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Les pesticides et l'Europe, le premier pas ? Insuffisant.

Article publié le 15 janvier 2009

Les pesticides et l'Europe, le premier pas ? Insuffisant.

Hier les députés européens ont voté un texte sur les pesticides qui est un premier pas intéressant, mais loin d’être suffisant. Certes le texte promet l’éradication de 22 substances sur 500 actuellement utilisés, car neurotoxiques ou mutagènes. Un autre texte promet lui l’interdiction d’utilisation de pesticides dans les jardins publics et l’épandage par avion.

Alors bien entendu, je pourrais faire comme mes amis Verts, et dire que c’est une grande victoire. Et bien non désolé, ce n’est pas une grande victoire, juste un petit pas qui sera largement insuffisant.

Je m’explique. Déjà, avant que ces textes n’entrent en vigueur, il va falloir que la navette avec la commission se fasse. Ensuite, il y a les délais : en effet, on nous parle d’une application totale de ces textes pour … 2018 ! Alors que le problème des perturbateurs endocriniens est connu depuis plus de 20 ans déjà, nous allons encore attendre 10 ans pour éliminer ceux déjà identifiés. Soit pas loin de 30 ans. Et attention : ne seront retirés que 22 molécules sur les 500 actuelles ! Pourquoi seulement 22 ? Parce qu’elles sont identifiés comme dangereuses. Cela ne signifie en rien que les 488 autres ne le soient pas, cela signifie simplement que ce n’est pas prouvé ni démontré. Souvent faute de… recherches !

Je suis désolé, mais je vais enfoncer le clou et être un peu désagréable avec l’Eurodéputée Hiltrud Breyer. Elle est membre des Grünen (Verts allemands) et affirmait pour rassurer les industriels que la loi portait sur peu. "Il s’agit de 22 substances sur 500, soit moins de 5 %", expliquait le 18 décembre l’eurodéputée verte allemande. (Le monde). Ben oui c’est très juste de souligner cela. C’est-à-dire que cela représente ce que demandaient (ou plutôt ce qu’étaient prêts à accepter) les industriels. Pourquoi ? Tout simplement parce que les 22 molécules dont nous parlons tombent toutes dans le domaine public (ou presque) d’ici 2018 ! Ce qui signifie qu’elles auraient pu être « copiées » par des concurrents, et donc moins rentables !

En clair, la loi votée est largement peu contraignante (même si elle peut paraitre l’être) et plutôt favorable au secteur concerné.

"C’est une honte. On a abusé [des agriculteurs] avec des informations erronées. (...) Maintenant, l’industrie a toutes les raisons d’innover pour fabriquer des produits sûrs". (Le monde). Cette phrase est aussi de Hiltrud Breyer.

Quand je lis une telle phrase, je me demande si elle a déjà essayé de comprendre comment fonctionne l’industrie. Pourquoi feraient-ils autrement que jusqu’à maintenant les industriels ? 30 ans pour voir supprimer les molécules, et encore, seulement 5 % ! Soit au-delà de la durée des brevets ! Aucunes pertes, même s’ils font demain des saloperies sans nom. Aucunes sanctions immédiates, rien. Alors pourquoi changeraient-ils parce que cette loi existe ?

Le Mouvement pour le droit et le respect des générations futures (MDRGF) a salué la nouvelle législation dans un communiqué, mais regrette que les débats aient dilué certaines restrictions initialement imposées à des produits susceptibles de "conséquences neurologiques et immunologiques graves pour le développement prénatal des enfants". Le MDRGF déplore l’absence de "mesure forte pour protéger les résidents des milieux agricoles exposés aux pulvérisations de pesticides", de "zone tampon" près des cours d’eau et d’interdiction "pure et simple" de l’usage des pesticides en milieu urbain. (Le monde)

Ben oui mais c’est là toute la force du texte justement : il va dans le sens des industriels fabricants et de l’agriculture intensive. Ce texte est un cache misère.

Au fait, et quid des nouvelles molécules ? Et bien elles seront soumises à REACH, enfin selon le tonnage produit (donc peu de chance en fait). Elles n’auront pas de suivis particuliers. En gros on continue comme avant…

J’aurais pu apprécier un texte protecteur réellement, c’est-à-dire mettant en demeure les industriels de prouver l’innocuité de leurs molécules sous 3 ans. Protégeant les cours d’eau. Protégeant les agriculteurs. Protégeant la vie. Mais là je ne peux que voir que ce qui est présenté comme une victoire n’est en fait qu’un cache sexe bien pensé de l’industrie phytosanitaire.

