtes : l’hémione. Les différentes sous-espèces de cet âne sont de plus en plus considérées comme espèces à part entière, en particulier l’onagre perse ou le kiang mongol, le plus grand d’entre eux. Tous braient et sont proches de l’âne africain, avec lequel ils constituent le sous-genre Asinus, les zèbres appartenant au sous-genre Hippotigris (à l’exception du zèbre de Grévy, seul membre du sous-genre Dolichohippus). Les chevaux vrais constituent le sous-genre nominatif, Equus. Les plus proches parents vivants des équidés sont les tapirs et les rhinocéros, certains de ces derniers étaient élancés et agiles comme des chevaux (l’un d’entre eux, l’Indricotherium, était le plus gros mammifère terrestre ayant jamais existé). Deux autres groupes, les chalicothères et les brontothères, sont éteints, le premier des deux il y a peu de temps (pléistocène). Les chalicothères avaient l’aspect d’une sorte de mégathérium (les paresseux géants sud-américains) à tête de cheval, et leurs pattes avant étaient munies de griffes énormes.

Voilà, je vous ai étalé ma confiture, sans google et sans les mains. J’ai réussi à couvrir toute la tartine, parce que, par chance, l’évolution des chevaux m’intéresse, d’autant qu’elle est relativement bien connue. ;-)

Et pour laisser le mot de la fin à Francis Jammes, poète du XIXè :

J’aime l’âne si doux,

Marchant le long des houx.

Il a peur des abeilles

Et bouge ses oreilles.

...

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par Le furtif (IP:xxx.xx5.129.56) le 30 mai 2007 à 14H58

Merci , je l’enregistre précieusement

Le Furtif

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par Thucydide (IP:xxx.xx0.203.8) le 30 mai 2007 à 16H43

Je ne résiste pas à l’envie d’ajouter une note musicale : dans le fameux Carnaval des Animaux, de Camille Saint-Saëns, les ânes sont à l’honneur, puisque deux des quelque douze pièces leur sont consacrées : "Hémiones" (qui retrace la fuite éperdue des hémiones dans la steppe sous la forme d’un galop pianistique), et "Personnages à longues oreilles", dont Saint-Saëns imite à merveille le braiement par une alternance de notes très aiguës et très graves d’instruments à cordes. Quant au lion, qui est notre sujet de départ, son rugissement, reproduit par un roulement chromatique du piano dans les notes graves, suit l’ouverture du Carnaval ("Marche royale du Lion").

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par Paradisial (IP:xxx.xx7.47.182) le 30 mai 2007 à 14H18

Il ne faudrait ni voir une sous-espèce, ni y introduire une approche darwinienne condamnant la "perpétuation d’une lignée blanche" à la mort par le biais de la sélection naturelle.

Ces lions ne sont que des albinos.

Albinos + Pigmenté = Pigmenté :-)

Mais bon, aucune lionne ne verrait d’un bon oeil un lion léssivé, pour accepter ses spermatozoïdes. :-))

Mais bon, génétiquement parlant :

Albinos + Albinos = Alibinos ou Pigmenté ?!!!

Telle est la question.

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par Paradisial (IP:xxx.xx7.47.182) le 30 mai 2007 à 16H03

La réponse est simple : Albinos, car les deux parents portent des allèles récessifs.

Par contre, dans la première équation :

Albinos (AA) + Pigmenté (PP) on aura une génération constituée de quatres enfants AP => non albinos, mais porteurs du gène ;

Si un Pigmenté (AP) féconderait une Pigmentée (PP) on aura :

- Enfant a est AP => non albinos, mais porteur du gène ;

- Enfant b est AP => non albinos, mais porteur du gène ;

- Enfant c est PP => non albinos ;

- Enfant d est PP => non albinos ;

Ect....

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par ZEN (IP:xxx.xx4.113.82) le 30 mai 2007 à 17H36

Bonjour Thucydide

Merci pour ces précisions. Désormais, je me méfierai encore plus des dépêches de l’AFP...

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par Thucydide (IP:xxx.xx0.101.9) le 30 mai 2007 à 18H10

Bonjour, Zen. Pour être honnête, il faut signaler que ce n’est pas l’auteur de la dépêche qui est en cause, la phrase erronée et le sensationnalisme qui l’accompagne sont de la directrice du zoo elle-même, ce qui est donc compréhensible.

Et même elle, on ne peut que partiellement l’incriminer : l’idée de refuser la sélection de formes artificielles, ou tout au moins de les limiter, pour consacrer ses efforts sur les naturelles n’est pas encore répandue, y compris parmi les scientifiques. J’exprime ici un point de vue personnel, que je souhaite voir prendre de l’ampleur. Pour ces mêmes raisons, j’estime que même un particulier devrait préférer les formes naturelles aux variétés trafiquées. Ainsi, si vous achetez des animaux d’agrément (oiseaux, poissons d’aquarium, rongeurs), mieux vaut choisir ceux qui sont aussi proches que possible du phénotype naturel. Il existe suffisamment de variétés naturelles qui disparaissent dans l’indifférence tandis qu’on en sélectionne des monstrueuses et hideuses telles que les cochons d’Inde angora, les poissons-rouges "téléscope", etc.

Dans le cas des particuliers, en général, cette option n’est que symbolique. Sauf que certains particuliers fortunés hébergent des espèces rarissimes (en toute légalité) et contribuent au maintien de la richesse génétique des individus captifs, comme les zoos. D’où le fait que la démarche doit être globale. Sans compter que même le particulier qui n’a aucun impact sur un programme de maintien en captivité contribue, par ses achats, à orienter les choix des éleveurs. Or, ces derniers font de la reproduction à grande échelle.

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par La Taverne des Poètes (IP:xxx.xx5.75.9) le 30 mai 2007 à 18H27

Un petit vote de plus pour les lions blancs ! Mais dites, moi qui suis connu comme un loup blanc sur Agoravox, vous croyez pas que je serais comme une sorte d’anomalie de la nature aussi, ou alors un lion des tavernes d’Europe ? :-)

Plus sérieusement, voilà un article bien renseigné.

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par Thucydide (IP:xxx.xx0.203.8) le 30 mai 2007 à 18H32

Méfiez-vous : je vous appelle souvent avec familiarité "Taverneux", comme pas mal de gens sur Agoravox, mais je suis aussi souvent tenté de vous appeler "Corps Taverneux", et pour le coup, vous vous diriez, à juste titre, que je vous prends pour un gland ;-) ;-) :-))


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