NaturaVox : partager pour préserver
ConsoSociétéAlimentationSantéBiodiversitéClimatÉnergies
Les plantes génétiquements modifiées - les inconnues

Article publié le 28 novembre 2007

Ces dernières décennies, de nombreux problèmes de santé publique et de santé animale ont émergé. L’utilisation de farines animales dans l’alimentation bovine a provoqué des catastrophes dans cette filière. Une épidémie humaine d’un variant inconnu alors, de la maladie Creutzfeld-Jacob, a été évitée en abandonnant ces pratiques. Une épidémie de grippe aviaire menace également les élevages surpeuplés de poules, espérons qu’elle en restera là. Pourquoi présenter une « nouvelle » technologie comme un risque non identifié ? encore faut t-il déjà délimiter le risque.

Les plantes génétiquements modifiées - les inconnues

Les plantes génétiquement modifiées (PGM) en tant que tel sont des OGM dont l’utilisation n’est pas toujours confinée en milieu clôt. Le présent article décrit les PGM commerciaux et le risque de propagation néfaste qu’ils représentent, l’utilisation de pesticides tout-en-un étant critiquée. Dans un second temps, les PGM de "deuxième génération" vont être décortiqués, à la lumière des dernières connaissances et surtout inconnues scientifiques.

Le mécanisme de fabrication de ces plantes génétiquement modifiées (PGM) est relativement maitrisé en laboratoire. Sont utilisés des vecteurs bactériens (Agrobacterium tumefaciens) qui introduisent le ou les gène(s) d’intérêt(s) parmi les dizaines de milliers que compte le génome d’une plante. Ces gènes peuvent par exemple permettre la production d’un insecticide (le cry1a pour le maïs MON810) par la plante. Ou l’expression d’une autre protéine (macromolécule biologique) conférant une tolérance aux herbicides (ex : aroa1), comme le glyphosate. Il faut noter que l’utilisation massive d’herbicide tel que le glyphosate, conduit les adventices (« mauvaises herbes ») à devenir à leur tour naturellement résistantes (Services, 2007, Science). L’auteur compare ainsi cette technologie comme le meilleur moyen de se démunir de l’utilité de ces molécules chimiques. Ce procédé a certes le mérite de ne pas nécessiter le labourage des champs, qui élimine physiquement les adventices. Cependant quelle est le bilan énergétique - l’économie de pétrole - sachant qu’il a fallu synthétiser, acheminer et appliquer quarante milles tonnes d’herbicides aux USA en 2006, sur plusieurs millions d’hectares ?

Le code génétique de tous les aliments est détruit en grande partie dans l’estomac. Cependant dans les plantes ciblées, les insertions au hasard de ces gènes « artificiels » peuvent déréguler leur équilibre physiologique.
Le génome végétal - la totalité du code génétique d’un organisme contenu dans une de ses cellules - compte de nombreuses régions dont la fonction est inconnue. L’acide désoxyribonucléotidique (ADN) sous la forme tantôt d’une pelote, tantôt de chromosomes, contient des régions étant délibérément enfouies ou exposées. Ces zones anciennement appelées « ADN égoïste », sont le cœur de ce mécanisme est appelé l’épigénétique. Tout le code n’est pas toujours amplifié et lu. Le problème des PGM est que l’insertion de ces gènes au hasard dans la plante (Tzfira et al, 2004, Trends in Genetics) a un impact non identifié. Certaines zones peuvent ainsi être perturbées par une séquence d’ADN insérée ou supprimée et ceci à grande distance. La perturbation épigénétique induite est alors transmissible à la descendance, par simple croisement des plantes (Henderson et al, 2007, Nature). Ceci peut conduire à la production de protéines ou d’autres métabolites, plus difficilement digérés, voire toxiques. A ce jour, un nombre insuffisant d’études a validé ou invalidé l’une ou l’autre de ces hypothèses. Il a été noté par D. Pelletier (2006, Nature Biotechnology) que les recherches en cours sont encore très faibles en contribution malgré une augmentation du nombre en 2006.

