25 juin 2034, Phrabav Agarwal et Jagdish Sarkar contemplent le grand fauve, qui gît à leurs pieds, quelque part dans les mangroves marécageuses des Sunderbans au Bengale. Bien qu’ils n’en avaient pas vu un depuis des mois et des mois, nos deux braconniers sont loin de se douter qu’il viennent d’abattre le dernier tigre encore en liberté en Inde, pays qui pourtant avait choisi le plus beau des félins comme symbole national .
Comment en est on arrivé là ? alors qu’on comptait au début du siècle dernier encore plus de 100 000 tigres en liberté sur une vaste surface depuis les confins de l’empire ottoman jusqu’à l’extrême Est de la Sibérie et au Sud Est jusqu’à Bali ! Animal chevauché par la déesse Durga, farouche combattante et destructrice des forces du mal, le tigre imprègne fortement de son empreinte toute la mythologie et l’imaginaire des hindous, avec sa force, son courage et sa beauté. Vaghadeva le dieu tigre était vénéré dans le centre de l’inde, symbole de vie et de fertilité. Elle était loin l’époque où les maharadjas juchés sur le dos d’éléphants organisaient des safaris dans lesquels on tuait les tigres par dizaines pour le plaisir de récupérer des trophées. Elle était loin l’Inde coloniale narrée par Rudyard Kipling où le tigre Sheer Khan joue un rôle essentiel dans son « livre de la jungle », craint et respecté de tous, au sommet de la chaîne alimentaire.
Une première alerte dans ce pays qui comptait encore 40 000 tigres au début du vingtième siècle avait été déclenchée sous Indira Gandhi quand on prit conscience que ce joyau de la nature était devenu une espèce menacée, en 1972 moins de 2000 tigres vivaient encore en Inde, un niveau dangereusement bas, et avec le soutien du W.W.F, on lança alors le projet Tigre, destiné à sauver les grands félins d’une extinction certaine. Grâce à la créations de réserves naturelles destinées à la sauvegarde de l’espèce et l’interdiction de la chasse, le projet Tigre permit de stabiliser et ensuite d’augmenter le nombre de tigres vivant en Inde. Mais voilà, les nouvelles générations nourries à l’Internet et soucieuses du développement économique délaissèrent le projet Tigre qui perdit de sa vigueur et la protection du tigre se relâcha inexorablement, les gardes forestiers ne furent plus remplacés, les braconniers s’en donnèrent à cœur joie tandis que sous la pression démographique incontrôlée les territoires du grand félin se rétrécissaient comme peau de chagrin.
Il y avait longtemps que les autres sous espèces de tigre avaient disparu de la planète ! suivant son cousin de la Caspienne, le Tigre de Sibérie s’était complètement éteint lui aussi, lui qui était jadis le plus grand des tigres, jusqu’à 350kg quoique les derniers spécimen abattus étaient nettement moins imposants, preuve s’il en est du stress vécu et des proies en voie de raréfaction que connurent les derniers représentants, à l’est du fleuve Amour. Les braconniers russes, profitant du libéralisme économique et du boom commercial avec le voisin chinois, leur avaient revendu les dépouilles contre des liasses de dollars, l’animal servant de remède miracle dans la pharmacopée chinoise, toutes les parties étant utilisées par fabriquer poudres et onguents revendus encore plus cher sur place.
L’immense augmentation du niveau de vie suite au développement du pays qui l’avait propulsé à la première place mondiale avait considérablement enrichi les classes moyennes qui avaient désormais les moyens de se payer les précieux ingrédients aussi chers que totalement inefficaces, placé sur les étals en bonne place auprès de la poudre de corne de rhinocéros.
Xiao Wu chu, négociant à Shenzhen commençait à vraiment s’inquiéter, car ses grossistes avaient de plus en plus de mal à s’approvisionner. Les tigres sauvages étaient devenus extrêmement rares et onéreux, jusqu’à 500 000 $ pièce, et c’est maintenant auprès des triades qu’ils s’approvisionnaient, la marchandise étant volée dans les zoos, les cirques et chez les particuliers, surtout aux U.S.A où se trouvaient la plus part des grands fauves à rayures. Plus de tigres à vendre en cette année du tigre ! bigre ! Le tigre de Chine n’était plus qu’un souvenir, trop peu nombreux pour maintenir l’espèce, celui d’Indochine victime de la rapacité des braconniers aux ordres des chinois maîtres de la région s’était également éteint. En Indonésie, après la fin du tigre de Bali et de celui de Java, certains avaient encore l’espoir de maintenir en vie le tigre de Sumatra, mais là aussi le boom économique et démographique avait rogné les derniers territoires, le coup de grâce étant donné par la disparition totale des forêts originelles remplacées par des plantations de palmiers à huile.