De toute façon, sans réforme en profondeur de la PAC, sans mise en obligation de l’agriculture biologique, sans relocalisation, il est illusoire d’imaginer changer les choses. Le seul texte viable qui pourrait et relancer l’emploi et éradiquer les risques sanitaires serait un texte imposant la conversion en biologique de l’ensemble des cultures d’Europe en 10 ans. D’ici là, nous pouvons continuer à morfler en paix, pour le plus grand plaisir de la croissance…

Thèmes

Pollution Toxicité Europe Pesticides Chimie

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commentaires
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par sdd (IP:xxx.xx9.90.145) le 15 janvier 2009 à 12H18

Les substances actives phytopharmaceutiques ne sont pas soumises à REACH dès lors qu’elles sont soumises à la directive 91/414/CEE.

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par Fab (IP:xxx.xx0.117.118) le 15 janvier 2009 à 17H27

Tout à fait. J’ai oublié de le préciser. Mais la directive en question n’est pas très... contraignante :-)

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par zygomar (IP:xxx.xx9.170.97) le 15 janvier 2009 à 12H40

"....c’est-à-dire mettant en demeure les industriels de prouver l’innocuité de leurs molécules sous 3 ans..."

Vous n’avez pas l’air de bien savoir de quoi vous parlez. Savez-vous par exemple combien de temps il faut pour réaliser une étude de cancérogénèse expérimentale sur le rat et en obtenir les résultats ? Manifestement non. L’’étude elle-même, c’est à dire le traitement des rats dure 24 mois, c’est à dire 2 ans. Il faut en général environ 6 mois pour la mettre en oeuvre au laboratoire avant de commencer à traiter les animaux puis il faut ensuite au minimum 1 an pour analyser en détail l’énorme quantité de résultats obtenus. Par conséquent, dans le meilleur des cas et çà n’est pas le plus courant, il faut 3 ans et1/2 à 4 ans avant d’avoir les résulats. Et là je ne parle que d’une seule étude et dans un dossier complet il y en a des dizaines. Certaines études sur les sols et les eaux demandent également cette durée ou même plus.

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par Fab (IP:xxx.xx0.117.118) le 15 janvier 2009 à 17H26

C’est juste une part de mon métier ;-)

Oui il faut environ 4 ans pour une étude complète, mais les premiers résultats de risques potentiels sont connus dès 12 mois environ, et confirmés généralement au bout de 18 à 24 mois. Ce qui permet déjà de donner une orientation très claire.

Donc 3 ans est un délai raisonnable, en appliquant le principe de précaution. Si au bout de 4 ans la molécule est démontrée inoffensive, elle peut revenir sur le marché par exemple (mais je ne suis de toute façon pas partisan de la chimie agricole).

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par zygomar (IP:xxx.xx9.92.186) le 16 janvier 2009 à 15H48

"....les premiers résultats de risques potentiels sont connus dès 12 mois environ...."

En effet, si votre produit commence à donner des tumeurs à 12 mois, vous pouvez vous arrêter là, sans aller jusqu’au terme de l’étude...

Pour les autres lésions, çà reste à voir. En général, vous pouvez avoir raison mais on a eu des surprises...

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(IP:xxx.xx9.108.233) le 23 octobre 2009 à 18H15

C’est juste une part de mon métier

Et si je peux me permettre, quel est votre métier ? Vous avez fait beaucoup d’études de toxicologie, écotoxicologie, environnement, chimie analytique, etc... sur les produits phytosanitaires ?? Permettez moi d’en douter !!

Fab Né en 1977, proche des idées des objecteurs de croissance, membre des Verts, de la CGT, d’Utopia, du CADTM, d’AIDES et de MSF entre autres...

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(IP:xxx.xx1.229.37) le 15 janvier 2009 à 13H15

@ Zigomar,

Votre conclusion ? On continue à arroser notre nourriture avec n’importe quoi sans en connaitre les conséquences ?

Franck

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par zygomar (IP:xxx.xx9.90.242) le 1er juin 2009 à 12H09

On continue à arroser notre nourriture avec n’importe quoi sans en connaitre les conséquences ?