Reste un autre problème, la propagation et l’impact des PGM dans l’environnement. La santé humaine est maintenant clairement liée à la qualité de celui-ci. Une étude de l’AFSSA (Petit L., 2007, JAOAC Int.) démontre que 2 % des semences de maïs employées en France sont contaminées en faible proportion (< 0,1 %). Mais surtout, les PGM en cause n’ont parfois jamais été autorisés en Europe ! Un autre risque peut donc être la propagation des PGM au détriment de plantes conventionnelles. D’autant plus si les semanciers ne maîtrisent pas le tri et la propagation de ces OGM, dans leur propres serres.
Nos réserves de diversité « agricole » risqueraient d’être supplantées par des PGM ayant un avantage non négligeable. Certes l’agriculture sélectionne des plantes avec un meilleur rendement depuis des millénaires. Mais cette fois-ci, l’avantage sélectif est immédiat et nettement supérieur à toute autre plante. Par exemple, la moutarde sauvage, cousine du colza est désormais dépassée en terme de « sélection naturelle ». Il serait bon de vérifier si elle n’est pas déjà contaminée par des gènes artificiels, même si la culture de colza PGM est interdite en France …

D’autre part, la propagation dans la nature de gènes de résistance aux antibiotiques, utilisés pour sélectionner les PGM lors de leur fabrication, est alarmante. Ici non plus, après dix années d’utilisation des OGM en plein champ, aucune étude d’impact n’a été faite sur l’augmentation de la résistance aux traitements médicaux de certaines bactéries, pathogènes pour l’homme.

Pas moins de 40 % du génome de Zea may (maïs) est composé d’éléments transposables. Ces éléments ont joué un rôle fondamental au cours de l’évolution et pour la sélection de variétés végétales utiles à l’agriculture (Morgante, 2007, Current Opininion in Plant Biotechnology). Les prochaines générations de PGM contiendraient cet interrupteur rendu actif sous conditions, comme l’ajout d’un produit chimique ou une élévation de température. Ces gènes de stérilité pourraient t’ils se propager avec un élément transposable dans la nature ?

Le système dit de deuxième génération (le premier, LY038 est déjà sur le marché américain) est dépourvu de gène de résistance à un antibiotique. Cette technologie, utilisant la recombinase Cre d’un bactériophage - il s’agit aussi d’un élément transposable - permettrait même d’éliminer le transgène du génome lors de la floraison, sur des prochains PGM. Le transgène Cre, rendant stérile la plante s’ « auto » exciserait de la même façon, dans le pollen (OW, 2007, Current Opinion in Biotechnology). Cependant, appliqué à des milliards de plantes, en plein champ, peut-on toujours dire qu’un événement extrêmement rare laissant l’un ou les deux transgènes toujours actifs dans le génome n’arrivera jamais ?
La recombinase Cre n’est pas aussi exempte de tous défauts. L’éditorial de la revue scientifique Nature de septembre 2007 titre « Toxic alert ». Cette enzyme, chez les souris, peu provoquer des dommages à l’ADN aux niveaux de chromosomes entiers. Ces mêmes dommages sont parfois la cause de certains cancers chez l’homme. Je n’aimerais pas manger des plantes ou des bactéries en contenant potentiellement, sans en être averti, quelque soit le pourcentage.

Vous l’aurez compris au nombre de questions, beaucoup d’inconnues subsistent. Les scientifiques ne peuvent pas prédire l’avenir, quand tous les paramètres ne sont pas découverts. Bien que la biologie avance à grand pas, ces PGM, mis en contact avec la nature, pourraient vite devenir envahissant. Ces incertitudes sont à mon avis inacceptables pour notre environnement et peut-être même pour la santé publique. Je pense que ce moratoire devrait être poursuivi en France et en Europe. Je suis aussi étonné que des sociétés savantes parlent si peu de ces risques.

Des recherches devraient être orientées pour améliorer la sélection de plantes adaptées, telle qu’elle s’est toujours faite. A l’heure actuelle, cette technique est peut-être longue mais elle peut-être comparée au temps d’amortissement des PGM (10 à 15 années). Les découvertes dans les domaines de l’épigénétisme et de l’évolution devraient permettre de sélectionner plus rapidement – dans les prochaines décennies - des souches adaptées à l’environnement et à l’industrie agricole. Ceci doit absolument se faire sans intégration de séquences génétiques artificielles, en activant des éléments transposables endogènes pour accélérer les processus de sélection, par exemple.

Je ne saurais trop conseiller la lecture de l’article intitulé "L’agriculture biologique peut nourrir le monde entier !", c’est probablement dans ce domaine que la recherche a le plus à gagner.