En 2030, seul rescapé, le
tigre du Bengale survivait sur de minces territoires répartis à travers le sous
continent indien ;son répit allait être de courte durée ! Sous la
pression d’une population en pleine expansion, son territoire était de plus en
plus morcelé et ne subsistaient plus que des groupes inférieurs à 50 individus
où la consanguinité était importante, affaiblissant la race, à part dans les Sunderbans
du Bengale, et les populations rurales n’hésitaient plus à envahir les réserves
avec leur bétail et à s’aventurer toujours plus loin dans la jungle. Ses proies
naturelles comme les sangliers, les cerfs sika, les singes et autres porcs
épics s’étant raréfiés eux aussi, les tigres trouvèrent que les animaux
domestiques étaient des repas potentiels faciles d’accès, d’autant qu’il leur
fallait 20kg de viande par jour. Certains n’hésitaient pas à s’attaquer à
l’homme, proie facile, mais oh combien dangereuse, car seul prédateur du tigre,
et en représailles, le tigre fut persécuté et pourchassé jusqu’à l’extinction.
Les autres animaux allaient subir le même sort, car seule la peur du tigre
tenait les humains à l’écart du fond des forêts, de moins en moins denses à
force de déboisements. Eléphants, rhinocéros indiens, léopards seront les
prochains sur la longue liste des espèces qui s’éteignent les unes après les
autres au cours de la sixième grande vague d’extinctions du vingt et unième siècle,
la seule causée par une espèce vivante.
Alors les deux braconniers chargèrent la dépouille qu’ils remettraient le lendemain à Mr Chong, contre moult roupies. Ce tigre n’était pas important pour sa fourrure passée de mode et cible trop facile car suscitant le courroux des écologistes, mais pour la quantité de poudre d’os qu’il pourrait en tirer. Ainsi finit le dernier des tigres sauvages, roi déchu de la jungle asiatique.
Si les personnages sont imaginaires, le scénario est lui néanmoins plus que probable, au rythme actuel du braconnage et de la disparition des tigres dont ne survivent actuellement pas plus de 4000 à l’état sauvage en Asie.
Quelques liens :
http://tecfa.unige.ch/tecfa/teaching/UVLibre/9899/jeu002/tableau.htm
http://fr.wikipedia.org/wiki/Tigre
http://www.dinosoria.com/tiger.htm
Thèmes
Bravo Le Chat pour ton émouvante fiction sur le destin de ces espèces qui iront rejoindre le bestiaire de la Nature Sauvage qui ne sera qu’un plus mythe dans l’imaginaire de nos petits enfants !
Bien à toi.
salut alberto ,
les gros minets pas plus que les petits ne sont respectés par les chinois , je me rapelle encore ton article ! on n’est pas félins pour l’autre ;-)
excellent LE CHAT tu as mangé du lion pour nous parler du tigre ? joli retour !!
le Tigre serais t’il l’équivalent du Loup chez nous antant ?
la meute en moins .
@seik
pas exactement , plutôt celui des tigres à dents de sabre que nos ancêtres de cro magnon ont vite massacré :/-)
Finalement l’humanité est atteinte de la convoitosite pestilentielle cupide. Allons nous à présent mettre notre monde en conserve dans des bunkers au groenland .
Rayon félin, rayon cétacé etc... :-(
@gasty
salut mon minet , les reserves de graines se trouvent non pas au groenland , mais au sptizberg ! T’as raison , autant commencer à y stocker aussi les chromosomes , comme ça peut être un stefen spitzberg pourra faire Bengal park ! :-))
Merci pour cet article, Le Chat. L’homme est le fardeau de cette planète, le plus grand parasite qu’elle ait jamais porté. Laissons ces gros chachas poilus tranquilles, bordel de merde !!
c’est vrai ça ,est ce lui il a pas envie de faire la sieste peinard ? http://www.dinosoria.com/tiger/tigr...
Adorable, on a trop envie de lui sauter dessus pour lui faire des papouilles sur ses grosses moustachasses. Attention toutefois de pas se faire arracher la tête d’un gentil coup de papatte. ;-)
pauvre Shere Khan
Il ne sait pas que son espèce a un prédateur sans pitié.La nature ne l’a pourtant pas doté d’armes de destruction massive sauf à considérer que les cheveux bleus , les lunettes d’écaille les prothèses multiples et les déambulateurs en font des petits cousins des T Rex... L’espèce la plus sanguinaire que la planète ait jamais portée. Si au moins on offrait au Tigre une belle mort en le lâchant libre dans les rues de Miami....