Ne me faites pas dire ce que je n’ai pas dit et ce que je ne pense pas, simplement pour vous donner l’illusion d’avoir eu le dernier mot.

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par zygomar (IP:xxx.xx4.11.98) le 15 janvier 2009 à 14H52

"Votre conclusion ? On continue à arroser notre nourriture avec n’importe quoi sans en connaitre les conséquences ?"

Votre question est bien évidemment hors sujet. Mon commentaire n’avait pas d’autre but que de préciser à l’auteur de l’article qui, manifestement l’ignore, la durée des études requises pour la constitution des dossiers de demande d’autorisation de mise sur le marché et que son exigence mettant en demeure les industriels de prouver l’innocuité de leurs molécules sous 3 ans est irréaliste. Il faut vous en tenir à la teneur exacte des messages et non pas les interpréter pour leur faire dire ce que vous auriez souhaité qu’ils aient dit comme çà vous arrange...

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par Fab (IP:xxx.xx0.117.118) le 15 janvier 2009 à 17H28

Voir ci dessus. Il faudrait bine évidemment mettre en place le principe de précaution.

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par zygomar (IP:xxx.xx9.90.242) le 1er juin 2009 à 12H10

Il faudrait bine évidemment mettre en place le principe de précaution

Comme çà on ne fer plus rien du tout !! C’est çà que vous voulez ??

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par zygomar (IP:xxx.xx4.11.98) le 15 janvier 2009 à 15H03

"Et bien elles seront soumises à REACH..."

Vous ne connaissez même pas le sujet. Les produits phytosanitaires sont réglementés par la Directive 91/414/CEE qui comme sont n° l’indique est appliquée depuis 1991. La Directive REACH s’applique aux produits chimiques qui n’entrent pas dans une réglementation spécifique : phytosanitaires, produits de santé, biocides, etc..

"Cela ne signifie en rien que les 488 autres ne le soient pas, cela signifie simplement que ce n’est pas prouvé ni démontré. Souvent faute de… recherches "

A nouveau vous pérorez sans savoir de quoi il retourne. Toutes les substances actives anciennes, c’est à dire présentes sur le marché avant 1987 (sous réserve, je n’ai plus la date exacte en tête) ont fait l’objet d’un dossier de demande d’autorisation de mise sur le marché en conformité avec les exigences de la Directive 91/414 qui vous donnera si vous la consultez la liste complète des études qui étaient fournir obligatoirement pour que le dossier ait une chance d’être pris en considération. Plusieurs molécules n’ont pas été soutenues par les industriels pour des raisons diverses, la plus importante étant le coût exorbitant de réalisation d’un dossier en comparaison avec la taille du marché. Ces molécules ont été automatiquement retirées du marché par la Commission. Ce qui ne signifie en rien qu’elles étaient toxiques. Simplement, elles n’ont pas été défendues.

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par Fab (IP:xxx.xx0.117.118) le 15 janvier 2009 à 17H32

J’ai fait un raccourcit hasardeux, j’en conviens.

Par contre, la directive 91/414/CEE n’est pas des plus contraignante et ne contiens que peu de tests de toxicité. Surtout de toxicité directe sur l’homme.

http://www.ineris.fr/aida/?q=consul...

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(IP:xxx.xx9.108.233) le 23 octobre 2009 à 18H10

Par contre, la directive 91/414/CEE n’est pas des plus contraignante et ne contiens que peu de tests de toxicité. Surtout de toxicité directe sur l’homme.

Manifestement vous ne l’avez même pas lue la 91/414 !! Et plus pour savoir de quoi l’on parle il faut également lire la kyrielle de directives qui la suivent et qui détaillent les tests requis en toxicologie, écotoxicologie et environnement air, sols eaux), analyses de résidus (denrées, air, eaux, sols) ainsi que les méthodes strictes indispensables pour effectuer chacun de ces tests. Plongez-vous là-dedans et revenez plus tard. Vous verrez si elle n’est pas contraignante.