En complément de Wikipédia, l’annuaire Internet Dmoz propose deux catégories de ressources sur les OGM : l’une scientifique, l’autre sociale.

Photo : http://www.evene.fr/tout/ogm

Bookmark and Share
37 votes

commentaires
votez :
par Boumboum (IP:xxx.xx4.228.98) le 28 novembre 2007 à 17H04

Vous etes vraiment biologiste ? Non, parceque utiliser le simple terme "contamination" vous discredite.

Ensuite vous insinuez que le bio est meilleur, bien, mais pourriez vous me montrer une etude qui prouve que le ble, mais, et autres plantes croisees "naturellements" et que nous mangeons ne sont pas plus toxique que les PGMs ?

Vous utilisez un vocabulaire que personne ne comprend, simple argument ad nauseam avec des etudes qui ne prouvent en rien la toxicite des aliment mis sur le marche.

Mais bon, on ne change pas une croyance qui ruine la recherche Francaise.

votez :
par jcm (IP:xxx.xx0.103.183) le 28 novembre 2007 à 19H21

Des termes que personne ne comprend ?

Vous voulez dire que vous n’avez pas compris ?

Mais... n’y aurait-il pas des façons plus aimables de demander des explications ?

 ;-)

votez :
par Intron (IP:xxx.xx1.191.145) le 28 novembre 2007 à 21H31

Bonjour Bouboum,
En fait le terme "contamination" s’applique à un être vivant étant infecté par un autre organisme ou affecté par une molécule chimique (dans le sens ses fonctions normales sont modifiées). Je ne pense pas que ce mot soit mal appliqué. Pollué aurait peut-être été inadéquat. "Une étude montrant que les pgm sont plus toxiques que les aliments que nous mangeons ?" La encore, il s’agit d’"inconnues", comme le dit le titre.

En retournant votre question, je pourrais même vous dire que certains aliments issus de l’AB sont meilleurs que d’autres. C’est le cas des tomates "bio", par rapport à d’autres tomates cultivées hors sol (prouvé scientifiquement).

Lorsque vous dites que mes propos sont un frein pour la recherche scientifique. Là encore, mon constat est surtout que les scientifiques suivent aveuglément certaines avancées, issues d’Outre-Manche. Il faut noter que nous nous sommes démarqués en France (tout du moins) vis à vis d’une certaine agriculture, comme injecter des hormones de croissance et des antibiotiques à tout un cheptel. Pourquoi ne pas continuer ?

Améliorer la recherche de nouvelles variétés devrait être prioritaire, comme aider les agriculteurs à créer une filière "AB" l’est aussi. Les PGM en laboratoire permettent de mieux comprendre comment fonctionne une plante. L’étude de l’épigénétisme et des eléments transposables aussi. Ces recherches sont pour moi fondamentales. Mais il ne faut pas penser que les outils créés par les scientifiques le sont systématiquement pour les industrialiser tels quels !

votez :
par zygomar (IP:xxx.xx4.141.83) le 21 septembre 2008 à 18H14

"n’y aurait-il pas des façons plus aimables de demander des explications ?"

Comment ? A genoux et les mains jointes ??? Cà vous irait, Maître ?

votez :
par alberto (IP:xxx.xx9.242.58) le 28 novembre 2007 à 17H17

Intron, attention, si vous critiquez les OGM, et qu’en plus vous vous dites scientifique : la Meute ne va pas tarder à se mettre à vos trousses, d’ailleurs je vois que ça a commencé, à lire le commentaire ci-dessus !

Merci quand même pour votre excellent article !

Bien à vous.

votez :
par miniTAX (IP:xxx.xx0.27.223) le 29 novembre 2007 à 10H48

J’adore manger chinois et indien. Toute cette nourriture exotique dont les scientifiques n’ont pas prouvé l’inocuité et pour laquelle je ne suis pas génétiquement programmé, c’est effrayant ! Vivre de nos jours, c’est un sacré risque. ... Mais qu’est ce que c’est bon :-p

votez :
par jcm (IP:xxx.xx4.56.168) le 29 novembre 2007 à 13H04

J’adore votre humour, miniTAX, mais vous craignez probablement très peu à vous régaler indien et chinois.