Le Furtif
@furtif
l’homme est un hyperprédateur ,celui qui extermine tous les autres et lui même avec . vla un bel article sur le sujet http://www.panda-france.fr/html/jan...
bonjour cher félin,
quel bel article !
mais il me fend le cœur, car il souligne une fois encore l’énorme gâchis auquel l’homme s’est livré depuis 150 ans.
à force de violer la nature et la planète, celles-ci vont se retourner contre l’insolent, et cela a déjà commencé : coulées de boues dûes à la déforestation, sol laminés et appauvris par les pluies, augmentation de population d’insectes vecteurs de maladie (moustiques) faute de prédation, épuisement des bancs de poissons...
le pari du futur sera de sauvegarder un maximum d’espèce tout en permettant le développement des pays du tiers-monde. vaste tâche !
bonne journée !
@claude
salut à toi , quelle plaie cet homme ! je vais d’ailleurs me mettre à écrire une bafouille sur un mode débarassé de lui ! :-))
La cohabitation avec l’homme n’est pas facile. Il faut des réserves à abri du grand prédateur. Pour tout ce qui vit dans les réserves africaines, on pourrait avoir une habitat pratiquement inhabité et tout fait acceptable en Colombie pour un microcosme type Ngorongoro. Pour le tigre, je ne suis pas sûr, car je n’y connais rien. Mato Grosso ? Si quelqu’un avait les réponses, il ne me semble pas difficile de trouver quelques millions pour un peuplement. Mon mail est pjca@iname.com
PJCA
@P JC ALLARD
pas trop bon le mato grosso , Lula est en train de le transformer en champs de canne à sucre et champs de soja transgénique :-((
d’autre part , il y pas beaucoup de grosses proies pour le nourrir et il ferait conccurence au jaguar lui aussi menacé . En revanche , y’a des coins au cambodge dépeuplés , Pol pot y a un peu contribué ....
Pardon de m’éloigner un peu du sujet, mais avez-vous entendu parler de ce massacre odieux d’éléphants en Afrique du Sud ? Apparemment, surpopulation des pachydermes ces dernières années, donc on tue... plutôt que d’en transférer dans les pays où il en manque cruellement (je ne sais pas vraiment si cette hypothèse du déplacement a été envisagée et si elle est possible).
@ nobody knows
c’est un peu le même sujet , je pourrais également écrire sur les rhinocéros ou les éléphants . Tranférer ces populations d’éléphants des plaines vers d’autres cieux serait bien dans l’idéal , mais dans cette époque troublée en Afrique , qui prendra en charge le coût de l’opération , qui les protégera des populations une fois sur place ?
Le sort des éléphants ne forêts n’est guère mieux http://fr.mongabay.com/news/2007/04...
Merci pour cet article, puisse t’il servir à quelque chose...
les locaux tuent un animal qui constitue une richesse...
Qui a dit que l’homme est un animal intelligent ?? c’est le seul animal qui dégrade son environnement et la faune qui l’entoure de manière dangereuse et excessive !!
@ Christoff
voir dans ma réponse au furtif , l’article que l’ai écrit là dessus !
Mais vous êtes tous trop gentils avec vos plaintes contre l’homme prédateur ! Certes, il l’est, et cela m’enrage déjà depuis ma jeunesse. Même ici dans ma commune quand je vois des panneaux dans la forêt « Attention pièges aux prédateurs » je deviens tellement fou de rage que j’ai envie de faire la chasse aux chasseurs. Prédateurs ? Il n’y a que l’homme qui l’est, au moins dans le sens négatif. Les autres prédateurs tuent pour se nourrir, mais l’homme tue pour le plaisir. Et ceux qui cherchent à aider les animaux, comme les Brigitte Bardot, sont méprisés. Mais vous êtes tous trop gentils parce que vous évitez de dénoncer les vrais coupables dans cette terrible histoire – notamment les Chinois qui sont à tel point arriérés qu’ils croient encore en leurs superstitions traditionnelles et qui sont près à exterminer des races entières d’animaux pour un illusoire effet aphrodisiaque. Ces pauvres obsédés sexuels n’ont aucun sentiment pour les animaux, et dire que ce peuple risque de dominer le monde d’ici peu !
Vous écrivez : " et dire que ce peuple risque de dominer le monde d’ici peu !" mais où est le risque ? qu’avons nous fait contre depuis qu’on le sait , dans les années 1978 ? et surtout qu’avons nous pas fait ? heureusement, il restent en dictature communiste certes , mais en dictature , ça vaudra bien mieux pour nous, le moment venu, si j’en crois votre écrit !