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par scloud (IP:xxx.xx6.83.43) le 15 janvier 2009 à 18H07

Pour un point de vue "vert", ce n’est pas trop mal vu. Quelques vérités pressenties, c’est vrai que cette communication sur la retrait de 22 molécules est un coup de communication ! De vieux produits déjà du domaine public pour lesquels aucun industriel ne peut, pour des raisons économiques présenter de dossier tox comme exigé par Bruxelles. Ce produits disparaissent donc faute de soutien, cela ne signifie en rien comme on peut le lire souvent que ce soit à cause du risque qu’ils font courir aux utilisateurs ou aux consommateurs.

Quant à vouloir mettre toute l’Europe en "bio", cela relève du fantasme. Avez vous songé qu’il faudrait alors importer la majorité de nos produits de base de pays tiers avec tout ce que cela représente pour l’environnement, adieu alors ce qui reste de la forêt amazonienne ! (il va sans dire que sans l’usage de produits phytosanitaires, il serait impossible de garantir de bons niveaux de rendement)

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par Fab (IP:xxx.xx0.117.118) le 15 janvier 2009 à 18H15

Je vous invite à vous pencher sur les chiffres. L’Europe produit aujourd’hui plus que nécessaire pour nourrir sa population. Les producteur bio n’ont pas de moins bons rendements que les autres (voir le site de la FNAB par exemple).

Cela signifie bien que nous n’aurions pas besoin d’importer quoique ce soit. Au contraire même. Mais relocaliser permettrait surtout aux agriculteurs de vivre de leur travail et non de subventions... plus valorisant non ?

Un livre très intéressant : http://www.environnement-annuaire.n...

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par scloud (IP:xxx.xx6.83.43) le 15 janvier 2009 à 18H12

Pour un point de vue "vert", ce n’est pas trop mal vu. Quelques vérités pressenties, c’est vrai que cette communication sur la retrait de 22 molécules est un coup de communication ! De vieux produits déjà du domaine public pour lesquels aucun industriel ne peut, pour des questions de profitabilité présenter de dossier tox. Ces produits disparaissent donc faute de soutien, cela ne signifie en rien comme on peut le lire souvent que ce soit à cause de leur dangerosité.

Quant à vouloir mettre toute l’Europe en "bio", cela relève du fantasme. Avez vous songé qu’il faudrait alors importer la majorité de nos produits de base de pays tiers avec tout ce que cela représente justement pour l’environnement, adieu alors tout ce qui reste de la forêt amazonienne ! (il va sans dire que sans l’usage de produits phytosanitaires, il serait impossible de garantir de bons niveaux de rendement)

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(IP:xxx.xx5.74.192) le 15 janvier 2009 à 22H43

Sur quelle base vous vous appuyez pour affirmer de façon péremptoire que l’europe agricole ne pourrait pas passer en bio ?

Progressivement, certainement pas, mais progressivement c’est possible car voyez vous, aujourd’hui, il y a eu de nombreux progrès en agriculture bio ....

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(IP:xxx.xx9.108.233) le 23 octobre 2009 à 18H04

Sur quelle base vous vous appuyez pour affirmer de façon péremptoire que l’europe agricole ne pourrait pas passer en bio ?

Il y en a des tas qui n’ont pas besoin "de bases" pour affirmer quelque chose !! Ils savent. Un point c’est tout et çà leur suffit et dans leur façon de voir çà devrait également vous suffir....

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par Antoine Diederick (IP:xxx.xx3.234.223) le 15 janvier 2009 à 18H34

bonsoir....tout le problème en effet suite à cette décision européenne....qui pourra vérifier et contraindre le respect de cette décision ?

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par Fab (IP:xxx.xx0.117.118) le 15 janvier 2009 à 19H25

Comme souvent cela demandera une "transposition" dans les textes de loi de chaque état membre. Je suppose.

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(IP:xxx.xx9.108.233) le 23 octobre 2009 à 18H02

Comme souvent cela demandera une "transposition" dans les textes de loi de chaque état membre. Je suppose.

VOus supposez bien !! C’est même la façon de fonctionner de l’Union européenne !!

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par Mirabelle (IP:xxx.xx3.182.108) le 17 janvier 2009 à 17H26

C’est toujours un plaisir de se faire empoisonner sans que ça ne dérange les pouvoirs publics.

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par lio (IP:xxx.xx3.122.154) le 19 janvier 2009 à 11H07

s’il y a un pauvre type ici c’est bien toi ZYGOMAR,le voila defenseur des lobbys ,zygomar au secour de l’industrie chimique trop drole

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