Par contre indiens et chinois ont tout à craindre, au moins pour un certain pourcentage d’entre eux, à se convertir comme ils semblent petit à petit le faire (pour les plus aisés, bien entendu) à une alimentation à l’occidentale, très largement basée sur le blé au détriment du riz.

Je ne leur souhaite pas d’avoir l’intestin détruit par une intolérance au gluten, je en le souhaite à personne, mais on peut raisonnablement penser qu’à terme 3 à 5% d’entre eux souffriront de cela (même prévalence que pour les populations occidentales).

Or rien ne garantit que des OGM ne produiront pas des molécules auxquelles seront intolérantes certaines portions de la population, et la durée historique n’est pas au rendez-vous pour nous renseigner là dessus.

En l’absence de cette durée la très grande rapidité des tests vraiment succincts de toxicité des OGM ne peut rien nous apprendre non plus, et c’est volontaire (voir le texte traduit du "General Accounting Office").

Il sera très difficile de mettre en évidence des pathologies affectant de faibles pourcentages de la population, que les OGM pourraient provoquer...

Sur le parallélisme entre les OGM et l’intolérance au gluten : OGM, science et "cash-science".

votez :
par claude (IP:xxx.xx6.8.194) le 29 novembre 2007 à 13H36

je suis désolé jcm, mais vous dites vraiment n’importe quoi ; votre phrase sur la "très grande rapidité" des tests toxicologiques, votre "c’est volontaire" fleurant bon la théorie du complot, vos sous-entendus sur le caractère éventuel allergène, etc. illustrent très honnpetement que vous ne savez pas, au sens du verbe savoir, de quoi vous parlez.

j’adore l’argument entre tous ; certes, depuis quinze ans que des vérités génétiquement modifiés sont consommées dans l’alimentation, pas une seule pathologie humaine n’a pu être ne serait-ce que suspectée, pas même un mal de tête (alors qu’il y a eu des accidents sanitaires sur des créations de variétés par sélection conventionnelle, notamment sur la pomme de terre), mais c’est parce que ... il n’y en a pas beaucoup ( ouf :-) ) et que on ne peut pas mettre, ou alors vraiment très difficilement, le lien ..., bref nous nageons dans les arguments irréfutables, avec un jargon qui essaie d’être scientifique et ne résiste pas à l’examen ; nous sommes en pleine pseudo-science

votez :
par bolton (IP:xxx.xx0.23.168) le 3 décembre 2007 à 02H40

Y-a-t-il des études qui prouvent que les OGM ne sont pas dangereux ? et encore je pose cette question, pourquoi vouloir des OGM ? (En France nous jetons le maïs, ne me sortez pas l’argument de la faim dans le monde, svp...)

votez :
par Boumboum (IP:xxx.xx4.228.98) le 3 décembre 2007 à 09H45

Y a t il des etudes qui prouvent que vous n´avez pas une licornes rose invisible dans votre dos ? Ou que le bio n´est pas dangereux ?

Vous pourriez faire aproximativement 35 789 123 tests sur les OGMs, sur le bio, sur les poutrelles en bois... Si vous ne trouvez aucune fois une preuve que le risque est AVERE (et non potentiel), vous ne pourrez toujours pas dire que ces choses teste sont prouvees comme non dangereuses !

Etonnant la science, non ?

votez :
par Pit (IP:xxx.xx1.71.199) le 29 novembre 2007 à 21H32

"Bref nous nageons dans les arguments irréfutables, avec un jargon qui essaie d’être scientifique et ne résiste pas à l’examen ; nous sommes en pleine pseudo-science."

Je vous déconseille quand même de manger des patates crues :-)) Les vaches, qui consomment la majorité des OGM, ne pourront pas non plus vous dire si elles ont mal à la tête... Cet article semble plutôt pointer du doigt le colonialisme génétiquement artificiel. Mangez ce que vous voulez mais sans l’imposer ;-)


Un message, un commentaire ?
  • (Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.)

Qui êtes-vous ? (optionnel)
  • [Se connecter]

Les Auteurs deBiodiversité
Jacques Froissard - 1 articles
Biosphère Blog - 37 articles
ble2 - 10 articles
Sylvie Simon - 35 articles
lucazal - 1 articles
lisaravine - 1 articles
Loïc Fel - 78 articles
Ecoloteky - 207 articles